M. Jean Waldvogel : Écologie

 

Amis du jour, bonjour.

Aujourd’hui, j’ai la chance et la joie de m’entretenir avec M. Jean Waldvogel. Né à Saint-Aubin en 1914, titulaire d’une maturité commerciale et d’un diplôme de mécanicien outilleur, M. Waldvogel s’est de tout temps intéressé aux problèmes de notre planète et ceci qu’ils soient économiques, sociaux, politiques ou écologiques. Doté d’un esprit vif et d’une mémoire que l’âge n’a pas érodée, il porte souvent un regard critique sur la problématique de notre monde.

 

M. Waldvogel avec atmosphère, biosphère, faune et flore, la nature de l’entretien semble se tourner du côté de l’écologie, un domaine qui vous tient à priori, particulièrement à cœur. À ce propos, quel est votre sentiment face à l’avenir de notre planète ?

Depuis les réunions de Rio, il y a déjà quelques années, tout le monde sait que des dangers menacent la flore, la faune et la biosphère. Ces dangers sont la pollution, l’effet de serre et la surpopulation de la Terre qui fait qu’on défriche, qu’on cultive au détriment des endroits qui permettent aux espèces les plus menacées de vivre.

Maintenant, que ce soit des singes, des grands quadrupèdes, des ours polaires menacés par le climat ou la faune maritime, dans tous les domaines, la surpopulation humaine de la planète menace tous les règnes. Règne animal, règne végétal et même le règne minéral, du fait que le lobby du pétrole surexploite les richesses fossiles de notre planète. Et dans le domaine du charbon, du pétrole ou des métaux, on exploite et on jette en négligeant tous les dangers que constituent ces poubelles croissantes que l’on installe partout. Justement, tous ces lobbies, le lobby des armes, le lobby du pétrole et même le lobby du tourisme ont bien trop peur que l’écologie tue la poule aux œufs d’or, alors on continue de surexploiter, de surgaspiller et les lobbies sont si puissants qu’ils poussent les gouvernements à défendre leurs petits intérêts personnels au détriment de la planète. Le lobby des chasseurs est tellement puissant en France que les tribunaux n’osent pas condamner, comme ils le devraient, les personnes qui ont causé des dégâts que la loi ordonne de punir. Autrement dit, les lobbies sont tellement puissants qu’ils empêchent la justice d’être vraiment juste.

 

Donc, il y a une justice à deux vitesses ?

Comme en Suisse. Pardon. Cela m’est sorti, mais c’est vrai.

C’est bien sûr que partout, le productivisme et l’égoïsme de certains vont à contresens de ce qui sauvegarderait la nature et la biosphère. Car, si on pense aux problèmes de l’atmosphère, de l’équilibre de l’oxygène de l’azote et du C02, c’est indéniable que les centaines de millions de barils jours que nous brûlons (on ne brûle pas tout on fabrique aussi du plastique et toutes sortes de choses).

Mais en tout cas, la combustion du mazout et du charbon a fait un tel déséquilibre de C02 que l’effet de serre en a été modifié, a terriblement augmenté et malgré cet effet de serre - que l’on devrait réduire dans des proportions drastiques - on continue d’exploiter de façon insensée. Quand on pense à ces avions de super luxe et ces gros bateaux de luxe qui consomment des mégatonnes de carburant et qui polluent à tort et à travers pour la satisfaction de quelques-uns, il y a là un déséquilibre flagrant qu’on ne veut pas voir.

 

Est-ce qu’à votre avis nous n’avons pas déjà atteint un point de non retour ou est-ce encore possible d’y remédier ?

Dans tous les domaines, on est sur le ballant parce que le point de non retour, s’il n’est pas atteint, on en est tout proche.

Tenez par exemple, récemment dans l’émission « La carte aux trésors », nous étions sur la Dordogne et un gardien des cours d’eau français disait que la Dordogne est l’une des dernières rivières de France qui n’est pas trop polluée. Une autre émission nous montrait hier les plages de Bretagne infestées d’algues à cause des engrais azotés. C’est un autre problème de l’équilibre de la faune et de la flore. Dans tous ces domaines, on atteint des points où il serait urgent de renverser la vapeur. Seulement pour renverser la vapeur, on se heurte aux paysans qui ont besoin d’engrais, de pesticides et de toutes sortes de choses qu’ils ne devraient pas utiliser parce qu’on veut surproduire et au lieu de rester dans un équilibre entre production et engrais naturels. On a surconsommé les engrais chimiques, les pesticides, les insecticides et tous les produits dont on ne mesurait pas les effets à long terme. Maintenant, on en est au point où il faudrait crier halte partout et dans toutes sortes de domaines.

 

Donc, selon vous en fin de compte, la notion de profit occulte tout le reste.

Hélas, oui ! Le problème démographique quand on pense aux mégapoles de dizaines de millions d’habitants ou la pollution des grandes villes, Rio par exemple ou Singapour. À Singapour, on a pris de grandes mesures, mais aux Indes, là où travaillait Mère Teresa, à Calcutta, les problèmes de pollution sont terribles. Il n’y a pas qu’à Calcutta, sur le Gange où les hindouistes vont se purifier, ils vont se purifier dans de la merde ! Pardon ! On devrait rester plus poli. Mais on a parfois envie d’utiliser des gros mots à cause de la gravité des problèmes.

 

Et selon vous, peut-on encore faire prendre conscience aux responsables politiques qui dominent notre monde, que l’instant est grave ?

C’est là tout le problème. C’est que nos politiciens sont soumis à tellement d’influences partisanes et dont la courte vue fausse tous les problèmes, ils sont assis entre deux chaises et puis cela ne fait pas avancer les problèmes.

 

 

Interview réalisée par Michel Coquoz

 

Texte retranscrit par Françoise Berthod