Matchbox 009 : Revue littéraire
Par Fred Loewer et Daniel Fuchs
Chers téléspectateurs, téléspectatrices, bonjour. On a pris l’habitude chaque semaine de vous raconter un gag. Eh ben aujourd’hui, on va changer. Voilà, parce qu’aujourd’hui, on est venu au « Jean-Louis » avec une bonne bande de clients qui sont là pour écouter la culture. Oui, vous avez bien entendu, la culture avec mon collègue, qui est en retard… Alors ça, on ne changera pas, il est… Voilà, c’est le moment.
Quoi, c’est le moment ?
Je suis obligé de combler les moments vides pendant que tu es en retard.
Ouais. Mais, c’est les bus ici, ils ne sont jamais à l’heure. Tu ne vas pas m’embêter avec ça… Je suis là.
Ce n’est pas une affaire de venir à Saint-Blaise, quand même.
Dis donc, depuis Boudevilliers. Le kayak, je n’ai pas pu le parquer.
Bon, je t’ai pris un rosé, ça joue là ?
Ouais ! Cela, c’est une bonne idée.
Tu es venu nous parler de la culture là, pas de la boisson. Alors vas-y maintenant !
Alors, j’ai trouvé. J’ai fait des recherches, j’ai trouvé dans les poubelles de mardi, trois supers bouquins. Il y en a un… C’est un best-seller !
À ce point-là ? On le connaît celui-là ?
Non, non tu ne le connais pas. Moi, je l’ai lu de long en large. Tu sais, tu commences par Alle, tu finis par Villiers. Au bout, tu as Villiers, tu vois…
On comprend bien.
Allez Boudevilliers !
On ne te changera pas… Bon, mais ça a du succès ça ?
Je te dis qu’il sort chaque année. Chaque année qu’il sort. Il doit se faire un pognon machin…
Les gens se demandent ; tout le monde ici se demande : « Qui a écrit ce Best-Seller, alors ? »
Alors, ça doit être un Anglais, parce qu’il s’appelle Directories.
Donc, ce n’est pas une littérature régionale ?
Ah si, c’est régional. Tous les personnages sont du coin.
Parce qu’il y en a beaucoup de ces personnages ?
Oh ben, je ne les ai pas comptés. Il faut suivre, c’est un peu compliqué. Tu commences à Alle, tu finis à Villiers. Tu passes par les Geneveys-sur-Coffrane, tu passes par Boudevilliers, par Fenin. C’est pire que Dynastie !
Et c’est toujours les mêmes personnages dedans ?
Ah non, ça change chaque année. Il y en a qui partent… Ma foi, c’est la vie. Il y en a qui reviennent. C’est comme ça. Oh, mais tu apprends plein de choses.
Tu n’as pas autre chose, là ? Il y a une question d’ailleurs que tous nos téléspectateurs, téléspectatrices se demandent, c’est : « Comment on peut passer de paysan à la culture, quelque part, parce que… »
C’est toute une démarche captivante, si tu veux. Parce que la culture, l’agriculture, ça ne paie plus. Cela m’a « agri » (aigri). Alors, je me suis dit… Je vais dans la culture. Le problème, c’est que c’est lourd. Alors, ils ont eu la bonne idée, ils ont fait un format de poche.
Ah voilà. Alors, on continue dans la haute littérature ?
J’ai de grandes poches dans mes salopettes quand je fais la traite. Tu vois, je peux même m’essuyer les mains avec… Tu vois, quand ça gicle, je m’essuie les mains. Mais que les pages que j’ai lues.
Alors là, ils ont rajouté quelque chose sur le côté, visiblement…
C’est justement pour suivre. Moi, je lis chaque fois jusqu’au truc-là. Comme ça, je suis dans l’ordre.
D’accord. Ok. Et nous lire un extrait…
C’est un peu… Je ne sais pas.
L’idée quand même de cette émission, c’est que tu nous lises un extrait d’un bouquin.
Alors, ici un chapitre qui est assez fantastique.
Alors on t’écoute.
Académie de Ballet, Neuchâtel. Éveil à la danse dès 4 ans. Danses et claquettes. Danses de salon. Téléphonez au 032 724…
C’est bon. On a compris, on a bien compris.
Il y a de cette dramaturgie-là. Quand tu lis ça d’un coup.
Oui, on a bien compris. Tu n’as pas autre chose ? Parce que là, c’est un peu ridicule quand même. Je ne veux pas…
Si. Je conseille à tous nos chers spectateurs télé. Tu vois que ça plaît.
Ouais, ça plaît. Visiblement ça plaît aux enfants de six ans. Les autres… Je ne sais pas !
Ici, j’ai trouvé. C’est un bouquin… J’ai une de ces peines à comprendre. Tu vas m’aider. « En hiver, on dit souvent fermez la porte, il fait froid dehors. »
Ah oui ?
Mais quand la porte est fermée, il fait toujours aussi froid dehors. Je ne comprends pas…
Je ne suis pas sûr que tu aies compris le sens de la phrase. De toute façon, on est en été ; tu ne peux pas comprendre. Lis-nous un autre passage.
Un autre passage. « Je n’ai jamais eu qu’une seule ride, et je suis assis dessus. »
Ouais. Cela tu as compris, je pense.
Mais non. Je n’ai pas tout à fait compris.
Pourtant, ce n’est pas compliqué, on a…
Ici, il y en a un qui parle de la lune. Mais je n’ai pas bien compris, non plus. « Quand le sage montre la lune, l’abruti regarde le doigt ».
Qu’est-ce que tu entends par là ?
Justement, moi je n’entends pas grand chose parce que je ne comprends pas.
Écoute. Non mais là, je crois…
Attend… Oh, il est bien celui-là. Écoute celui-là. « La visite fait toujours plaisir. Si ce n’est en arrivant, c’est en partant… »
Ah voilà. Non. Mais tu sais, quand je t’ai dit qu’on allait faire une émission de culture, je ne sais pas si c’était une si bonne idée.
Cela, c’est très culturel celui-là.
On ne peut plus l’arrêter.
Celui-là sur mon tracteur, je me le suis repassé en boucle pendant trois heures. « Heureusement qu’il pleut un jour comme aujourd’hui. Ce serait dommage qu’il pleuve un jour où il fait beau ! »
C’est sûr.
Oh mais je te dis… Cela me prend la tête. Je dois prendre un alca tous les soirs, avec ça.
Mais là, c’est bon. Je crois qu’on va…
Attend. Il y en a des trop bons. Écoute. « La solitude. La solitude est un plat qui se mange seul ».
Ah, c’est profond.
C’est…
Mais où va-t-il chercher tout ça ?
Attend, un petit dernier.
Un dernier, parce que les téléspectateurs vont…
« La fidélité. La fidélité est une forte démangeaison… »
Ouais, c’est sûr.
« …avec défense de se gratter ».
Bon. Je crois qu’on va arrêter là, parce qu’on s’est suffisamment enterrés. Vivement la semaine prochaine qu’on raconte de nouveau des gags. Qu’on raconte des gags sur la télé TOR, la seule télé qui a toujours raison.
Texte retranscrit par Françoise Berthod