Joseph Gorgoni alias
Marie-Thérèse Porchet
née Bertholet
Stephanie Moor
Yvan Aebi
Joseph Gorgoni, artiste dans l'âme, est comme chacun de nous, le spectateur impuissant de la crise économique actuelle. Après avoir connu le chômage, il a ramé pour remonter le courant, car il ne voulait pas se laisser glisser le long du fleuve de la crise économique. Après une tournée magistrale à travers toute la Suisse romande, il décida même de franchir la barrière de rösti pour se rendre à une représentation publicitaire sur les Tupperware au pied de la Jungfrau, à Interlaken. Marie-Thérèse Porchet est un personnage qui gagne à être connu et qui mérite d'être écouté au moins une fois dans sa vie. En effet, le miroir dans lequel il nous fait plonger nous permet de mieux cerner chacune des angoisses et des démons qui nous habitent.
Marie-Thérèse est belle, sensuelle, sexuelle, un peu diabolique et pas trop catholique, elle est un mélange de conformisme et d'érotisme et je la remercie de nous avoir fait tant rire le temps d'un spectacle, tout en espérant qu'il y en aura d'autres.
Je souhaite donc vivement son retour sur les planches avec plein de nouveaux sketches et dans cette attente, je lui envoie un bon «vin» en poupe pour le millésime 97.
Merci également à Pierre Naftule, sans qui Marie-Thérèse ne serait pas, ses collaborateurs, et tout son petit monde, soit Christian-Christophe, son fils qu'elle surnomme Chupette, Madame Lopez du 5e et la famille Sanchez, Gilbert le pianiste et Jacqueline la voisine, Bijou le chien et Quentin, l'ami de son fils.Mais sans plus tarder, je vous propose de faire plus ample connaissance avec ce personnage hors du commun.
Bonjour Marie-Thérèse, redevenu Joseph le temps d'une interview.
Au fait, avez-vous déjà eu le temps de lire notre journal Objectif Réussir ?
Pour vous dire la vérité, je n'ai pas encore eu le temps. Je l'ai juste feuilleté et j'ai pu y voir Massimo Lorenzi.

Qu'avez-vous fait avant de devenir comédien ?
J'ai appris le métier de vendeur en papeterie, mais ce que j'ai toujours voulu faire, c'est ce que je fais aujourd'hui. D'ailleurs avec l'argent que je gagnais durant mon apprentissage, je me payais des cours de danse. Je savais profondément qu'un jour j'arrêterais le métier de vendeur pour faire autre chose. J'ai suivi ensuite des écoles de danse à Paris et à Genève, mais cela dit, j'ai toujours le trac avant chaque représentation, car ce n'est jamais gagné d'avance.

Comment s'est déroulée votre rencontre avec Pierre Naftule ?
Tout naturellement. J'ai rencontré Pierre Naftule lors d'une audition où il cherchait un danseur. Moi, j'en avais un peu marre de danser, j'avais envie de faire autre chose et je ne le lui ai pas caché. On s'est dit qu'un jour on monterait un spectacle ensemble.

Comment en êtes-vous arrivé à ce personnage précis de Marie-Thérèse ?
J'ai toujours adoré imiter les gens, je le fais d'ailleurs depuis tout petit. Ma grand-mère aussi était comme ça. Donc, ce personnage a été créé par Naftule et moi-même, lors de répétitions où ça faisait rire les gens. C'est là que l'idée s'est précisée. On s'est dit qu'on pouvait certainement en tirer quelque chose de chouette.

Avez-vous eu des conflits intérieurs pour vous transformer en personnalité féminine ? Est-ce dû au départ à un vieux fantasme ?
Pas du tout. Ayant travaillé dans des cabarets depuis que je fais de la danse, j'ai appris à me transformer. Et j'en ai l'habitude, simplement ça m'amuse de m'habiller en femme dans le cadre de mon boulot uniquement, je ne le fais pas chez moi.
Je me sens bien dans ma peau d'homme. Je suis comédien et j'interprète un personnage, mais ce n'est pas moi.

Est-il vrai que vous songez à arrêter de jouer le rôle de Marie-Thérèse ?
Non, je n'ai pas envie de m'arrêter complètement, j'ai juste envie d'arrêter quelque temps, pour pouvoir souffler un peu, car je n'ai surtout pas envie de me lasser. (Joseph Gorgoni)
On ne vous voit plus beaucoup à la télévision. Pourquoi ?
Le rôle que j'ai joué était prévu de fin juin à fin août 1996, on s'est beaucoup amusé, mais il n'était pas prévu de le faire plus longtemps. Tout a bien fonctionné et je trouve génial que les gens se disent «mince, on ne la voit plus» à la place de «bon débarras».
Quelque chose est prévu pour cette année avec ce même personnage. En fait, on fait juste une petite pause.
On vous reproche d'être parfois un peu raciste dans vos sketches. Qu'en dites-vous ?
Evidemment, mes sketches peuvent être pris au premier degré. Mais moi, ce que j'ai voulu faire avec ce personnage, c'est d'être une espèce de miroir. Je ne suis pas du tout raciste, je suis moi-même italien, fils d'immigrés. Ce que les gens ne comprennent pas, c'est que Marie-Thérèse c'est un personnage que je joue, ce n'est pas moi. J'écris les pièces avec Pierre Naftule et je les interprète, c'est tout. Marie-Thérèse, c'est une dame qui n'est pas vraiment raciste, qui n'est pas vraiment méchante non plus. Elle a des idées reçues sur plein de choses. Finalement, on se rend compte qu'une fois qu'elle a compris, elle ne condamne pas, au contraire. C'est pour tout le monde pareil, on est tous ainsi. Ce qu'on n'a pas l'habitude de voir, forcément ça dérange, donc on montre du doigt. Mais elle n'est pas raciste, elle aurait pu, mais elle ne l'est pas. Elle aurait aussi bien pu s'appeler Lopez ou Brechbuhl. D'autant plus qu'à Genève, les concierges sont le plus souvent espagnoles, italiennes ou portugaises.

Que pensez-vous de la situation du chômage dans notre pays ?
La situation est terrible et en même temps, j'ai l'impression que ça fait bouger les gens. Vous êtes d'ailleurs vous-même un bon exemple avec votre journal.

A ce sujet, que se passe-t-il pour un artiste tel que vous quand il se retrouve au chômage ?
Il n'y a pas en Suisse de statut particulier pour les artistes au chômage. On est considéré comme des travailleurs à part entière. J'en sais d'ailleurs quelque chose puisque j'ai moi-même été au chômage pendant 2 ans.

Comment avez-vous vécu ces deux ans de chômage ?
Ma foi, j'ai été timbrer comme tous les chômeurs, tout en cherchant activement des solutions pour que ça ne dure pas trop longtemps. Beaucoup de gens croient que le boulot va leur tomber tout cuit dans le bec et attendent trop du gouvernement. Quoi qu'il en soit, il faut à tout prix se sortir du chômage. Encore faut-il avoir des idées, c'est clair, mais en tout cas, il faut utiliser son temps à faire quelque chose de valable.

Comment allez-vous subvenir à vos besoins pendant la pause que vous avez annoncée ? Allez-vous vous inscrire à nouveau au chômage ?
Non, ce serait malvenu de ma part. Le spectacle que j'ai donné à travers toute la Suisse romande en 1996 ayant bien marché, j'ai pu faire quelques réserves. En plus, maintenant je suis indépendant, je dois donc m'assumer. Pendant cette petite pause, on va travailler à de nouvelles idées de sketches.

Comment cela se passe sur le plan mental et matériel, quand soudain on est projeté dans des milieux aisés ?
On le ressent énormément, bien sûr. J'ai vécu 2 ans à Paris où j'ai eu la chance de faire un spectacle qui m'a rapporté un peu d'argent, mais ça passe très vite. Heureusement que j'ai pu habiter chez des amis qui m'ont hébergé.

L'argent ne vous est pas monté à la tête au point de vous rendre malade quand vous n'en aviez plus ?
Je pense que lorsqu'on a vécu modestement tout en ayant chaque jour à manger à sa faim, on sait ce que représente l'argent et on essaie de le gérer le mieux possible. J'adore la vie et j'en profite, car je n'ai pas toujours pu me payer tout ce dont j'avais besoin. Il est clair que je sais aussi en mettre de côté, car les impôts ne vont pas me louper cette année. Evidemment, les données sont différentes, ça change de base, car je ne me prends plus la tête pour savoir comment je vais payer mon loyer et c'est bien plus agréable.

Nous connaissons le personnage de Marie-Thérèse Porchet, maintenant nous vous connaissons mieux vous-même, mais y en a-t-il d'autres ?
Quand on est comédien, il y en a plein. J'ai joué dans une série télévisée qui s'appelle «La petite famille», j'ai été l'invité à «ça colle et c'est piquant» et Marie-Thérèse est devenue célèbre, mais j'ai envie de faire d'autres rôles, je ne demande que ça.

J'imagine que vous recevez beaucoup de courrier. Que vous écrivent les gens ?
Sur environ un millier de lettres, j'en ai reçu 4 qui étaient négatives. Soit on me reproche d'être raciste, soit on me reproche de jouer le rôle d'une femme. Quoi qu'il en soit, je réponds toujours personnellement à chacune de ces lettres, question de politesse.

Quels conseils donneriez-vous aux gens qui, par les temps qui courent, désespèrent ?
Il faut toujours aller de l'avant. Ne jamais baisser les bras. Il faut se dire qu'on est tous capables de faire quelque chose de bien. Chacun d'entre nous avons notre personnalité. Il ne faut jamais essayer de copier les autres. Il faut persévérer et ne jamais s'occuper du qu'en dira-t-on.