Le temps des cathédrales :
L'église Saint-Nicolas
L'édifice occupe une position centrale sur le plateau, éperon du bourg, qui constituait le coeur de la cité ancienne. Il s'élève sur la partie occidentale d'un emplacement sis entre la rangée de maisons qui borde la falaise nord et la rangée médiane, soit entre la Rue des Chanoines et celle du Pont Suspendu, emplacement dont la partie orientale portait le cimetière paroissial et le premier Hôtel de Ville.
Du fait qu'elle est orientée, la cathédrale se trouve disposée quelque peu obliquement par rapport aux deux rangées de maisons qui la longent ; de plus, le terrain s'abaisse légèrement de l'ouest vers l'est, et assez fortement du sud au nord.
La construction de l'église Saint-Nicolas a connu plusieurs phases avant de prendre la forme que nous lui connaissons maintenant.

Une charte octroyée par Berchtold von Zähringen entre le 25 mars 1177 et le 24 mars 1178, nous apprend que le duc avait fait élever dans cette ville une église dédiée à saint Nicolas de Myre sur un terrain appartenant à un prieuré clunisien de Payerne, et qu'à proximité se trouvait un cimetière.
L'édifice devait être consacré le 6 juin 1182 par l'évêque de Lausanne, Roger de Vico Pisano.
Un siècle plus tard, Fribourg, par suite de son développement, dut ériger une église paroissiale plus vaste et dont la construction se prolongea jusqu'à la fin du XVe siècle. L'instabilité politique, le coût onéreux des travaux causèrent des interruptions endémiques. Aumônes, impôts, amendes demandés à l'État et aux fidèles constituaient les ressources qui alimentaient le fond de construction. Le 3 juin 1418 fut obtenu du pape Martin V, de passage à Fribourg, une bulle accordant des indulgences aux bienfaiteurs de l'église.
Il faut rappeler que le pape Jules II éleva Saint-Nicolas au rang de collégiale par bulle du 20 décembre 1512, et que par la bulle du 17 octobre 1924 le chapitre collégial et la collégiale de Fribourg furent transformés en église et chapitre cathédraux.
Selon l'historien François Guillimann, la première pierre de l'église gothique fut posée en l'an 1283. Les travaux débutèrent par le choeur et les deux travées orientales de chacun des collatéraux, ainsi qu'en témoignent certaines particularités de style. L'implantation simultanée des piliers engagés des bas-côtés aurait été empêchée par le fait que l'édifice primitif subsista tout au long de cette étape, mais l'on put mettre en place le dernier support engagé du collatéral sud.
Cette première phase de construction, qui comprenait en outre l'exécution d'une tour carrée située sur la travée occidentale du choeur, s'acheva vraisemblablement au commencement du XIVe siècle.
Les différences de style existant entre les parties construites avant 1310 et celles qui suivirent laissent supposer qu'il y eut alors une assez longue interruption.
La deuxième phase consista à élever les quatre premières travées de la nef jusqu'aux chapiteaux inférieurs, les travées correspondantes des collatéraux qui n'avaient pas encore été bâties, el les voûtes basses, tandis que la nef recevait une couverture provisoire. Tous ces éléments furent exécutés rapidement et simultanément : preuves en sont leur homogénéité et l'identité des marques des tâcherons, relevées en assez grand nombre pour que l'on puisse conclure à la présence de nombreux tailleurs exerçant sur le chantier.
Un document de 1340 révèle que plusieurs autels venaient d'être érigés dans l'église, ainsi que divers autres textes, permettent de dire qu'en 1344 on avait donné à la nef l'état indiqué ci-dessus.
Après une nouvelle interruption, les travaux reprirent vers 1370,
et l'on vit s'élever la cinquième travée de la nef et des collatéraux, le vestibule ou rez-de-chaussée de la tour, le premier étage de celle-ci, qui comprend la rosace et le bas du second, les parties hautes et les voûtes du vaisseau principal.

Entre 1430 et 1470 il y eut un temps d'arrêt marqué par des travaux secondaires. Ainsi la chapelle du Saint-Sépulcre, que certains prétendent avoir été achevée peu avant 1433, parce que cette date se lit sur le groupe de la Mise au tombeau qui en fait le principal ornement,
a été commencée quelques années avant 1439 et couverte en 1457 seulement. A la même époque, on plaça les orgues (1426-1428), les vitraux (1461-1462), les stalles (1462-1464).
Enfin, on se préoccupa de terminer la tour et la première pierre fut mise en place le 7 septembre 1470. Le second étage de la tour fut achevé en 1471, puis commença au printemps 1472 le troisième étage, celui de la première chambre aux cloches. En 1476 était entreprise la partie octogonale, renfermant la deuxième chambre aux cloches. La tour fut achevée après moult interruptions en 1490.
Érection des chapelles latérales. Ces chapelles étant situées entre les contreforts, cela suppose naturellement que les murs des bas-côtés furent démolis, puis reconstruits au niveau extérieur des contreforts, la première en haut à droite, fut fondée par l'avoyer Pierre Falck en 1515 et exécutée par Hans Felder Le Jeune.
En 1591 c'était la chapelle méridionale qui allait être transformée entre 1660 et 1663.
Pour le reste des chapelles, les historiens ne disposent pas d'informations précises.

Vers le début du XVIe siècle, devant la menace d'écroulement du choeur, Hans Felder avait présenté un nouveau plan en 1518, mais ce n'est qu'en 1627, devant l'extrême urgence, que l'on démantela le mur. Ils furent relevés, compte tenu des conseils de maître Jean Gottonet de Besançon, et la voûte réalisée en 1630 par Me Peter Winter.
L'année suivante furent posés les écus aux armes qui ornent les nervures, tandis que Hans Offleter blanchissait le mur, dorait les nervures et peignait la voûte couleur de la molasse.
L'année suivante, Peter Winter reconstruisit la première sacristie de Saint-Nicolas. Quant à la deuxième sacristie elle fût bâtie en 1674.
Au XVIIIe siècle, on procéda à la construction du portail latéral nord et au remaniement du portail sud. Celui du nord est l'oeuvre du maître maçon Joseph Ducret, qui commença le nouvel escalier en 1761 et le portail en 1763. Entièrement reconstruit dans le style du jour, ce dernier fut terminé à la fin de la même année.
Quant à celui du sud, il fut également l'objet de travaux à cette époque ;

un texte de 1752 signale en effet qu'on a réuni les pierres nécessaires à la reconstruction des deux portails latéraux ;

d'autre part la modénature de l'encadrement relève d'un gothique tardif et la baie qui le surmonte est analogue à la baie correspondante du portail nord ;

enfin les embrasures des deux portes sont pareilles.

Restaurations. Des réparations furent entreprises à la tour dans les premières années du XIXe siècle ;
puis il fallut refaire le soubassement de l'église mis à nu par l'enlèvement de la terre du cimetière qui venait d'être supprimé ;

ensuite de 1838 et jusqu'en 1857,
de nombreuses réfections et quelques adjonctions furent exécutées à l'extérieur de l'église par un groupe d'artisans dont le sculpteur Nicolas Kessler. Le peu de résistance de la molasse a rendu nécessaire une nouvelle et totale restauration de l'édifice ; celle de l'extérieur a commencé en 1929, celle de l'intérieur en 1940 ; toutes deux se poursuivent par étapes.
Par Simon Saigh
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