Théâtre Matchbox 021 : Le défilé

 

 

Par Fred Loewer et Daniel Fuchs

 

Ils sont de nouveau en retard. Où est-ce qu’ils sont ? Ah les voilà… Ben bonjour.

Bonjour.

 

Ismaël, chef de la direction du défilé.

Excusez la graisse, mais je viens de traire.

 

Vous venez de traire. Ce n’est pas grave.

Il ne faut pas le dire ça. On passe pour quoi maintenant ?

 

Tant que vous saurez jouer, c’est bon.

J’ai dû changer la ficelle du triangle, parce que je l’ai utilisée tout l’hiver pour racler la neige comme ça à Boudevilliers.

 

Et cela vous a pris du temps, bien entendu.

Excuse-moi. Moi, je fais l’harmonica, Monsieur.

 

L’harmonica, c’est ce qu’on m’avait dit. L’harmonica, le triangle.

Moi, j’ai une copine, elle s’appelle Monica. Elle fait aussi de l’art… Moi aussi, je fais du lard.

 

Du lard et du cochon. On va essayer. Alors, on va faire un petit défilé.

Un défilé.

 

Ah oui pour Boudevilliers.

On représente la commune de Boudevilliers avec les godets.

C’est ton idée, ce n’est pas la mienne.

 

Ma foi, il faut être actif dans sa commune.

 

L’idée, c’est que vous soyez au pas.

On est au pas.

On était presque à l’heure.

 

Au pas. On va faire un essai au pas sans la musique. Alors, trois, quatre… Mais non.

Roger ça suit.

Lui, il avance déjà. Moi, j’occupe l’espace derrière.

 

Non, non il faut avancer. Alors, on recommence. En avant jusque là-bas. Un, deux, trois… C’est presque pas mal. Vous avez une musique.

Ouais. Oh là. Moi j’accompagne seulement.

Alors musique. Moi, j’ai répété toute la nuit.

J’ai entendu.

 

Je vous laisse démarrer.

Tu sais jouer de ça toi. Cela fait dix ans que tu ne l’as pas touché !

Mais non, je l’ai touché hier soir.

 

Quand vous êtes prêts. Pour moi, c’est bon. Trois, quatre

Ah non. J’ai répété le premier, moi. Je suis crevé maintenant.

 

Ce n’est pas terrible. Moi, je pense que Pierre, il faut qu’il aille derrière.

Comment ça. Il va derrière.

 

Pierre, il va derrière.

Derrière quoi ?

 

Derrière vous. Derrière Roger.

Voilà.

 

Parce que c’est le meneur de la musique.

Parce que si on part dans ce sens-là, c’est lui qui est derrière…

 

Ah non. Il ne faut pas partir à l’opposé.

Il tourne en boucle le cortège. Il n’y a pas que le cortège qui tourne en boucle. Allez…

J’ai l’impression qu’il y a quelqu’un qui me suit.

 

C’est le cas. Vous êtes le meneur.

Oui. Quand la musique est prête, vous avancez. On fait un essai. Départ, trois, quatre.

J’ai oublié d’avancer.

T’as oublié de jouer aussi.

 

Il faut faire la musique déjà.

Ah oui.

 

Au rythme de la musique comme avant.

Je ne sais plus ce qu’il fallait faire.

 

Alors, on recommence. Trois, quatre. Un peu plus de rythme. On va s’endormir. On a tout le village à traverser. On en a pour la journée.

Tu fais trois fois le tour.

 

Bon. Plus de rythme. Trois, quatre. Mais non, un petit peu… Doucement, il ne faut pas casser les instruments.

Je suis pris par l’euphorie du cortège.

 

Il y a autre chose qui ne va pas. Moi, je pense que Pierre, il devrait aller devant.

Oui.

 

Roger, derrière parce qu’il est plus grand. Pierre devant. Roger derrière. Mais vous allez dans le même sens. Comme ça.

Mais t’écoutes.

Si, on doit tourner pendant le cortège, moi, je ne vois pas le virage.

 

Je dirai droite

Vas-y, donne le départ.

Voilà comme ça, je vois mieux.

 

Trois, quatre.

Quoi ?

Je commence à en avoir marre de ces idées de cortège.

 

On y est presque, on y est presque. On n’est pas mal. On refait un essai en faisant une rotation sur la gauche au niveau là … et vous revenez.

Moi, je pense qu’on ne fait pas assez de pauses.

 

Non, non rotation…

Rotation sur la gauche, on revient.

 

Puis vous revenez. Non, non. Pierre devant, Roger derrière. Trois, quatre… Rotation…

Il est devant moi, maintenant.

Roger 

 

Quoi ?

Vous n’avez pas de partitions devant les...

Je commence à en avoir marre de ces histoires.

Finalement, il a raison.

 

Comment ça. Mais vous n’allez pas vous défiler. Hé… Cela y est. J’aurais tout de suite dû leur dire que c’était pour la chaîne de télévision TOR, la seule télé qui a toujours raison.

 

 

Texte retranscrit par Françoise Berthod