Monsieur Hervé Pethoud : Le sport

 

 

Eh bien bonjour tout le monde. Chers téléspectateurs, nous allons vous présenter aujourd’hui, dans le cadre de notre rubrique « D’ici et d’aïeux », la trajectoire d’un célèbre hockeyeur de quelques années plus vieux que moi et ce célèbre hockeyeur s’appelle Hervé Pethoud. J’ai le plaisir de l’accueillir ici, bonjour Hervé.

Bonjour. Merci de me recevoir.

 

Mais c’est avec plaisir qu’on reçoit un homme de ton gabarit. On te connaît principalement comme joueur de hockey. Il faut bien dire qu’à l’époque où on discute là maintenant, il n’y avait pas de télévision ou encore très peu et il y avait énormément de monde qui suivait les matches de hockey sur glace et j’aurais voulu que tu me parles, dans tes souvenirs, que tu remontes le plus loin que tu peux. Quand as-tu commencé d’être piqué par le virus du hockey sur glace ou du football, je ne sais pas ?

J’avais, au début c’était du football, mais j’avais dix ans quand je me suis intéressé réellement au hockey et je me rappelle d’avoir été avec mon père, qui ne venait pas très souvent avec moi à la patinoire de Couvet, voir un match, qui à cette époque, me paraissait formidable, c’était HC La Chaux-de-Fonds contre Young Sprinters. J’avais treize ans et j’ai dit à mon père : « Tu sais papa, moi je veux jouer avec ces équipes. » Mon père m’a répondu : « Tu devras te donner beaucoup de peine, parce que ce n’est pas facile ! » Cela jouait déjà bien à cette époque. J’avais été impressionné et dans le futur, j’ai joué sept ans au HC La Chaux-de-Fonds et six ans aux Young Sprinters.

 

Maintenant, est-ce que tu pourrais me dire, toi, quand tu as été pour la première fois professionnel, donc en tant que joueur professionnel d’une équipe, ça remonte à quand ? Est-ce que c’était déjà avec Young Sprinters ou déjà avant ?

Mes débuts, c’était en 1951 avec le HC La Chaux-de-Fonds, mais j’étais venu à Neuchâtel comme footballeur et lorsque je m’entraînais avec Jacquard qui était le FC Cantonal non pas Xamax, un jour une personne que je ne connaissais pas, je m’entraînais en tant que gardien. J’étais gardien du football club de Couvet. Et quelqu’un m’a appelé en me disant : « Tu t’appelles Hervé Pethoud ? » J’ai dit oui. Alors écoute, est-ce que tu ne veux pas venir jouer au Hockey Club La Chaux-de-Fonds ? Et c’était un des grands du hockey suisse, Othmar Delnol. La fameuse ligne des Delnol Othmar, Reto et Hugo. Et en 1951, je suis monté au HC La Chaux-de-Fonds.

 

Et là, tu n’as pas regretté le fait d’avoir abandonné le ballon pour le puck, comme on disait à l’époque ?

Je crois que oui. J’ai un peu regretté, mais faire les deux… À l’époque, c’était encore possible. Maintenant, c’est plus possible, mais on pouvait faire les deux et jouer en deuxième ligue au football.

 

Tu avais plus de préférences pour le hockey ou pour le football ?

Plus d’attirance.

 

D’accord et après tu as fait toute ta trajectoire avec Young Sprinters, pendant combien d’années tu as joué pour eux, avec eux ?

J’étais en délai d’attente en 1958-59. Lorsqu’on changeait de club, il y avait un délai d’attente. La Ligue suisse du hockey avait appliqué cela, ça commençait déjà un petit peu avec de l’argent, et depuis 1959 jusqu’en 1964, Young Sprinters.

 

Je pense que tu as certainement aussi fait la différence entre les matches de ton époque où vous étiez pas encore casqués, je crois. Vous étiez avec des bonnets.

Tu crois juste. Non, pas des bonnets. Il y a eu la période « Bibi Torriani » avant nous, dix ans avant avec des bonnets. Nous, on jouait…

 

Vous étiez beaucoup plus proches des spectateurs. Il n’y avait pas ces barrières, il n’y avait pas…

Les gens nous identifiaient beaucoup mieux. Tandis que maintenant, avec l’équipement complet, les casques, c’est le numéro dans le dos qui permet de reconnaître les joueurs, alors que nous, c’était le physique.

 

En parlant justement des couleurs, est-ce que tu peux me montrer, je vois que tu as apporté un recueil de souvenirs, juste la couleur des maillots, la célèbre couleur des maillots.

Orange. En l’occurrence, c’est Bazi qui le porte. Jan Bazi qui est toujours là, à Berne.

 

Ensuite, qu’est-ce que tu as fait, cette carrière-là de joueur professionnel, est-ce que tu as eu des propositions pour quitter le pays, pour aller jouer …

Non, à cette époque il y avait très peu de joueurs suisses qui jouaient à l’étranger. Très peu.

 

Mais on avait beaucoup d’étrangers par contre ? Bazi, n’était pas Suisse.

Si, Bazi était Suisse. Il était même bernois, mais peut-être de grands-parents tessinois. Par contre, c’était l’arrivée des Canadiens en Suisse, des très bons Canadiens comme Orvil Martini, comme Domenico et j’en oublie beaucoup.

 

Par exemple, est-ce que tu as eu des rapports à partir du moment où tu as terminé ton trajet chez Young Sprinters, est-ce que tu as gardé des rapports de confiance, d’amitié avec d’anciens joueurs ?

On se voit régulièrement. Il y en a qui nous ont quittés malheureusement, qui auraient maintenant septante ans.

 

Question piège : quand on se retrouve entre anciens hockeyeurs mondialement connus, on parle de quoi ?

On parle bien sûr de hockey, de souvenirs, nostalgie. Francis Blank organise, lui il est très organisateur, il a le sens de la nostalgie. On se retrouve régulièrement. Il y a quelques années, toute une équipe s’est retrouvée à Marin, une équipe, une centaine de joueurs de toutes catégories, la réserve, la deuxième équipe, les juniors et c’est à ce moment-là par exemple, que l’on a rencontré Pete La Liberté qui est décédé la semaine passée, il y a dix jours.

 

Oui, j’ai entendu.

Pete La Liberté, qui est un grand joueur qui a joué à Young Sprinters, qui a gagné la Coupe suisse avec les Young Sprinters et qui avait marqué cinq ou six buts.

 

Je vois que tu as sorti une photo couleurs magnifique que je voudrais que tu me commentes, parce qu’il me semble que je reconnais un vieux joueur. C’est toi ça ?

Oui, pourquoi tu dis vieux ? Ancien ou bien

 

Oui ancien.

Je te connais.

 

Est-ce que tu peux me dire si tu te rappelles…

Alors ça, c’est précisément l’une de ces réunions, tu viens d’en parler, elle date d’une année. Et là, il y a Santschi, ça c’est Gaille qui a joué en deuxième équipe, Gasparo, Francis Blank, Orvil Martini, Katty, qui était un beau garçon, qui avait beaucoup de succès, Schoepfer, Straun qui a joué dans l’équipe nationale, Nussberg, Michel Werly et Sperty. Il y a juste lui qui a joué un peu avant moi.

 

Il n’a pas joué longtemps lui ?

Non, mais il a joué quand même. Il mériterait que je me rappelle son nom, ce n’est pas encore de l’artériosclérose que j’ai, mais de légers blancs.

 

Cela arrive. Cela m’arrive aussi. Je suis à peine plus jeune que toi, ça commence à venir.

À peine.

 

Je voudrais terminer sur une question que je voudrais te poser, qui me turlupine un petit peu, qu’est-ce que tu penses du sport, je te parle du hockey vu que tu étais hockeyeur, tel que les jeunes d’aujourd’hui le voient sur toutes les chaînes ?

Très bonne question. Je vais tâcher d’être bref. Aujourd’hui, c’est beaucoup plus rapide et je vais te donner l’explication, pourquoi c’est plus rapide. Une des raisons. Premièrement, ils ont un matériel plus léger et les lames de patins… tu as patiné peut-être avec. De notre temps, elles étaient plates sur toute la longueur et étaient aiguisées bien sûr en creux. Tandis que maintenant, ils ont des lames beaucoup plus courtes et qui touchent la glace sur un tiers de ce que nous l’on touchait. Moins tu touches le sol, plus tu es rapide.

 

Beaucoup plus maniables, je suppose, dans les figures, dans les arrêts, les demi-tours.

Beaucoup plus maniables, beaucoup plus maniables et il ne faut pas oublier aussi les cannes. On a tendance à l’oublier. Les cannes qui se fabriquent maintenant ont une flexibilité 30% , à force égale, le tir part 30% supérieur, dû au matériel utilisé, la flexibilité de la canne. Nous, on avait à l’époque des crosses qui étaient en bois, qui cassaient plus facilement. Maintenant, c’est des cannes qui sont beaucoup plus chères, mais beaucoup plus résistantes et qui ont une frappe terrible, à force égale.

 

Oui je me souviens d’ailleurs de certaines cannes qui ont volé à travers la patinoire à Monruz, lors de slap shoots terribles, fusillé le gardien et le morceau de canne, on ne l’a jamais retrouvé ! Il est parti par-dessus les arbres.

C’est juste ce que tu dis. Autour de la patinoire, il y avait des enfants qui attendaient que des cannes cassent, parce que l’arbitre les prenait et les mettait sur le bord.

 

Je me souviens d’ailleurs, je crois que j’en avais volée une à Bazi. Il avait cassé sa canne justement.

Alors, les gamins les recollaient et bien sûr qu’elles ne tenaient pas très longtemps. Contents d’avoir le nom marqué dessus.

 

Oui, c’était marqué Young Sprinters, je me souviens.

Et le nom du joueur.

 

Bien Hervé, je suis très content d’avoir pu remuer quelques souvenirs qui m’ont rajeuni encore plus, comme toi d’ailleurs. Je vois que tu parles de cela toujours avec beaucoup de joie.

Hervé, j’ai encore une autre petite question indiscrète, ça c’est purement à titre professionnel.

Pas trop indiscrète quand même.

 

Non, non. Je resterai dans la limite de la décence.

Je te connais.

 

Cadré comme cela, il n’y a pas de problème. Écoute voir, en tant que journaliste également, moi je me pose la question de savoir tout ce que l’on raconte, est-ce que c’est vrai ? J’ai entendu dire, mais je peux me tromper, que certains sportifs à tous les niveaux, que cela soit le vélo, le hockey, le football, enfin tout ce que l’on veut comme sports, utilisaient certaines substances qu’on dit interdites, artificielles pour augmenter leurs capacités, etc. Est-ce que tu as, toi, une anecdote à ce sujet ou est-ce que tu as déjà entendu parler de cela ? De votre temps, est-ce que cela se pratiquait déjà ?

Tu as une bonne question. Je vais raconter une histoire : quand je jouais au HC La Chaux-de-Fonds, ça ne se pratiquait pas couramment. Il y en a qui prenaient un petit verre de cognac, il y en a qui prenaient de la vitamine C. Mais, j’ai assisté un jour à un véritable dopage et je vais justifier notre défaite, La Chaux-de-Fonds contre Young Sprinters, j’étais arrière à La Chaux-de-Fonds, de 15 à 1.

Et la raison, je vais te la donner, en parlant de dopage. J’avais à côté de moi Konrad qui était un grand gardien qui a joué dans l’équipe nationale, Hitsch Konrad, qui a joué après à Young Sprinters avec moi. Il était assis à côté de moi et il ouvrait une petite boîte qui était orange, qui était soit des « C fausses » comme on l’appelait. C’était des pastilles vertes dans une boîte orange et il l’ouvrait à côté de moi et je lui dis : « Qu’est-ce que tu fais ? » et il me répond : « Occupe-toi pas, je fais ce que je veux. » En principe, on en prenait cinq de ces pastilles. Quand je dis on, non lui. Parce que c’était la première fois que je voyais cela. Il y en avait trente dedans. Il a enlevé le fil, les a prises dans la main et les a avalées, c’était des « C fausses ». C’était un stimulant qui aurait été aujourd’hui interdit. Le match a débuté. On était d’égale force, HC La Chaux-de-Fonds et Young Sprinters. Peut-être Young Sprinters un peu plus fort. On a pris 15 à 1. Konrad au but, qui avait pris ses trente pastilles, la lumière rouge, il tirait. Martini et Bazi depuis la ligne bleue, le puck était dedans et le gardien, Konrad restait complètement… Il fallait lui dire : « Mais, c’est but, tu te secoues un peu. » J’ai été vers Domenico et lui ai dit : « Tu n’as pas vu, on a pris un 15-1 » uniquement, on aurait peut-être perdu mais deux, trois buts d’écart. Mais uniquement à cause de cela, c’était du dopage.

 

Est-ce que tu penses que dans les équipes que l’on voit maintenant professionnelles ou semi professionnelles, tu penses que les joueurs sont tout à fait nets ?

Non, mais ils utilisent des produits difficiles à déceler, au hockey j’entends. Je parle de hockey maintenant.

 

En fait, la recherche développe des appareils très sensibles et le contrevenant va essayer de développer des trucs indécelables, c’est un petit jeu.

Attention, l’effort n’est pas comme dans le vélo. Ils font un effort beaucoup plus violent dans le cyclisme qui nécessite des produits aussi plus violents. Dans le hockey suisse, il n’y a encore jamais eu, à part peut-être un problème d’alcoolisme.

 

Ah bon.

Pour stimuler. Ce n’est pas du tout…

 

Ce n’est pas illicite.

Cela peut augmenter tes moyens ou faire perdre. Non, non, j’ai répondu, je crois.

 

Je pense que l’on doit avoir fait le tour de ce que je voulais te poser comme questions. Je te remercie d’être venu visiter notre studio…

Que j’ai trouvée vraiment bien et je vous encourage à continuer.

 

Je te remercie et transmettrai à qui de droit, là-haut…

Et j’espère que vous aurez du soutien, ça mérite. Avec ce que j’ai vu.

 

Je te remercie. En tout cas, je te remercie de nous avoir fait rêver, ma génération et d’autres avant moi, de votre sens sportif que vous aviez à l’époque qui déchaînait les passions.

Figure-toi qu’il y avait beaucoup de supporters et de supportrices et je me rappelle de toi.

 

C’est gentil. Je pense que cela va être le mot de la fin. Merci Hervé et, je te souhaite une bonne continuation.

Merci, de même.

 

 

Interview réalisée par Jéhan-Georges Muller

Texte retranscrit par Françoise Berthod