Exposition Bourvil : Au Beaulieu à Payerne

 

 

On a le plaisir aujourd’hui de nous trouver à l’intérieur de la mythique salle du Beaulieu à Payerne en compagnie de David Chassot, bonjour.

Bonjour, bienvenue.

 

Merci. On vous connaît surtout parce que vous avez été un cycliste professionnel et vous voilà maintenant, directeur ici de cette magnifique salle. Comment s’est passée cette transition ?

Tout simplement parce que j’avais deux passions, particulièrement le sport et le spectacle depuis que je suis adolescent. Donc, on a commencé par le sport et maintenant on fait un petit virage en s’intéressant toujours au sport. On fait un petit virage avec mon frère, du côté culturel, parce que c’est deux domaines qui ont finalement beaucoup de similitudes, parce qu’on doit y aller sans compter et avec passion.

 

Oui, c’est ce que l’on a pensé en visitant cette exposition. On sait que les coureurs cyclistes aiment se faire mal et aiment se faire peur.

Oui c’est vrai, c’est de fonctionner comme cela avec le cœur et de dire tout à coup : « Voilà, ça oui, j’ai le virus, j’ai l’impression qu’il y a un truc à faire » et il faut se lancer. Même des fois sans filet, mais il faut y aller et après il ne faut plus compter, il ne faut plus regarder en arrière et c’est jusqu’à la ligne d’arrivée.

 

Oui. Voilà encore un terme de cycliste. Mais c’est vrai que c’est courageux parce qu’aujourd’hui, malheureusement, la culture, le théâtre, la chanson, ça n’a pas vraiment le vent en poupe en Suisse romande ?

C’est-à-dire qu’il faut peut-être le prendre par un autre angle. Moi, j’ai plutôt un esprit d’entreprise, d’entrepreneur. Je suis un homme de projet, tout comme mon frère et les personnes… en fait, c’est une équipe ici qui nous accompagne. On est bientôt une dizaine et en fait, le but, c’est d’avoir un projet et d’aller au bout. Finalement de se dire, oui mais dans la culture, c’est difficile d’avoir des…. Ce n’est pas forcément vrai. Si, on le regarde, si on prend par le côté entrepreneur et on fait comme si c’était vraiment du privé, il y a des possibilités de faire marcher les choses et de s’en sortir, c’est possible.

 

Parce que Payerne n’est pas trop bien situé, si je me fais un petit peu l’avocat du diable ? Ce n’est pas vraiment Fribourg, ce n’est pas vraiment Neuchâtel, ce n’est pas vraiment Yverdon, c’est entre deux, vous me direz. Vous espérez donc pouvoir faire venir des gens de ces villes ?

C’est justement le grand avantage qu’on a. On est entre deux. C’est-à-dire qu’on est proche de tout. On est à moins d’une demi-heure d’Yverdon, une demi-heure de Neuchâtel, moins d’une demi-heure de Fribourg, une heure de Genève, trois quarts d’heure de Lausanne, trois quarts d’heure de Berne. On a plein d’exemples comme ça. On est hyper centralisé et au lieu de dire, c’est dommage, on n’est au milieu de nulle part. Mais justement, saisissons cet avantage d’être proche de tout le monde et je pense qu’on a quand même l’autoroute qui est à cinq minutes de l’A5, de la sortie de Payerne. Là justement, il faut saisir cette opportunité et faire venir les Romands avec des belles affiches, des choses qui touchent et là, on est en plein dedans.

 

Vous venez d’inaugurer, et là tout de suite en frappant assez fort, avec une exposition sur Bourvil.

Ce n’était pas forcément voulu, c’est des coïncidences, des rencontres. Moi, j’avais acheté les droits de cette exposition il y a trois, quatre ans, alors qu’on n’était pas propriétaire du Beaulieu parce qu’on avait le coup de cœur avec Vincent Taloche qui est un petit peu mon associé en Suisse pour tout ce qui est culturel. Il est le parrain de l’expo, lui. On s’est dit : « Tiens, on pourrait la faire une fois en Suisse ». Et quand il y a deux ans, on a acheté cette salle avec mon frère Richard, on s’est dit : « Voilà une occasion de présenter l’expo. On est chez nous, on fait comme on veut. On peut la laisser le temps qu’on veut » et c’est un petit peu la même génération, Bourvil et cette salle. Ils sont nés la même année, à quatre, cinq ans de différence, ça correspond assez bien et c’est l’occasion aussi de démarrer avec quelque chose qui touche un bassin de population un peu plus large que la Broye. Là, on va vraiment au-delà et on a eu beaucoup de Français qui sont déjà venus, des Belges, des Suisses allemands. Comme quoi Bourvil, c’est vraiment planétaire.

 

Je me suis laissé entendre dire que Fernandel était venu ici il y a déjà bien longtemps, c’est vrai ?

Oui et c’est pour cela que le film « La cuisine au beurre » est un film qui est intéressant pour nous, parce que c’est vrai que Fernandel a joué sur cette scène. C’était dans les années trente et il a eu un succès incroyable. Je crois que c’est la fois où il y a eu le plus de monde dans la salle. Plus de sept cents places, alors que, je ne sais pas si les consignes de sécurité étaient vraiment respectées, parce que normalement, c’est seulement cinq cents personnes.

 

Vous commencez avec Bourvil. Qu’est-ce qui est prévu dans les mois à venir ?

C’est prévu d’offrir à la population broyarde de voir un petit peu au-delà, de venir passer des bons moments à la fois culturels et festifs. Culturel, on entend par là de l’humour, du théâtre, de la chanson avec un peu de musique un peu plus ponctuellement, des musiques un peu plus pointues et aussi pour le jeune public. On a aussi besoin de proposer des spectacles aux enfants. Pourquoi pas, un peu de danse, des conférences, des expos comme celle-ci. C’est d’avoir trois quarts, une ligne comme ça de programmation à trois quarts plutôt établie et laisser un petit quart pour les coups de cœur et les trucs un peu spéciaux.

 

Quand vous dites de la musique un peu pointue, vous entendez quoi ?

Pourquoi pas un peu de blues, du jazz, du classique. Aller chercher non pas le style, mais aller chercher un peu la qualité, le talent.

 

Il y aura de la place aussi pour tous les chanteurs romands ?

Oui bien sûr. C’est clair que la chanson ici a toute sa place.

 

D’autres expositions peut-être déjà en vue ?

Là, on fonctionne encore une fois un peu au hasard et aux coïncidences. On nous a parlé déjà de deux ou trois choses. Tiens ici, on pourrait faire une exposition sur ça et pourquoi pas, voyons, nous…

Maintenant qu’on a passé deux ans à rénover cette salle, nous, on a envie qu’elle vive. Elle nous appartient finalement qu’au Registre foncier. Autrement, les murs sont à tout le monde et il faut qu’on leur propose des choses.

 

Vous avez déjà des échos de la part de la population payernoise pour faire revivre cette grande salle qui rappelle beaucoup de souvenirs à bien des gens ?

C’est énorme. Je ne m’y attendais pas du tout, mais les gens viennent ici et sont touchés jusqu’aux larmes, parce qu’ils nous racontent. Ils ont tous une histoire, ils nous racontent qu’ils avaient rencontré leur femme ici ou alors que c’est les premières sorties qu’ils ont faites. Ils ont tous des souvenirs, mais très touchants et ils attendaient vraiment depuis longtemps l’ouverture de la salle, un peu avec la même fonction qu’auparavant, parce que c’est vrai qu’elle a été ouverte toutes ces dernières années, mais billard, discothèque, night-club. Peut-être qu’ils ne la retrouvaient pas comme ils voulaient.

Maintenant, nous, on la rouverte dans l’état d’esprit de son début finalement où là aussi, il s’était passé des moments culturels et festifs aussi pour le privé, des mariages… Il y a beaucoup de gens qui se sont mariés ici, qui ont fait leur banquet d’entreprise, qui ont tellement de souvenirs. Cela, c’est aussi quelque chose que l’on doit mettre en route.

 

L’exposition Bourvil est déjà ouverte depuis plusieurs jours. Que ressentent les gens venant ici la visiter ?

C’est fantastique parce qu’on est vraiment surpris de pénétrer autant dans la vie de Bourvil, parce qu’il y a beaucoup de choses personnelles mais aussi dans sa carrière. Il avait trois carrières : il y avait celle du théâtre, celle du cinéma, celle de la chanson. Plus de trois cents chansons enregistrées et là vraiment, on a l’impression qu’on fait le tour de l’expo et enfin on le connaît. On a l’impression de l’avoir rencontré presque. Il est vraiment, beaucoup de gens le disent, on a l’impression que l’âme de Bourvil est vraiment dans le Beaulieu. Cela, c’est vraiment le meilleur des compliments.

 

Écoutez M. Chassot, on vous remercie déjà de nous avoir reçu et on vous souhaite bon courage et plein succès.

Merci. Vous êtes les bienvenus toujours.

 

 

Interview réalisée par Jean-Pierre Lambert

Texte retranscrit par Françoise Berthod