Sa Majesté du Val d'Hérens
Le Valais possède une espèce bovine unique au monde : la race d'Hérens. Cette vache robuste a la particularité de combattre pour établir une hiérarchie dans le troupeau. Ces affrontements se déroulent de manière naturelle.
Pierre Bourquin
Le déroulement d'un duel
Lors de la sortie de l'étable, au printemps, à la montée à l'alpage, les vaches s'affrontent à coups de cornes. Pour combattre, elles se poussent simplement, front contre front. Elles utilisent aussi leurs cornes de différentes manières. Elles peuvent piquer leur adversaire avec la pointe d'une corne, imprimer un mouvement de torsion sur le cou de leur adversaire, une technique que les spécialistes appellent le « maillage ».
L'animal qui se sent le plus faible abandonne le combat. Ces rixes, qui opposent des animaux femelles, ne causent que de rares blessures superficielles.
Les bovins du Valais en plein combat
Les circonstances des combats
Après avoir passé l'hiver dans leur étable, les vaches sont sorties au printemps. S'étant pourtant côtoyées durant de longs mois, les lutteuses se livrent alors à de violents duels pour déterminer la reine du troupeau. L'inalpe est le jour de la montée à l'alpage. Ce sont des instants très prisés par les amateurs de combats de reines, ainsi que par les hôtes du Valais.
Dallas (13) et Baguerra (67), aux prises : un « choc » de 1200 kilos !
Une véritable fête est alors organisée. Ces montées à l'alpage se déroulent dès fin mai et durant tout le mois de juin.
A l'automne, les bêtes sont descendues en plaine. C'est la désalpe. De nombreuses réjouissances sont également organisées à ce moment-là. La reine de chaque alpage est décorée pour la circonstance.
Les combats organisés
Les hommes ont mis à profit la particularité combative de la race d'Hérens pour organiser des joutes sportives : les combats de reines. Ils ont lieu depuis 1922, en Valais. Il y a une douzaine de joutes par année, en plus d'une grande finale cantonale, qui se déroule à Aproz, près de Sion, au mois de mai, et attire une dizaine de milliers de spectateurs. Au fil des années, ces manifestations ont été réglementées. Par souci d'équité, les bêtes sont classées en cinq catégories réparties suivant l'âge et le poids (les animaux les plus lourds atteignent plus de 600 kilos).
Les grands combats de reines se déroulent à la fin mai et durant le mois de juin
Toutes les vaches qui se présentent dans l'arène doivent être portantes.
Une réelle passion
Pour déterminer les classements, un jury observe et compte les affrontements. Une bête qui a perdu à trois reprises est éliminée.
Une journée de combats de reines est un événement populaire et folklorique. Elle commence par les éliminatoires. Les bêtes sont divisées en plusieurs groupes. Lorsqu'il ne reste que six bêtes dans l'arène, chacune lutte contre ses rivales.
Celle qui a gagné face à chacune de ses concurrentes est classée reine de sa catégorie et qualifiée pour la grande finale d'Aproz.
Ces événements attirent des foules considérables.
On peut estimer à 50 000, le total des spectateurs qui assistent à ces joutes toutes pacifiques.
La race d'Hérens : unique au monde. Ces animaux sont un véritable exemple pour l'orgueil du canton du Valais
L'engouement pour ces combats est tel qu'un journal mensuel, la Gazette des reines, a été créé. Une émission hebdomadaire à la radio locale valaisanne, « Rhône FM » est, elle aussi, consacrée à cette tradition.
Prochains combats :
03.08.03, à Loèche-les-Bains
28.09.03, à Rarogne
05.10.03, à Martigny

Photos : J.-P. Lambert himself