Monsieur Jean-Marc Lièvre : Confidentiel

 

Bonjour Monsieur Lièvre.

Bonjour Monsieur.

 

Vous êtes aujourd’hui à Télé Objectif Réussir parce que vous avez quelques anecdotes à nous raconter concernant votre vie. Lors de votre vécu, est-ce qu’il y a eu des événements, ne serait-ce que dans votre jeunesse ou de votre adolescence, qui vous ont marqué ?

J’ai beaucoup voyagé. Je suis né à Lausanne, après on a été à Miécourt, Delémont, Moutier, Fribourg et à Oron, Boncourt, Renan et mes parents sont maintenant à Orbe. Sur huit ans d’école, j’ai fait six déménagements.

 

Alors justement, quand on est jeune et que l’on déménage sans cesse, je pense que ce n’est pas toujours facile de se créer des amitiés ?

Non. Vous ne connaissez pas vraiment le coin, vous ne connaissez pas tous les gens. Vous commencez à connaître, vous partez et pour l’école, ce n’est pas terrible. Oui, c’est surtout le fait, je vois à l’Isle, les gens qui ont toujours vécu là-bas font partie de la Jeunesse, ils vont peut-être faire jusqu’à leur retraite là-bas. Ils auront beaucoup d’anecdotes à raconter. Cela c’est vrai que c’est un manque !

À l’âge de treize ans, un petit problème - pour autant qu’on le considère comme petit - mon père est parti parce que ma mère était très malade et l’on a été placé, pas longtemps, mais placé quand même et moi je suis quelqu’un qui - quand on me fait du mal, cela me bloque - et je ne repars pas en arrière.

On me dit quelque fois : tu devrais parler au moins à tes parents. Il y a des gens avec qui je peux passer une journée sans dire un mot, non par méchanceté car je les aime, ces gens-là, mais c’est parce que c’est comme cela et je n’en souffre pas. Ils croient que j’en souffre de ne pas parler. Mais non, je suis très heureux ainsi.

 

Il y a des gens qui parlent moins que d’autres ?

J’avais eu une fois, mais il y a au moins vingt ans, avec une amie, on avait été aux commissions en France et j’avais vu un livre et le titre était : « Ces hommes qui ne s’expriment pas ou qui ne parlent pas », je ne sais plus. Je n’ai jamais retrouvé ce livre parce que je ne l’ai pas acheté sur le moment, mais j’avais lu juste le début et je crois que c’était exactement ce que j’aurais dû lire en entier, mais je n’ai jamais retrouvé ce livre.

 

Et après ?

Après treize ans, quatorze. À quinze ans, j’ai commencé un apprentissage mais dans une branche qui ne me plaisait pas vraiment et j’ai arrêté à seize ans. Depuis l’âge de seize ans, je me suis mis dans les transports. J’ai été magasinier, aide chauffeur. À dix-huit ans, j’ai fait mon permis poids lourd et j’ai été chauffeur tout le temps. J’ai fait pas mal de boîtes aussi.

 

Cela a continué un petit peu dans ce qui s’était passé plus jeune ?

Oui, j’ai fait de seize à dix-huit la même boîte. De dix-huit à vingt-trois, j’en ai fait plusieurs, mais après j’ai quand même fait seize ans dans la même, la dernière avant de me mettre à mon compte. Non, cela ne s’est pas répercuté. Mon ex-femme, sa mère a divorcé quatre fois.

 

Au niveau famille justement ?

Divorcé quatre fois aussi et, cela n’empêche pas de refaire la même boulette. Mon fils, je l’ai eu à vingt-cinq ans et, malheureusement, il n’avait pas encore deux ans que je me suis divorcé. Au début, jusqu’à l’âge de huit, dix ans, je me suis dit : « Il va quand même bien finalement ». Moi, je faisais un peu le gorille dans ces années-là aussi.

 

Qu’est-ce que vous appelez le gorille ?

Boire des verres et… la fête. On riait bien mais, quelque part, ce n’était pas bon pour lui. Sa mère ne s’est peut-être pas toujours occupée de lui comme il le fallait. À l’école, cela a été très vite la galère. Elle l’a placé une ou deux fois dans des institutions et ils ne sont pas mieux qu’à la maison, là-bas. Son école, c’était galère et à l’âge de quinze ans, j’ai repris l’autorité parentale parce que sa mère ne pouvait plus en faire façon. Là, mine de rien, on l’a pas mal redressé avec mon ex-amie, qui a beaucoup de mérite aussi parce que ce n’était même pas son fils et là, elle a beaucoup de mérite. On était arrivé à un bon résultat ; il avait une place d’apprentissage. Cela n’a pas été tout seul, mais on était arrivé à quelque chose.

Malheureusement, à l’âge de la majorité, à dix-huit ans maintenant, le jour de ses dix-huit ans, il est parti de la maison et il a tout foutu en l’air.

 

Tout foutu en l’air, c’est-à-dire ?

Son apprentissage fini, le social, les dettes et après un peu de drogue, alcool. Cela n’a pas aidé.

 

Là, vous avez quand même renoué contact, je crois ?

Il y a eu une série où je voulais de toute façon, moi, ne pas reprendre contact parce qu’il nous a joué une « trignolette ». Il a repris contact, il m’a fait un message et j’ai ,c’est quand même toute notre vie, notre fils. Quelque part, lui, il avait un respect vis-à-vis de moi et j’arrivais quand même à le gouverner mieux que sa mère, mais c’était plus par peur que par respect, mais cela faisait quand même l’effet escompté, le résultat était là. Ce qui est dommage, c’est si la majorité était à vingt ans, il aurait eu…

 

Il aurait fini l’apprentissage, au moins ?

Il ne l’a même pas commencé. Il devait commencer le premier août et il est né un vingt-quatre juillet. On est arrivé un samedi et il n’était plus là.

 

Qu’est-ce qu’il avait. Il s’était passé quelque chose ?

Même pas. En trois mois, il s’est foutu dans une gonfle incroyable. Quelques mois après, il voulait revenir avec sa copine. J’ai dit : « Tu peux venir manger, dormir, tout ce que tu veux ! Mais remettre tes papiers là, c’est exclu. Je refuse de payer pour tes conneries. Vous êtes partis, vous avez dit : « On assume, on assume ». Maintenant, il faut assumer.

Je suis prêt à l’aider dans tout ce qu’il veut, mais non…

 

C’est un peu un problème que l’on retrouve aujourd’hui, d’ailleurs avec les jeunes, problème de boulot, apprentissage. Vous en pensez quoi ?

Il paraît qu’il n’y a pas assez de places d’apprentissage pour les jeunes et je pense que le problème, c’est que les patrons sont très exigeants. Il faut aller vite, bien, pas cher. Il faut vraiment être compétitif au maximum et malgré cela, il y a quand même des boîtes qui coulent ! C’est galère. Il y a la main-d’œuvre étrangère qui casse un peu les prix ; il y a le produit brut étranger qui casse les prix, parce qu’on est cher. C’est vrai que les jeunes, on se dit que dans un sens, on les comprend un peu parce que ce qu’on leur montre, certains patrons qui gagnent quatre cent fois plus que leurs employés ou des trucs comme cela, ce n’est peut-être pas très encourageant ; mais il y en a aussi qui ne sont pas très motivés. Il y a un peu de tout, je crois, mais ce n’est pas facile de trouver du boulot.

 

Au niveau personnel, vous avez traversé des périodes difficiles ?

J’ai eu un grave accident de voiture, j’étais normalement mort. Je m’en suis sorti, un miracle ! Je suis croyant, mais sans plus, car ces temps je me demande où Il est ? Il y a quand même quelque chose…

 

Vous avez l’impression que cela vous aide à vivre ?

Je pense surtout qu’on y fait appel quand cela ne va pas, malheureusement.

 

C’est assez courant.

Quand cela va bien, on y pense un peu moins. Je pense que cela aide tout de même.

 

Qu’est-ce que vous en retirez de toutes ces expériences, si vous faites un…

Moi, je vois des fois il y a le proverbe qui dit : « Cela nous endurcit ! » Mais non, je crois que je n’ai pas changé. Non, cela ne m’a pas endurci. J’ai pas mal de déboires avec les femmes parce que l’on ne fait pas toujours comme on veut, d’un côté comme de l’autre. Non, la vie continue.

 

Vous n’avez que ce fils-là ?

Oui.

 

Il n’y pas eu d’autres enfants par la suite ?

Non et dans un sens, c’est peut-être mieux et dans un autre sens, il aurait eu un frère ou une sœur, il aurait peut-être, c’est vrai ceux qui sont seuls, c’est peut-être moins bien pour eux, je ne sais pas…

 

Le problème de l’enfant unique, c’est que c’est le centre du monde par rapport à la famille ?

Oui, c’est un problème. Et il a une telle attache avec sa mère… C’est deux coqs qui ne peuvent pas se voir sans s’engueuler. Ils ne peuvent pas vivre l’un sans l’autre, c’est incroyable. Moi, ça va, il s’en passe. Mais sa mère, c’est vraiment fort, il y a une attache qui est différente. Il paraît que les filles, c’est plus pour le père. Ma foi, j’ai eu un garçon. Je n’ai pas eu le temps de renouveler cela et je n’en ai aucunement l’intention parce quand on voit comme cela va, je me demande qui pourrait bien, à l’heure actuelle, améliorer les choses : que les assurances baissent, que les salaires augmentent. Non, je ne vois pas. Cela va en empirant car il y a quand même des vrais pauvres, à mon avis, en Suisse. Il y a quand même des gens qui n’ont pas à manger suffisamment. Il y en a beaucoup. Des gens qui ne peuvent plus payer leurs assurances, etc.

 

Vous avez traversé des périodes comme cela ?

Non, parce que, depuis l’âge de quinze ans, je n’ai jamais arrêté de bosser. De ce côté-là, j’ai toujours été un bosseur.

 

Je pense que le travail, c’est un équilibre ?

C’est la santé. Parce que le fait de ne plus avoir de but pour se lever et de rester jusqu’à neuf, dix heures et pour finir toute la journée au lit ou devant la télé, je pense que c’est vraiment sombrer petit à petit. Tout comme les personnes âgées qui arrivent à la retraite, celles qui habitent au milieu de Lausanne et qui n’ont rien à foutre ou alors la personne qui habite la campagne, qui a une maison et un jardin, je pense qu’elle a une espérance de vie qui est plus longue. La personne qui s’occupe l’esprit et tout, je pense qu’il a aussi quelque chose à dire.

 

Sinon, est-ce qu’il y a un événement qui vous vient à l’esprit pendant ces quarante-cinq ans de vie ?

J’ai à nouveau rencontré une amie qui est merveilleuse, parce que je repars chaque fois de plus belle. Cela ne m’empêche pas de repartir de plus belle… mais c’est vrai que l’expérience m’a peut-être un peu aigri.

 

Vous restez quand même optimiste. Un regard sur la vie avec le sourire.

Oui, bien sûr.

 

Vous avez une passion pour les animaux. Vous avez souvent eu des chiens, des animaux ?

Chez mes parents, on a toujours eu des animaux, des chiens, des chats siamois. Ils ont eu plusieurs portées. Même encore maintenant, ils ont une petite chienne qui a dix-sept ans, une chatte qui va vers seize ans. J’adore les animaux, c’est clair.

 

Je vous remercie beaucoup d’être venu témoigner et vous souhaite bonne chance.

Merci beaucoup.

 

 

Interview réalisée par Alain Sunier

Texte retranscrit par : Françoise Berthod