Cannabis et médecine
Avant d'être classé comme drogue par la Convention Unique sur les Stupéfiants en 1961, le cannabis faisait partie, depuis des millénaires, de la pharmacopée des plus anciennes civilisations orientales. On retrouve les premières traces d'un usage médical dans la Chine Antique. Quatre mille ans avant notre ère, la médecine chinoise l'utilisait pour soigner la constipation, le béribéri, les rhumatismes et les blessures de guerre.
L'origine du chanvre indien
Le commerce entre l'Asie et le Proche-Orient fait découvrir le chanvre aux Arabes qui le surnomment le « guide céleste » pour ses vertus psychotropes et médicinales.
Le chanvre s'installe d'abord en Afrique du Nord. Puis, lors des conquêtes musulmanes au VIe siècle de notre ère, le cannabis gagne l'Espagne, la France et le reste de l'Europe. Il s'intégrera dans la vie sociale, culturelle et religieuse de nombreux pays.
L'utilisation médicale au XIXe siècle
Le premier médecin à s'intéresser scientifiquement au chanvre fut le Dr O'Shaughnessey, en 1840. Cet Irlandais exerçait à Calcutta où il se livrait à des expériences en soignant des animaux par le cannabis. De retour en Angleterre, il traita ses patients atteints de tétanos, d'épilepsie, de rhumatismes avec du cannabis. Les résultats furent si convaincants que l'usage thérapeutique du chanvre se répandit dans toute l'Europe et l'Amérique.
A la fin du XIXe siècle, la Société Médicale de l'Ohio (USA) fit du cannabis, qui représentait alors la moitié des ventes de médicaments, le plus fiable, le plus précieux des remèdes. Les extraits de marijuana et de haschisch étaient prescrits aux adultes, femmes enceintes, enfants et vieillards. La médecine vétérinaire en faisait également grand usage. Personne ne le considérait comme source de dépendance, ni comme un produit antisocial ou incitant à la violence. Aucun cas d'overdose, d'intoxication ou de désordre mental ne fut signalé. Toutefois, dans la même période, une nouvelle médecine, moins naturelle mais plus pratique par l'utilisation de comprimés et de seringues dont les effets sont immédiats, place le chanvre en arrière-plan.

L'interdiction du chanvre
En 1937, Harry Junior Anslinger, personnage hypocrite, arriviste, corrompu par l'industrie pétrochimique, directeur du Narcotics Bureau, déclara la guerre au chanvre pour des raisons racistes, économiques, mais nullement sanitaires. Il acheva l'oeuvre entamée par les lobbies pharmaceutiques en faisant croire au Congrès Américain que la marijuana a provoqué davantage de violence que n'importe quelle autre drogue dans toute l'histoire de l'humanité.
Malgré de nombreuses études contredisant le rapport du Grand Inquisiteur de la marijuana, le cannabis fut inscrit, en 1961, dans la Convention Unique des Stupéfiants qui réglemente les drogues au niveau mondial. Bien que personne n'ait pu prouver sa toxicité, le chanvre fut classé comme drogue au même titre que l'opium. Par ailleurs, la culture, la possession, l'utilisation et le commerce de l'héroïne et de la cocaïne sont sévèrement punissables par la loi. Ainsi, la répression condamna l'usage thérapeutique du cannabis pendant près de trente ans. A la fin du XXe siècle, les résultats positifs du chanvre, pour atténuer les effets secondaires consécutifs aux chimiothérapies pratiquées sur des malades atteints du cancer et du sida, suscitent un nouvel intérêt. Son usage à but thérapeutique est alors toléré dans de nombreux États des USA, au Canada et en Europe.

De nouvelles applications ?
Le cannabis apporte de sérieux espoirs dans le traitement de la sclérose en plaque, de la maladie de Parkinson, du glaucome, de l'épilepsie, de l'arthrite, de la migraine, de l'asthme, de la dépression et des douleurs neurologiques.
Les laboratoires pharmaceutiques s'intéressent de plus en plus au chanvre et recherchent d'autres formulations moins dangereuses que le THC* contenu dans le cannabis. Cependant, de nouvelles découvertes remettent en question l'utilisation du cannabis dans de nombreux traitements. Les chercheurs du National Institute on Drug Abuse (NIDA) ont découvert que le THC* est capable de promouvoir la croissance tumorale et que la consommation de cannabis diminue la résistance aux infections virales et microbiennes.

Destin médical du cannabis ?
L'actuelle liste des produits toxiques classe le cannabis derrière l'alcool et le tabac. Notre société le considère de plus en plus comme un produit récréatif et peu nuisible socialement. Toutefois, tant que le cannabis fera partie des substances illégales, aucune étude sérieuse ne pourra être prise en considération ; les opposants et les partisans du cannabis accusant continuellement la partie adverse d'exagération et de conspiration.

*THC ou Tetrahydrocannabinol : substance psychoactive contenue dans le cannabis provoquant des effets secondaires néfastes : somnolence, vertiges, perte de mémoire, état dépressif, délire verbal, complications libidinales, difficultés respiratoires...
Par Jean-Baptiste De Vito