Théâtre Matchbox 019 : Le mariage

 

 

Par Fred Loewer et Daniel Fuchs

 

Écoute, je t’ai fait venir ici dans la salle à côté, parce qu’à côté, ils sont 50 en train d’attendre pour mon mariage.

Oui.

 

Parce que j’ai écrit un texte.

Quel texte ? Tu sais écrire ?

 

Mais oui, je sais écrire. Je me disais : « En tant que vieil ami, tu aurais pu me donner ton avis sur le texte. »

Ouais, ouais, moi je veux bien. Moi, je suis…

 

Je peux te le lire, alors ?

Tu lis… mais ce sera mon avis.

 

Tu verras, c’est bien.

Mais mon avis aussi, tu…

 

Tu es prêt, attention. « Chère famille… »

Comment chère famille ?

 

Quoi ?

Mais ils n’ont pas de ronds, ce n’est pas une chère famille.

 

Je ne veux pas mettre

Famille.

 

Vous, famille.

Ben ouais. Vous, famille.

 

Bon on verra. Attention hein.

Oui.

 

« C’est avec plaisir que je vous ai réunis pour vous annoncer un changement dans ma vie. »

En plus ça rime, dis donc.

 

Ben oui, c’est le but.

T’as des dons.

 

Je ne sais pas si j’ai des dons… pour me marier, peut-être ?

Cela, ce n’est pas trop mal.

 

« En effet, depuis que je l’ai rencontrée. Je ne pense plus qu’à une chose : me marier. »

C’est logique. Si tu rencontres quelqu’un de sympa, c’est quand même une finalité.

 

C’est juste. J’étais obligé de le dire, parce que les gens ne vont pas comprendre.

Ouais peut-être. Mais enfin, ça meuble. Vas-y.

 

Cela meuble, ça meuble.

Ils boiront moins comme ça.

 

« C’est drôle comme l’amour fou parfois nous sourit. »

Comment ? Attends… L’amour fou qui sourit.

 

Oui.

Si tu es fou, tu ne souris pas.

 

Si, un fou qui sourit, surtout à l’amour. Non, c’est une image, quoi ?

Ouais continue, on verra la suite. Je ne le sens pas…

 

« C’est drôle comme l’amour fou parfois nous sourit. Un soir à Boudevilliers dans une mousse party. »

Une… quoi ?

 

Une « mousse party ».

C’est quoi une « mousse party » ?

 

C’est un endroit où il y a plein de monde. Ils font tous les fous. On met de la mousse.

Ah j’ai compris. Une « mouse » partit, c’est pour ça que ça « souris ».

 

Non. Mais non. Enfin, je ne sais pas. Une « mousse party », c’est là que je l’ai rencontrée. C’est là que je l’ai rencontrée, qu’est-ce que tu veux que je te dise. « Comme j’avais du savon dans chaque interstice… »

Ah non, ah non. Eh oh Roger, tu ne peux pas dire ça.

 

Pourquoi pas ?

Cela peut prêter à confusion.

 

Oh là, là ! Ils ne vont pas…

Mais continue avec ta mousse.

 

« Comme j’avais du savon dans chaque interstice, il a fallu qu’aveuglé, sur Christine, je glisse. »

Mais ça, ce n’est pas malin. Tu la connais à peine, tu glisses déjà sur elle.

 

Mais ma foi, il y avait de la mousse partout, je ne voyais rien. Qu’est-ce que tu veux que je fasse ?

Mais tu l’as quand même vue. Ta Christine, tu l’as vue ?

 

Après. Après avoir trébuché.

Il ne faut pas commencer à trébucher sur elle déjà.

 

Ah ouais, vu comme ça. « Un coup de foudre dans une nuit ensoleillée… »

Mais c’est quoi ces conneries ? Un coup de foudre dans une nuit ensoleillée, il faudrait savoir. S’il y a de la foudre, il n’y a pas de soleil. Hein, il faut choisir, et déjà que la nuit, il n’y a pas de soleil ! C’est n’importe quoi. C’est de la prose à deux balles.

 

Bon c’est bon. J’arrête.

Non, mais continue. Tu voulais mon avis, tu l’as.

 

Ouais mais bon, dur…

Bon, ma foi. Moi, je suis comme ça.

 

Je continue alors. « Un coup de foudre dans une nuit ensoleillée… »

Tu choisiras.

 

« Une lune brillante dans ce sous-sol inondé. »

C’est quoi encore ça. Une lune brillante dans ce sous-sol inondé. Déjà, s’il y a du soleil, il n’y a pas d’inondations parce qu’il n’y a pas de pluie. S’il y a de la foudre, il y a peut-être une inondation. Mais s’il y a une inondation, c’est qu’il y a des nuages. Donc, on ne peut pas voir la lune à travers les nuages !

 

Mais, je fais de la poésie, moi.

C’est…

 

C’est l’art de la poésie. C’est faire des trucs qui n’existent pas.

C’est un peu intello tout ça. Après…

 

« Et alors, nous décidâmes de nous revoir, le lendemain au Mac Donald fut le rancart. »

Ah je reconnais bien là ta générosité.

 

Carrément.

Tu t’es fendu… Cela t’a crevé…

 

Sur la terrasse, il faisait beau. Cela l’a tout de suite charmée.

J’imagine. C’est une Américaine ou bien ?

 

Attend la suite. « Ses yeux brillaient dans son Big Mac débordant… »

C’est quoi ? Tu as déjà vu un Big Mac. Quand quelqu’un mange un Big Mac en face de toi, tu ne peux pas voir les yeux, c’est épais comme ça et ça coule partout… Non, il faut être réaliste quand même.

 

Tu penses à tous les détails, moi je…

Ben ouais, moi paysan. Tu sais, paysan, tu penses à tout. Tu plantes une graine, il faut savoir pourquoi tu la plantes et ce qu’il s’en suit derrière. Moi, j’ai des mouettes, elles viennent prendre les graines, alors t’anticipes… Tu mets le filet avant de planter.

 

C’est bon. Je peux continuer le texte ou bien ? On n’est pas sur le champ… « Ses yeux brillaient dans son Big Mac débordant d’affection et de tendresse pour mon cœur d’enfant. »

Parce qu’elle se marie avec un gosse maintenant !

 

Mais non.

C’est n’importe quoi.

 

« J’ai compris à ce moment qu’il n’y avait plus de frites… »

Eh ben t’en redemandes. À 2 francs 50 la portion, tu peux quand même payer ça le premier soir. Pas besoin de faire de la poésie, tu vas faire la queue et tu prends une portion de frites !

 

« Et que notre amour recevrait tout ce qu’il mérite. »

Ouais, un Big Mac.

 

Alors là, c’est la fin, la conclusion. Attention, regarde. « C’est pourquoi je voulais vous raconter comme nous sommes dans les bras de l’autre tombés. »

Parce que vous êtes tombés en plus. Forcément, avec toute cette mousse. C’est là que tu trébuches et après vous tombez encore dans les bras l’un de l’autre.

 

Je n’ai pas choisi de la rencontrer dans une mousse party, moi.

Vous vous êtes faits mal ou bien ?

 

Je finis, il reste deux lignes.

La chute tu l’as déjà dit, vous êtes tombés.

 

« C’est pourquoi, je voulais vous raconter comme nous sommes dans les bras de l’autre tombés. C’est vrai, je me lance dans un mariage bidon. Une fois de plus… »

Un bidon de mousse.

 

Laisse-moi dire qu’« Une fois de plus, c’est la télé TOR qui a toujours raison ! »

Mais oui.

 

 

Texte retranscrit par Françoise Berthod