M. Jean Carol Godet : Religion

 

Pour M. Jean Carol Godet, alerte centenaire, né à Neuchâtel en 1905, la religion est un sujet sensible sur lequel il a des avis pour le moins tranchés.

 

Là, le voilà. Voilà celui qui a écrit ce livre, c’est celui-là !

 

Donc cet illustre grand-père était professeur de théologie. C’est cela. Et qui a écrit je crois, un livre, ce livre-ci.

Oui. Etudes bibliques.

 

Sur les anges ?

Il n’a pas écrit un bouquin sur les anges. C’est un chapitre de : « Études bibliques ».

 

Que pensez-vous, alors, du chapitre où il parle des anges ?

Écoutez, je ne crois pas aux miracles et d’après ce qu’il dit, c’est un miracle. Je ne crois pas aux miracles. Pour moi, il n’y a pas de miracle. La naissance de Jésus, telle qu’on l’appelle, c’est un miracle et il n’y a pas de miracle.

 

La naissance de Jésus, ce n’est pas un miracle ?

Mais non, c’est le Saint-Esprit qui a œuvré. Alors, le Saint-Esprit s’est déguisé en spermatozoïde. Parce qu’il faut un spermatozoïde, il en faut un. Il n’en faut pas mille, il en faut UN.

 

Et vous ne croyez pas aux spermatozoïdes ?

Ah si. Les spermatozoïdes, on peut les voir et c’est un Hollandais qui le premier en seize cent quatre-vingt et quelque, fin du dix-huitième, les a vus. Il polissait des verres et il a un grossissement de deux cent fois. Il a vu qu’il y avait quelque chose dans la semence humaine. Il voyait quelque chose qui était indéfini, mais qui avait l’air d’être vivant. Il appelait cela des « homoncules ».

 

Des « homoncules »…

Oui. Alors, il a vu qu’il fallait avoir un grossissement plus fort, il a fait trois cents fois. Alors, à trois cents fois, il a vu le spermatozoïde, tel qu’on le voit maintenant dans les microscopes.

 

Mais, pour revenir à la Vierge Marie, il est où le problème ?

Écoutez, je ne crois pas au Saint-Esprit qui fait le boulot d’un spermatozoïde. Voilà, c’est simple comme bonjour.

 

Donc, vous pensez que cette histoire a été montée de toutes pièces.

Écoutez, ce ne sont pas des gens qui voulaient monter des histoires. C’était leurs explications. Ils croyaient que c’était réel. Il croyait que Dieu pouvait commander le Saint-Esprit pour faire cette œuvre de faire faire un enfant à Marie. D’où la Vierge. Alors, cela aurait donné une chose extraordinaire. Admettons que se soit le Saint-Esprit.

 

Oui. Et cette naissance… ?

Elle serait toujours vierge, donc, n’est-ce pas ? Elle aurait gardé son hymen. Car c’est l’hymen qui fait la virginité, n’est-ce pas ? Bon alors, à la naissance de Jésus, c’est lui qui aurait ôté la virginité de sa mère.

 

C’est un peu compliqué…

Par derrière ?! Mais non, cela n’est pas compliqué. Il y a l’utérus, il y a le fœtus. Il sort. Et pour sortir, il fait craquer l’hymen. Au lieu de le faire par devant comme un « phallus ». Il le fait par derrière avec sa tête. Voilà.

 

C’est ce qui serait arrivé à la Vierge Marie ?

Je ne pense pas que Dieu a fait des entourloupettes pareilles.

 

Mais pour revenir à votre illustre arrière grand-père…

Oui ?

 

Il a une définition des anges qui est assez spéciale ?

Il croit aux anges, mais il dit : « Il y a des gens qui ne croient pas, n’est-ce pas ? Il est prudent, il prend ses précautions. (Et M. Godet de se fendre de quelques lignes du livre en cours de lecture, « Les Anges ».) :

Le sujet qui va nous occuper a ses charmes, mais aussi ses périls. Le voile du mystère, dont il est couvert, fait son attrait. Le péril auquel on s’expose en le traitant, c’est de se confier sur ce terrain qui fait partie du domaine sacré à un guide non suffisamment qualifié, l’imagination. C’est très bien dit.

Pour éviter autant que possible cet écueil, nous demandons à la nature les inductions à l’histoire et à l’analogie qu’elles peuvent nous fournir. Puis, mettant ces domaines en rapport avec ceux que retient le livre des révélations, nous chercherons à éclairer ces éléments divers par leurs rapprochements de l’obscurité où il reste plongé pour un si grand nombre d’esprit. « Dont je suis ». C’est un rôle secondaire. L’existence des anges ne saurait être mise en doute par celui qui adhère au conscient des enseignements bibliques.

 

Mais…

Pour celui qui rejette ces révélations « comme moi », ou qui hésite à s’en approprier le contenu sur tous les points, n’existerait-il aucune raison propre à lui faire admettre la réalité d’un ordre. D’un ordre à certains égards, supérieur à l’homme. Quelque chose qui soit entre l’homme et…

 

C’est cela les anges ?

 

Vous n’êtes pas d’accord avec votre arrière grand-père ?

Pas du tout, alors pas du tout. Ce que je trouve assez scandaleux chez lui, c’est qu’il est sur un terrain très dangereux. C’est-à-dire qu’il ne connaît pas, mais il invente que les anges peuvent faire ci, peuvent faire cela et que Dieu parle aux anges.

Moi, je me suis posé une question qui me semble très simple. N’importe qui peut se poser la question. L’ange Gabriel, pardon l’Archange. Il y a une hiérarchie chez les anges. Il y a l’ange ordinaire, mais ce que Dieu envoie à Marie, c’est l‘Archange. L’Archange Gabriel dit à la Vierge ne craint rien, c’est Dieu qui m’envoie pour t’annoncer la prochaine naissance de….etc.

Dans quelle langue, est-ce que l’Archange s’est adressée à la Vierge. Cela ne peut-être qu’une langue que la Vierge pratiquait. Elle n’en connaissait pas beaucoup. On ne parlait pas Anglais de ce temps là. Bon, c’était en Araméen.

 

Comme dirait Fernand Raynaud : votre arrière grand-père ne peut pas être un imbécile, puisqu’il est professeur en théologie ».

Mais, c’est pour dire que moi je trouve, à l’heure qu’il est, avec ce que l’on sait, et non pas ce que l’on croit, je trouve assez scandaleux qu’il y ait encore des chaires de théologie à l’Université.

 

Vous trouvez cela scandaleux !

Ah oui…. Si on ne savait pas. Bon. On reste dans l’imagination.

 

Oui

Mais on sait certaines choses, donc on connaît les impossibilités aussi. Moi, je trouve cela scandaleux qu’avec ce que l’on sait qu’il puisse encore avoir des gens qui croient à des balivernes.

 

Interview réalisée par Jean-Pierre Lambert

                      

Texte retranscrit par Françoise Berthod