Matchbox 011 : Au resto
Par Fred Loewer et Daniel Fuchs
Tu viens ou bien ? Mais…
Attend…. Qu’est-ce que tu…
On a dit qu’on mangeait là-bas. Maintenant, on mange là. J’ai réservé.
Mais oui. J’étais en bas, moi.
Mais non. On a dit rendez-vous en haut. Ce n’est pas parce qu’on est le Duo du Bas qu’on doit se donner rendez-vous en bas tout le temps.
Oh mais tu vois.
J’ai réservé la table des amoureux, exprès pour nous !
Ouais, c’est une belle table, c’est une belle salle.
On n’est pas venu là par hasard.
Ouais. Je préférerais venir de ce côté, si tu n’y vois pas trop d’inconvénients… Finalement, je crois que je vais rester là.
Essaye là. Peut-être que tu es plus près de la fenêtre. Tu as peut être la vue. Je n’en sais rien, moi.
Oui, c’est peut-être une idée. J’ai une belle vue, mais je ne te vois plus…
On mange chacun tout seul. Qu’est-ce que tu veux que je te dise ?
Non, ce n’est pas terrible.
Oh c’est bon ?
Je mange déjà tout seul tous les soirs. Pour une fois que je vais au bistro… Voilà.
C’est bon là. Tu es fixé.
Je suis fixé. Mais dis donc, elles sont belles les nappes, hein !
Ouais, mais appelle le serveur maintenant.
Plus belles que chez moi, car même les blanches, elles ne sont pas blanches.
« Bonsoir Messieurs. »
Eh ben bonsoir.
« Voici les cartes. »
C’est quoi que cette histoire ?
« Je vous laisse choisir. »
Mais comment tu lis ça, il y a trois côtés ?
Comme toutes les cartes, non ?
Toutes les cartes, moi dans mes journaux, il n’y a que deux côtés. Trois côtés…
Ce n’est pas le Sillon romand, c’est la carte du Jean-Louis, tu vois. C’est écrit là, Jean-Louis.
Et c’est mis Bar à Tapas. Si t’as pas, il y a rien ! Qu’est-ce qu’on fait là ?
Mais non, reste. T’as pas. Tapas, c’est espagnol, cela veut dire petits mets cuisinés.
Je ne suis jamais allé en Espagne. Je suis allé une fois au Centre espagnol à Serrières. C’est le plus loin que je suis allé.
On dirait que c’est la première fois que je te sors de Boudevilliers. Bon, choisis.
Choisis. T’as vu un peu tout ce qu’il y a ou bien ? Tu ne t’énerves pas, moi j’ai le temps jusqu’à quatre heures du matin pour la prochaine traite.
« Vous avez fait votre choix Messieurs ? »
Non. On vient d’arriver…
« Si je peux vous faire une proposition. Vous avez un excellent filet de bœuf bardé de lard, sauce aux truffes noires. »
Cela a l’air bon.
Ah ouais tout ça. Le bœuf, il vient de Boudevilliers ?
« Ah non Monsieur, il ne vient pas de Boudevilliers. »
Eh ben, nous, on n’a pas choisi. Merci. Mais non, t’entends ça. Il ne vient même pas de Boudevilliers, le bœuf. Il vient d’où ? Ils n’ont pas de bœuf dans le Bas ?
Bon, prend autre chose, si ça te pose un problème.
Il faut déjà trouver.
Un filet de turbo dans le poisson.
Ouais, ça sera vite servi ! Hein, hein. Sinon, il y a de ces choses. Moi, je n’ai jamais mangé des machins pareil.
Joues et ris de veau, ça c’est sympa.
De la jouerie ? Joue et rie, c’est un plat joyeux. La joue… La rie… braisé en plus. Je n’ai jamais mangé ça, moi !
On ne va jamais s’en sortir.
« Alors Messieurs, vous avez réussi à faire votre choix ? »
Ben non.
« Si vous ne voulez pas de viande et que vous voulez partir dans les poissons, vous avez un excellent filet de sandre grillé à l’ail confit, sauce au vin rouge. »
C’est ça. Eh Monsieur, Monsieur, venez voir là.
« Oui Monsieur. »
Votre sandre, vous l’avez pêché à Boudevilliers ?
« Non, il vient du lac de Bienne. »
Eh ben, c’est ça. On va réfléchir…
« Bien. Monsieur. »
On ne va pas manger du poisson du lac de Bienne quand même ?
On ne va pas manger un truc du lac de Boudevilliers. Il n’y a pas de lac à Boudevilliers.
Ben si. Moi, j’ai une fosse. Non, mais. T’es jamais venu te baigner ?
Là, ça a l’air sympa. Tartare de petits légumes au séré maigre.
Mais dis donc. Tu ne vas pas avoir grand’chose dans l’assiette. Séré maigre… Moi, j’ai besoin de force pour la traite de quatre heures. Oh là, il y a un truc super. Quoique, salade verte accompagnée d’un crotin.
Ouais. On va se manger des pâtes, hein.
Des pâtes…
« Alors Messieurs, vous êtes décidés ? »
Ben non. On est en train de discutailler.
« Ah Si vous voulez, éventuellement, on peut aussi vous proposer des crevettes à l’aigre doux accompagnées d’un duo de riz. »
Des crevettes à l’aigre doux ?
Des crevettes à l’aigre doux. C’est bon ça, des crevettes.
Mais les crevettes, vous les avez pêchées à Boudevilliers ?
« Ah non Monsieur, elles viennent de Thaïlande, celles-là. »
C’est bien. On va réfléchir. Mais non, Thaïlande. Tu te rends compte le prix du transport.
Mais la seule crevette à Boudevilliers, c’est toi. Ah machin.
Elles viennent de Thaïlande. Elles sont pêchées dans les rizières. Ils sont emballés, sont mis dans des bateaux qui font trois semaines de traversée avec orchestre et tout… et pour manger ça ici.
Mais tu as le duo de riz au moins, avec.
Le duo de riz.
Avec les crevettes, au moins tu as le duo de riz. C’est bon ça.
Je suis au moins sûr d’avoir deux grains…
Eh bien prend des pâtes, il y en a trois sortes, là.
Oh basilic je n’aime pas trop. Les églises, je n’aime pas trop !
« Alors ces Messieurs, avez-vous réussi à trouver quelque chose de Boudevilliers ? »
Ben non.
« Vous avez un excellent gratiné de fruits de mer, accompagnés d’une salade verte, si jamais. »
Ah oui.
C’est bon ça.
Les fruits de mer, ils viennent de Boudevilliers ?
« Ah non Monsieur, ils viennent du Sud. »
D’accord.
« Ils viennent de la mer. »
De la mer, on va réfléchir. Non, mais tu te rends compte, des fruits de mer.
C’est bon les fruits de mer.
Mais moi, je mange régional. On n’a pas de mer.
Cela ne prend pas l’avion, le bateau, les fruits de mer. Ils les pêchent et ils les amènent directement.
Ils les pêchent où ? Dans le lac de Neuchâtel.
Saveurs terre à terre. Cela, c’est pour toi, terre à terre.
Cela me rappelle trop le boulot, ça terre à terre. Je suis déjà toute la journée dans la terre. Je ne veux pas encore manger de la terre. Je ne sais pas moi… Tu crois qu’ils auraient autre chose ou un petit dessert… Un petit dessert. Il pourrait nous proposer quelque chose d’un peu plus…
Il y a une omelette norvégienne. C’est peut être une Norvégienne de Boudevilliers, ça ?
Non écoute. Moi alors, je préfère aller manger à mon Kebab de Boudevilliers…
J’ai oublié de dire : TOR, c’est quand même la seule télé qui a toujours raison.
Texte retranscrit par Françoise Berthod