Monsieur Fernand Thiébaud : Confidentiel
Fernand, nous revoilà ensemble. Large activité politique, large activité professionnelle et syndicale, mais tu as quand même pris du temps pour toi, si je ne fais erreur, de par tes loisirs. Qu’en est-il ?
Je pense que pendant toute cette période professionnelle et politique, j’ai eu d’autres activités, si on veut dans le sport - sportive, joueur de quilles, champion cantonal 1961-62-63-64 sur les pistes asphalte. Il n’y en a plus au Vallon, alors on ne peut plus jouer. Alors, je ne me déplace plus non plus très loin, car j’allais où il y en avait partout au canton.
Autre activité, la pêche comme je vous l’ai dit depuis l’âge de seize ans, c’est le soixante-septième permis que j’ai pris cette année.
Et jusqu’à maintenant, combien de truites ?
Alors là.
Pour l’année.
Des années, on en prenait sept, huit cents. Maintenant, quand on en a vingt, on est content. On est limité, mais je n’y vais plus beaucoup il faut dire. Je n’y vais plus beaucoup, dans le temps, j’y allais le matin avant d’aller travailler, à midi une heure et le soir, toute la période de pêche. J’avais encore le ramassage des grenouilles de ce temps-là. J’étais grenouillard encore.
Grenouillard.
Oui.
C’est les gens de Boveresse, les grenouillards normalement ?
Oui c’est à Boveresse, les grenouillards. Mais, on allait le long des rivières et dans les étangs. Les étangs, ils ont tout pour plaire. Tout est fermé. Les biotopes cela a disparu, donc elles ne peuvent plus se reproduire dans nos régions. Peut-être, dans les marais des Ponts, je n’en sais rien, mais en tout cas pas ici, cela c’est entre guillemets si l’on veut.
Alors, la pêche je vous ai dit. J’ai été président de la société des pêcheurs pendant six ans de 1971 à 1977 de la Haute-Areuse. J’ai été président du comité d’organisation de la Fête des musiques du Val-de-Travers en 1978, mais cela ce n’est pas la période politique et cela nous amène à être demandé pour prendre une charge à une organisation telle que celle-là.
Donc président du comité d’organisation de la Fête des musiques du Val-de-Travers, président de la fête du GVT, gymnastique du Val-de-Travers. Il ne faut pas oublier quand j’étais jeune marié, on s’est marié en 1947, 23 ans et mon épouse 22 ans, j’avais une occasion de reprendre le restaurant à Fleurier et mon épouse - il y avait déjà le premier enfant qui était en route - et elle n’a jamais voulu. Elle a dit non. Si on prend un restaurant, c’est le divorce.
Il y a une chose en tout cas qui est clair, tu aimes le contact ?
Oui, j’aime le contact des gens. Quand mon fils a repris en 1994 l’Auberge et après l’Areuse, j’étais dans mon élément. J’étais au bistrot, j’étais en contact avec les gens. Je servais aussi. Je faisais de la cuisine de temps en temps. J’étais dans mon élément, mais à l’âge que j’avais, ce n’est plus le même âge. On n’est plus actif la même chose.
Tu faisais de la cuisine, petite spécialité en cuisine ?
Oui. Un peu de tout. J’ai fait des filets de perche, cuisses de grenouilles, n’importe quoi. À la maison, c’est moi qui cuisine. Il y a longtemps, bien avant que mon épouse soit malade, c’est moi qui cuisinais déjà. Tout ce que tu veux.
Maintenant, je suis président des sociétés locales de Couvet. Cela fait la quatorzième année, depuis 1992. On est en 2006.
Tu milites toujours ?
Oui. Je fais toujours quelque chose. Bon, ce n’est pas politique. Les sociétés locales, on ne parle pas de politique là-dedans. Je gère une trentaine de sociétés affiliées et non affiliées.
Quand on dit qu’une retraite ce n’est pas forcément facile à vivre, on parle de la préparer. Pour toi ?
Je n’ai pas eu de difficultés. Je bricole toujours, je ne fais que bricoler. J’ai un petit atelier, que ce soit de la mécanique, de la menuiserie ou n’importe quoi. Quand il y a quelque chose qui ne va pas, la maison qui est foutue, il y a ceci ou cela. Un meuble à réparer, à rénover, c’est moi qui le fais.
J’ai entendu dire que tu aimais beaucoup danser ?
Bon, j’étais un danseur, tu le sais. J’ai toujours aimé danser et j’ai appris à danser et bien voilà, je vais vous dire comment cela est arrivé. Mon père tenait la Maison des Travailleurs à Fleurier pendant cinq ans dans les années 1932-37. J’avais huit ans. Il a fait cinq ans et comme j’avais huit, neuf ans j’étais toujours par là. J’aidais déjà mon père derrière le comptoir à préparer les verres, les laver et c’est les sommelières qui m’ont appris à danser, à l’âge de neuf, dix ans.
C’est du précoce là ?
Après qu’est-ce que tu veux, c’est venu. Je ne suis pas musicien, mais j’ai l’oreille pour danser, pour la musique, n’importe quelle musique. Que ce soit, une valse, un tango, un jerk, maintenant la lambada, le rock, c’est égal.
Et cela t’arrive d’aller de temps en temps ?
Quand il y a des soirées… Mais j’y vais beaucoup moins. J’aimais bien danser avec mon épouse, elle ne peut plus. Malheureusement, elle ne peut plus. Il y a d’autres occasions, il y a d’autres personnes pour danser. Du reste, on m’avait proposé de donner des cours de danse en son temps. J’ai dit : « Non, pour donner des cours de danse, il faut déjà connaître la musique comme il faut sur papier ». Danser à l’écoute, c’est facile. Tu as le pas, tu l’as ou tu ne l’as pas. Tu sais danser ou tu ne sais pas. Il y a le danseur qui se trémousse, mais… ce n’est pas la même chose.
Pas vraiment.
Voilà un peu les activités que j’ai eues tout au long de ma vie, si l’on veut, depuis tout jeune.
Et les projets, il y a encore des projets ?
Des projets, il y en a toujours. C’est de garder la santé et de pouvoir toujours un petit peu sortir et m’amuser. Avec les sociétés locales, il y a déjà pas mal de travail. Autrement, je n’ai pas beaucoup de projets. Il faut essayer d’aller avec l’âge que l’on a par rapport à ce que l’on peut voir venir, si tu veux. Je n’ai pas d’autres projets, c’est une suite, une continuité de ce que je fais. Bricoler, réparer ceci ou cela, faire mes assemblées, boire un verre, m’amuser avec les copains. Je n’ai pas d’ennemi, je n’ai que des copains.
C’est parfait.
C’est pour cela que j’aime le contact. Dans un restaurant, tu as le contact.
On peut dire que toute ta vie, finalement, c’est le contact.
Le contact avec les gens. Le contact facile et l’on peut aborder n’importe quel sujet. Des fois, il est à côté de mes compétences, il y a des sujets que je ne peux pas prendre mais autrement, il n’y a pas de problèmes.
Voilà quatre-vingt-deux, comme tu l’as dit. Tant que cela va bien, allons de l’avant.
C’est ce que je te souhaite, Fernand, et merci encore d’avoir répondu à nos questions.
Merci.
Allons de l’avant.
Je vous remercie beaucoup de m’avoir accueilli et j’espère vous avoir donné satisfaction sur toute cette longévité de vie politique, professionnelle, loisirs. Merci encore.
Merci.
Interview réalisée par Alain Sunier
Texte retranscrit par Françoise Berthod