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Avant j'étais riche,
maintenant je suis heureux |
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A tout moment et n'importe où on peut toujours être utile à quelque chose ! |
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Par Denis Fête |
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Je venais d'avoir 58 ans lorsque j'ai été licencié après 17 ans passés dans la même entreprise où je me plaisais et me suis posé les mêmes questions que tout chômeur se pose : suis-je coupable ? Trop vieux ? Inefficace ? Mon entourage, ma femme, mes enfants et petits-enfants m'ont beaucoup aidé par leur présence. |
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J'ai pu me consacrer à eux et occuper mon temps. J'ai fait du ski de fond, de la marche, suivi un cours pour chômeurs âgés donné par Pro Senectute. Mais après quelques mois ce fut la déprime, l'ennui de mes collègues de travail, des clients, des fournisseurs, des ouvriers et chefs d'atelier. Je n'ai jamais eu, comme beaucoup d'autres, de soucis financiers mais un vrai deuil de tout ce qui faisait la qualité de la vie.
Je ne pouvais plus participer à une action commune au sein d'une entreprise. La vie n'avait plus de sens, elle pouvait s'abréger. C'est ce qu'on appelle le syndrome du tunnel : on voit tout son avenir en noir.
Il y a dès lors trois manières d'aborder ce problème :
1. subir passivement
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2. subir passivement mais tendre la main pour obtenir une aide extérieure
3. se prendre en charge
A l'annonce du diagnostic, le grand malade incurable est dans la même situation, il lui reste un temps limité à vivre, il doit le gérer. Comment gérer mes six ans jusqu'à la retraite ? L'industrie ne veut plus de ma tête et de mes bras ? J'ai commencé par prêter mes yeux à ceux qui n'en avaient plus : en tant que guide, j'ai accompagné des aveugles à ski et en haute montagne. Puis, j'ai collaboré à l'organisation de voyages culturels pour handicapés physiques. Ces activités étant bénévoles, je touchais des indemnités de chômage et cherchais du travail. Si je ne croyais guère à la possibilité d'un emploi dans une entreprise industrielle, j'étais néanmoins prêt à faire n'importe quoi. J'ai été placé 6 mois dans un collège comme concierge, ce qui m'a valu des découvertes et des souvenirs inoubliables. J'ai fait la femme de ménage dans une entreprise, travaillé à la commune, aux Parcs et Promenades de la Ville, au cimetière...
Je n'ai aucun mérite, j'ai eu de la chance
La chance de participer à un atelier pour chômeurs âgés à Pro Senectute, la chance d'être intégré dans une équipe de chômeurs à la commune de Saint-Blaise où nous avons fait un excellent travail et où j'ai appris beaucoup ; la chance d'avoir une femme qui travaille à mi-temps, la chance de rencontrer une dame âgée, lourdement handicapée qui m'a offert de passer mes vacances dans sa résidence secondaire au Tessin moyennant quelques travaux de bricolage destinés à lui faciliter la vie.
A tout âge, on peut s'améliorer
Lors de mon premier voyage en car avec des paraplégiques, j'ai dû aider à prodiguer les soins à une dame qui ne pouvait pas faire autre chose que bouger un peu la tête et une main, et surtout nous faire rire (belle leçon de courage). Au retour, j'ai fait le nécessaire pour suivre un cours d'auxiliaire de santé donné par la Croix-Rouge et ai fait mon stage dans un home médicalisé. Là également, j'ai fait des rencontres enrichissantes et l'idée de devoir peut-être passer la fin de ma vie dans un home ne me fait plus peur.
Ce n'est pas ce certificat qui m'a apporté du travail, la profession est saturée. Je suis mieux formé pour les voyages et j'ai pu le constater lors de notre dernier voyage avec des chaises roulantes au Viet Nam. Quand je dis que j'ai eu de la chance, je dois préciser que la chance passe souvent près de nous et qu'il faut tendre la main pour la saisir. Vous pouvez tous tendre la main. Ainsi, je lisais « L'Alchimiste » de Paulo Coehlo, j'ai approuvé et mémoriser ce texte :
« Je n'ai que le présent et c'est lui seul qui m'intéresse. Si je fais attention au présent, je peux le rendre meilleur. Et si j'améliore le présent, ce qui viendra ensuite sera également meilleur. »
J'ai soigné le présent, soigné mes relations, me suis efforcé d'avoir des pensées positives et me disais que tout allait mieux. Ce qui fut finalement le cas.
Les gros problèmes n'excluent pas l'humour
Après 4 ans de chômage, j'écrivais ma 400ème offre d'emploi. Ce fut une postulation spontanée comme gendarme couché à la Police cantonale. La réponse est venue également toute empreinte d'humour avec des bons voeux pour mon avenir. Il m'est aussi arrivé d'envoyer des cartes de voeux « je vous souhaite de vivre l'année qui vient comme des chiens car les chiens mangent leur viande sans pain, nous les chômeurs mangeons notre pain sans viande ».
Une surprise inattendue
Alors que j'arrivais en fin de droit, à deux ans de la retraite, j'apprends qu'un chômeur de plus de 62 ans qui a cotisé une année, a droit à 520 jours d'indemnités à condition d'accepter d'être placé durant cette période. Tous les travaux effectués (même cantonnier avec un diplôme d'ingénieur, ce qui est mon cas !) n'ont donc pas été inutiles.
Alors vous, les chômeurs, n'hésitez pas... ce n'est pas ce que vous avez perdu qui doit vous préoccuper, c'est ce qui vous reste... Ne vous isolez pas, allez au-devant des autres. N'ayez pas peur de l'inconnu, vous êtes capables de conquérir ce que vous voulez et ce qui vous est nécessaire.
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