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Un créateur universel |
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La Chaux-de-Fonds est une ville privilégiée. Elle a la chance de compter parmi ses enfants quelques créateurs de génie. L'un d'eux, même s'il a fait la plus grande partie de sa carrière loin de la cité qui l'a vu naître, fut l'un des plus grands visionnaires du XXe siècle : il s'agit de
Charles-Edouard Jeanneret-Gris,
dit Le Corbusier. |
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Genèse montagnarde
Né en 1887, la même année et dans la même ville qu'un certain Frédéric-Louis Sauser qui deviendra Blaise Cendrars, Charles-Edouard Jeanneret entame, en 1900, une formation de graveur-ciseleur à l'École d'Art de la ville où enseigne Charles L'Eplattenier (1874-1946). |
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Ce dernier, peintre et sculpteur, a créé à l'École d'Art, le Cours supérieur qui fera référence et où se formera Jeanneret. C'est Charles L'Eplattenier qui, en 1904, dirigera son jeune élève vers l'architecture. |
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Après des séjours à Vienne où il rencontre le peintre Gustav Klimt, à Paris et à Berlin où il est confronté aux problèmes de l'architecture industrielle, Jeanneret commence, en 1911, un long voyage en Orient, qui le mènera de Prague à Istanbul, en passant par Vienne, Budapest, Belgrade et l'Italie. Quatre ans plus tard, de retour dans sa ville natale, il y poursuit sa construction de villas, entamée en 1905 déjà (Villa Fallet), en dessinant les plans de la
Villa Turque. |
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En 1917, l'architecte quitte La Chaux-de-Fonds pour s'installer à Paris : les montagnes neuchâteloises sont, en effet, bien trop exiguës pour qu'un tel arbre puisse y déployer toutes ses racines. Il devient alors Le Corbusier ; sa carrière internationale prend son envol. |
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La gloire
Architecte, urbaniste, essayiste, peintre, sculpteur, Le Corbusier fournit une oeuvre gigantesque. Citons entre autres et pour être extrêmement concis, la Villa Savoye à Poissy (1928), la chapelle Notre-Dame du Haut à Ronchamp (1950), le couvent Sainte Marie de la Tourette à Eveux (1953) et le Modulor. Naturalisé français en 1930,
Le Corbusier est l'auteur de plus de 40 livres et essais.
Bardé de médailles et d'honneurs, il meurt à Cap-Martin (Alpes-Maritimes) au cours d'une baignade dans la Méditerranée, en 1965. Ses obsèques officielles se sont déroulées dans la Cour Carrée du Louvre. Il est inhumé au cimetière de Cap-Martin. De nos jours, notre Banque Nationale, elle-même, rend hommage au grand homme, en lui dédiant l'un de ses papiers-valeurs (mais c'est, malheureusement,
la plus petite coupure qui porte son effigie !). |
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Le Modulor
Une rue de La Chaux-de-Fonds porte ce nom et longtemps nous l'avons empruntée, en ignorant ce qu'était exactement «un modulor». Nous avions bien une vague idée d'un rapport avec Le Corbusier mais nos connaissances s'arrêtaient là. |
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Le Modulor (de module et nombre d'or) est une colossale étude traitant d'une échelle de mesures basée sur le nombre d'or, les proportions du corps humain et à l'aide de laquelle l'architecture se normaliserait ; elle puise ses sources dans la Grèce antique et la Renaissance. Le Corbusier fut le principal artisan de ce vaste projet dont l'étude s'étendit de 1920 à 1948. Cet essai a été publié en deux tomes (1950 et 1955). Albert Einstein a déclaré à propos de ce travail : «Il s'agit d'une échelle de dimensions qui facilite la tâche du créateur; elle lui permet de réaliser facilement le juste et difficilement le faux.» Ce «monument» qui fait recours aux mathématiques, à la géométrie, au dessin, à la peinture et à l'histoire illustre l'universalité de l'oeuvre de Le Corbusier et va bien dans le sens de sa conception de l'architecture. |
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Des horizons futuristes
Dès 1917, Le Corbusier a, en effet, repensé l'habitat social qui pourrait répondre aux destructions massives de la Grande Guerre. Cette recherche de la meilleure recette pour loger les gens d'une façon tout à la fois humaine et rationnelle sera l'un des leitmotivs de sa carrière.
Ainsi, on peut dire que la construction de villas lui servait à financer et à matérialiser sa vision futuriste de l'habitat. Une vision qui trouvera de multiples concrétisations ; pour ne prendre que quelques-unes des plus représentatives de son idéal, citons l'Unité d'Habitation à Marseille (1945), immense complexe où vivent près de 3000 personnes et la ville de Chandigarh, aux Indes, créée de toutes pièces par l'urbaniste. Ces réalisations étaient-elles utopiques, du point de vue du bonheur et du confort que Le Corbusier pensait apporter aux hommes ? Sûrement, au vu des cités-dortoirs, tout sauf humaines, qui gangrènent les grandes villes actuelles ; mais l'idéal de Le Corbusier n'a-t-il pas été déformé par ses héritiers qui n'ont vu, dans sa façon de concevoir l'architecture, que le profit qu'ils pourraient en tirer ? |
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Par Pierre Bourquin |
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