Matchbox 004 : C’est du Godard !

 

 

Par Fred Loewer et Daniel Fuchs

 

Eh Roger…

Eh ben Pierre, même au cinéma tu arrives à être en retard.

 

Excuse-moi, j’ai la place 62. Je prendrai la 60. Cela commence…

 

C’était intense, cette première partie.

Oh j’ai bien aimé la scène quand il est appuyé sur son balai, le cantonnier pendant vingt minutes.

 

Mais ça, c’est profond. Tu ne peux pas comprendre, c’est du Godard.

Ah oui et après tout d’un coup, il lève le coude… le balai, on croit qu’il va tomber, mais non il le ramasse de la main droite.

 

Cela c’est beau. Cela, c’est le mouvement. C’est la magie du mouvement, au cinéma.

Ils ont pris un cascadeur.

 

Ils étaient obligés, même deux ou trois. Ils ont fini à l’hôpital pour changer le balai.

Et après quarante minutes, quand il arrive au numéro 4 de la rue Bachelin avec son balai.

 

Mais cette avance qu’il a fait.

Et puis, il n’a pas perdu une feuille en route…

 

Pas une, pas une. Là, à mon avis, il y a un trucage. Ils ont engagé Spielberg, ce n’est pas possible. Tu ne peux pas comprendre, c’est du Godard.

Après ce plan, ce plan fixe, le ciel bleu au-dessus de la rue de la Côte pendant trente-cinq minutes.

 

Trente-cinq minutes de ciel bleu, il fallait y penser !

Tout à coup, tu vois cette grande tache blanche qui descend… Ce caca de mouette qui descend pendant vingt-cinq minutes.

 

Ah là, on se dit qu’il va se passer quelque chose. Il va se passer quelque chose.

Mais c’est dramatique parce qu’à Neuchâtel, les cantonniers sont habillés en blanc, alors on se dit : « Mais, qu’est-ce qui va se passer ? »

 

Voilà. Le caca blanc va tomber sur le cantonnier.

Mais non, justement pas. Il tombe sur la brouette verte.

 

C’est là… le génie. Le message.

Moi, je crois que j’ai compris le message.

 

Ah bon.

Cela veut dire : Même si tu es dans le caca, il y a de l’espoir.

 

Mais tu ne peux pas comprendre, c’est du Godard. C’est bien.

C’était grandiose. Enfin, moi je veux y aller. Tu sais, je l’ai vu six fois, je n’ai pas tout…

 

Quand même, tu ne restes pas pour la deuxième partie.

Ah non. Moi, tu sais moi maintenant, je vais aller voir « Sacrée soirée ».

 

« Sacrée soirée » ?

Tu ne peux pas comprendre, c’est du Foucault !

 

Je ne peux pas comprendre, je ne peux pas comprendre « Sacrée soirée » ou pas, c’est TOR la seule télé qui a toujours raison.

 

 

Texte retranscrit par Françoise Berthod