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Petits travailleurs, grandes entreprises
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Tous les jours, sans salaire digne de ce nom, sans contrat ni assurance quelconque, 250 millions d'enfants entre 5 et 15 ans - et dont la moitié travaille à plein temps - sont astreints à de dures besognes dans des usines, des mines et sur des chantiers. Sans parler de ceux que l'agriculture exploite sous un soleil de plomb...
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« Ils se lèvent souvent à trois heures du matin et travaillent jusqu'à quatorze heures par jour. Ils sont exposés, sans protection, à des pesticides... Ils n'ont, chaque jour, que deux pauses d'un quart d'heure et un déjeuner de trente minutes... Considérés comme des bêtes de somme, les filles comme les garçons n'ont pas accès à des toilettes durant les heures de travail, ni à de l'eau pour se laver les mains ou pour boire. » |
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C'est ainsi que M.Greg Oxley, éditeur du magazine marxiste français La Riposte, a décrit* le destin quotidien des enfants d'Amérique latine travaillant aux Etats-Unis.
Cent vingt mille enfants sont ainsi exploités, selon les statistiques officielles et l'organisation «Human Rights Watch», qui révèlent qu'ils sont payés un ou deux dollars de l'heure alors que la loi en vigueur prévoit un minimum de 5,15 dollars.
Evidemment et malheureusement, ce n'est pas une exception ni la pire des formes de profit économique d'enfants dans le monde de nos jours. En Amérique du Sud, en Asie, en Océanie et en Afrique, 59 millions d'enfants au travail, selon le Bureau International du Travail (BIT), sont exposés à des risques très graves pour leur santé, et même pour leur vie (aléas atmosphériques, machines affûtées, charges lourdes et sévices sexuels).
Les rapports de l'UNICEF (Fonds des Nations Unies pour l'enfance) indiquent un chiffre frappant : en 2000, et sans inclure les enfants chinois (aucune statistique lors de ce rapport), il y avait 246 millions d'enfants de moins de 15 ans actifs sur le marché mondial du travail. Ils sont engagés comme main-d'oeuvre bon marché, dont la moitié environ est contrainte à des formes d'exploitation dures et intolérables.
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Certains d'entre eux sont utilisés pour des activités illégales et exposés à des travaux très dangereux. Des enfants, en Thaïlande, par exemple, restent plus de 15 heures à même le sol pour décortiquer des crevettes.
Dans les exploitations de caoutchouc, en Malaisie, ils sont souvent obligés de travailler plus de 17 heures par jour, sept jours par semaine. |
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Certains enfants du Pakistan travaillent jusqu'à 20 heures par jour pour une somme qui ne couvre que la nourriture.
Sans aucune aération, des enfants, en Inde, travaillent 14 heures dans des usines de verre où la température des fourneaux dépasse 1400 degrés.
Au Nigeria et au Sénégal, quelques centaines de milliers d'enfants oeuvrent dans des conditions d'asservissement et plus de 200 000 d'entre eux ont été vendus comme esclaves en Afrique Centrale et de l'Ouest, selon les données de l'UNICEF.
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En Colombie, des mineurs, pour 25 francs par semaine, besognent quotidiennement à 100 m de profondeur dans des conditions insoutenables.
Il faut préciser que ces tâches, indignes de toute philosophie humaine, ne sont pas seulement répandues dans les pays en voie de développement. Selon les rapports de l'Organisation Internationale du Travail (OIT), 2,5 millions d'enfants âgés de moins de 15 ans opèrent dans les marchés des pays riches, et 2,4 millions dans certains secteurs de l'ancien bloc soviétique. Ils sont victimes de règlements ardus, non exempts de risques, notamment dans l'agriculture, les chantiers, les industries du textile et les ateliers de chaussures. Les études effectuées montrent qu'il y a 200 000 cas en Espagne, 400 000 en Italie, mais aussi un grand nombre en Angleterre et en Allemagne. Cinq cents paires de chaussures d'une marque européenne renommée sont produites journellement à Amarante par des enfants portugais pour 50 centimes de l'heure.
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Des fillettes italiennes, âgées de moins de 14 ans, passent huit heures chaque jour derrière une machine à coudre dans une fabrique de textiles située à Naples.
Les économies des pays industrialisés jouent, d'une manière ou d'une autre, un rôle essentiel dans l'exploitation des enfants au travail. Les entreprises multinationales du tabac, du cacao et de la banane emploient, dans des conditions difficiles, plusieurs dizaines de milliers d'enfants pour la récolte et l'industrialisation. Les produits issus du travail enfantin représentent 5 % de l'exportation des pays en développement. Les prix « chics » indiqués sur les sacs, chaussures ou tapis luxueux, dans des magasins cossus de Londres, Rome, Genève, Paris, Amsterdam ou d'autres métropoles guindées, ne révèlent pas, dans la plupart des cas, la décrépitude qui se cache derrière le travail de ces petites mains.
Le profit économique plutôt que les tendances humaines et morales !
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Pour contrer cette réalité dure et inacceptable, en ce début du XXIe siècle, paraissent de temps à autre dans les pays nordiques des appels au boycott de certaines marchandises réalisées par des enfants misérablement rétribués. Par des affiches du type « Il ne faut pas encourager l'exploitation des enfants déjà malheureux », plusieurs actions de ce genre y ont été menées. Une alternative prise avec beaucoup de méfiance de la part de l'UNICEF, car cette organisation ne voit pas dans le boycott une solution si les enfants restent sans scolarisation et sans autres perspectives. L'UNICEF parle de mesures pour supprimer le travail des enfants : élimination immédiate de l'emploi des enfants à des tâches dangereuses, organisation d'un enseignement gratuit et obligatoire, collecte et contrôle adéquats des données.
Les grandes entreprises qui intègrent des enfants dans leurs activités de production rejettent aussi l'accusation de profiter des petites mains et en plus, ils y voient une action utile. Pour elles, et selon leurs explications, le travail des enfants, dans beaucoup de cas, permet la survie d'une famille entière. Si les Etats-Unis arrêtaient, par exemple, l'importation des vêtements produits par des marmots au Bangladesh, il y aurait 50 000 petites frimousses poussées à chercher d'autres jobs, parfois plus difficiles et plus dangereux.
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Pourcentage d'enfants qui travaillent âgés de 10 à 14 ans
Source: journal Le Monde du 27/10/97
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Mais pour l'OIT qui, infatigable, mène un combat contre le travail des enfants, aucune pauvreté ne justifie une excuse pour engager des enfants dans des activités dangereuses. « Toute forme de travail des enfants constitue une inacceptable violation des droits fondamentaux de l'homme. Bien que l'élimination radicale du travail des enfants ne soit pas à la portée de nombreux pays, tous peuvent et doivent, dans un premier temps, en abolir rapidement les formes les plus intolérables. »
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Trois raisons au moins pour rejeter les excuses des entreprises multinationales : d'abord, ce sont des entreprises qui préfèrent employer un enfant plutôt qu'un adulte, un fils plutôt qu'un père, car ils sont payés moins cher. Ensuite, ce ne sont pas toujours les enfants qui cherchent à travailler, mais plutôt des entreprises qui cherchent à engager des enfants. Enfin, en supposant que le travail des enfants soit parfois nécessaire pour l'existence d'une famille, comment explique-t-on alors le fait qu'ils soient exploités très durement et très mal payés ? Est-ce que, par hasard, les entreprises en question aident ces enfants à surmonter leurs besoins essentiels dans le contexte de leur existence familiale ?
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Il y a aussi, à côté de cela, d'autres raisons pour que M. Kofi Annan constate : « Nous avons misérablement échoué à protéger les droits essentiels des enfants.»
Selon l'UNICEF, dans le monde d'aujourd'hui, « Il y a un peu plus de 500 millions d'enfants vivant avec moins de 30 francs par mois, plus de 100 millions d'enfants ne vont pas à l'école, 11 millions meurent toutes les années avant qu'ils n'atteignent l'âge de 5 ans. Entre 1990 et 2000, à cause des conflits, plus d'un million d'enfants ont perdu leurs parents ou ont été séparés de leur famille, plus de 300 000 ont été recrutés comme soldats, plus de 2 millions ont été massacrés dans des guerres civiles, plus de 6 millions ont été blessés, mutilés ou handicapés à vie, 12 millions ont été privés de toit, et quelque 20 millions ont été chassés de leurs foyers. »
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Serait-il exagéré d'ajouter ici les mots de Gabriela Azurdy, une Bolivienne de 13 ans ? « Nous sommes les victimes des exploitations et des abus de tous genres, nous sommes les enfants de la rue, nous sommes les enfants de la guerre, nous sommes les orphelins du sida, nous sommes les victimes, et nos voix ne sont pas entendues. Il faut que tout cela cesse ! Nous voulons un monde digne de nous... »
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Par Mohamad Al-Dourobi
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