Gabby Marchand :
artiste généraliste
Qui ne connaît ce chanteur fribourgeois ? Ah, il y en a ?
Alors, allons à la rencontre de ce personnage sans concession et si attachant.
Gilles Casabene
Comment pourrait-on vous définir ?
Moi, j'aime bien dire que je suis un artiste généraliste. Une fois, j'ai dit que j'étais comme un arbre qui a beaucoup de branches ; certes, je suis avant tout un mélodiste, mais j'ai la capacité de trouver des mélodies sur des rythmes variés. J'écris des chansons, car j'en ai besoin ;
c'est une nécessité. J'écoute les gens et je regarde autour de moi ; je suis très sensibilisé par notre environnement, par ce qui se passe dans le monde. Tout à coup, quelque chose me touche et j'éprouve le besoin d'en faire une chanson ; c'est mon vrai fond de commerce ! Je fais aussi, et depuis très longtemps, des chansons avec des enfants. J'ai également écrit de la musique pour habiller des poèmes d'auteurs suisses romands et singinois. Je chante, à l'occasion, de vieilles chansons en patois gruyérien et je donne des cours de guitare. Mais avant tout, mon vrai cheval de bataille, ce sont mes chansons de «nécessité» ; c'est la raison qui m'a poussé à écrire des chansons. Tout cela pour justifier le terme d'artiste généraliste, qui me convient parfaitement.
Gabby Marchand
Est-ce que depuis tout petit vous vouliez devenir chanteur ?
Ah non, non... Je n'ai jamais voulu devenir chanteur, j'ai eu un déclic : à treize ou quatorze ans, j'ai entendu la chanson «Blue Suede Shoes» d'Elvis Presley. Son côté rythmique m'a totalement bouleversé et a changé quelque chose dans ma vie. Cela m'a donné envie d'écrire mes propres textes sur la musique d'Elvis ; je mettais ses disques et je chantais ma version par-dessus (Gabby est peut-être un précurseur du karaoké). Et un jour, vers dix-sept ans, une amie m'a offert une très vieille guitare pour que je puisse jouer les chansons du King et d'autres artistes. Par hasard, en travaillant sur mon instrument, une mélodie m'est venue et je lui ai apposé un texte : c'était ma première chanson, qui s'appelle «Souvenirs lointains». Et comme le hasard est curieux, ce tout premier titre ressortira sur mon prochain disque. Petit à petit, j'en ai écrit d'autres, l'inspiration aidant... J'écrivais surtout des histoires de coeur, de filles, d'idéal, des chansons sur les questions qu'un jeune de vingt ans peut se poser.

Pourquoi avoir choisi la guitare plutôt qu'un autre instrument ?
A cause d'Elvis, bien sûr ! A l'époque, la guitare était à la mode. Je suis un autodidacte et, avec le temps, j'ai acquis beaucoup de choses.

Savez-vous jouer d'autres instruments ?
Je joue un peu de l'ukulélé, de quelques flûtes, du banjo ténor et puis, rythmiquement, des petites percussions que je fabrique moi-même.
Aimez-vous les gens qui pensent que vous êtes un chanteur pour enfants ?
Je suis tout simplement un chanteur ; je chante parce que j'écris des chansons. D'ailleurs, je ne chante jamais les chansons des autres, car je préfère écouter ce qu'ils font.
Pour vous répondre franchement, je n'aime pas
les étiquettes qu'on veut coller aux gens.

Vivez-vous de passions ?
C'est toujours la passion qui prime.
Merci Jean-Pierre pour ce magnifique dessin !!!
Vous considérez-vous comme un chanteur engagé ?
Oui, je crois que je suis engagé, car ce que je dis dans mes chansons, je le pense et le défends. J'ai une chanson qui s'appelle «Qu'un rêve», qui est d'un engagement terrible ; elle m'est apparue lorsque j'ai vu la photo de cette petite Vietnamienne qui avait le dos tout brûlé. Cette illustration a fait le tour du monde et a peut-être contribué à raccourcir la guerre du Vietnam. Dans cette chanson, j'écrivais : «J'ai rêvé qu'un bombardier lançait des bombes de fleurs...» Et à la fin, je dis : «Chez moi, quand j'ai ouvert mes volets, le printemps est arrivé», ce qui veut dire qu'il y a toujours de l'espoir.
Un album haut en couleur Vous donnez des cours de guitare ;
pensez-vous être un bon professeur ?
Je pense que je suis un bon professeur même si je n'aime pas ce terme. J'essaie plutôt de montrer ce que j'ai acquis avec les années. Je suis quelqu'un d'exigeant ; j'ai des élèves qui trouvent que je suis un peu dur, un peu trop sévère, mais c'est parce que je les prends au sérieux. Penser qu'on va plaire à tout le monde est exclu. Par contre, je ne supporterais pas qu'on dise que ce que je fais, c'est de la merde et je suis sûr que cela n'en est pas. Je ne cherche pas à faire l'unanimité et je suis moi-même quelqu'un de critique, mais je n'aime pas blesser les gens juste pour les blesser.
Un débutant peut-il venir prendre des cours ?
Je préfère justement quelqu'un qui n'a jamais pratiqué, quelqu'un de «vierge», si l'on peut dire, car tout le monde n'enseigne pas de la même manière. Et il faut aussi me convaincre... C'est pourquoi je n'ai pas beaucoup d'élèves et je ne tiens pas à en avoir trop. Il m'est arrivé d'en refuser, car je n'étais pas convaincu de leur motivation.

Que pensez-vous de l'émission «Star Academy» ?
Je n'en pense que du mal. Je trouve que c'est une supercherie. On fait croire à des gens qu'ils vont devenir des «stars» ; mais cette émission n'est que de la télévision de bas étage. L'esprit d'artiste ne se fabrique pas : on l'est ou on ne l'est pas.

Gabby Marchand, c'est votre véritable nom ou est-ce votre nom de scène ?
Avant tout, je tiens à préciser que je suis natif du quartier de l'Auge en basse-ville de Fribourg. Mon vrai nom est Gabriel Marchand, d'où le surnom de Gabby.
A quarante ans, je me suis rajouté un second «b» car, à vrai dire, quelqu'un s'était trompé. Graphiquement, je trouve que c'est beau. Quand on m'écrit maintenant Gaby avec un seul «b», j'ai l'impression que ce n'est pas moi. Pour plaisanter, j'avais dit qu'à soixante ans, je m'en rajouterai un troisième et à huitante, un quatrième à cause de la sénilité... attendons pour voir.

La langue française est-elle plus belle que la langue allemande ?
Il n'y a pas de belles ou de vilaines langues ; quand tu cries en français, ce n'est pas plus beau que quand tu cries en allemand. De plus, la langue allemande est une langue douce qui n'est pas gutturale comme les gens le pensent.

Quels sont vos chanteurs préférés ?
Elvis Presley, je le mets à part. Je possède tous ses disques, tout comme ceux de Bob Dylan. Parallèlement à ces révélations, j'ai tout de suite été séduit par Léo Ferré, Jacques Brel, Claude Nougaro, Jean Ferrat. Georges Brassens, un peu moins à l'époque ; je l'ai découvert un peu plus tard. Sans oublier Charles Trenet qui est le fondateur de la nouvelle chanson française. J'aime les bonnes choses, j'aime la bonne chanson.