Théâtre Matchbox
022 : La peinture
Par Fred Loewer et Daniel Fuchs
Mesdames et Messieurs, nous avons
l’immense privilège aujourd’hui de vous présenter notre petit sketch depuis le
studio de la télé TOR. Oui, oui, vous avez bien entendu au studio même de la
télé TOR avec Pierre Ponce.
Au
studio TOR.
Oui, on est au studio TOR.
Tu
avais raison quand tu me l’as dit !
Ça commence déjà… Pour, quelque part
être à la hauteur de la réputation de cette télévision, il faut le dire, on va
quand même parler de quelque chose de plus culturel. On ne peut pas simplement
vous raconter un gag devant un décor pareil, ce n’est pas possible.
Non,
ce n’est pas possible. Non.
Tu nous avais proposé de nous présenter…
Un
tableau.
Un tableau. Voilà.
De
la peinture, parce que j’ai beau être dans l’agriculture, je suis aussi dans la
culture. Moi, j’aime la peinture. Alors, je t’ai amené un tableau là. Je t’ai
amené un tableau peint.
Voilà.
Alors
ça, c’est un tableau qu’il faut que je vous explique, parce qu’il y a quelque
chose de merveilleux dans ce tableau. Tu vois, tu vois… on voit cette eau
calme, on voit cette eau qu’elle est calme, mais elle n’est pas calme du tout
cette eau, parce que dessous, il se passe plein de choses. Dessous, il y a les
silures qui se font manger par les brochets, les perches qui frétillent, les
algues qui poussent, les pneus, les pneus crevés qui se décomposent dans l’eau.
Les plongeurs qui sèment le doute là en bas. On croit que c’est calme, mais ce
n’est pas calme…
C’est de la peinture à l’huile ou
bien ?
Oui,
c’est ce qu’on appelle une abstraction réaliste.
Ah parce qu’il y a des faux
abstraits ?
Oui.
Il y a des faux abstraits, mais qui sont plein de réalisme.
Alors, c’est des vrais réalistes.
Oui.
On voit aussi… ce que j’aime bien. Il faut voir toute cette partie-là. On voit,
on voit par contraste avec ce calme, on voit que c’est tourmenté ici. On voit
que l’artiste était tourmenté.
Moi je ne vois rien du tout, je suis
derrière, mais bon.
Je
te dis, les nuages, c’est parce qu’il était dans le tourment. Il faut dire
qu’il venait du Val-de-Travers, l’artiste. Alors avec
l’absinthe…
Tu veux dire que l’artiste était un peu
fou comme ça.
C’est
normal, c’est un artiste.
Il faut se faire soigner quand on est
fou comme ça.
Oui
mais justement, c’est pour ça qu’il a fait un décrochement dans la montagne.
C’est une symbolique.
Ah le trou dans la montagne…
C’est
symbolique, parce que ça veut dire qu’est-ce qu’il voit le gars qui est dans le
Val-de-Travers, qui n’est pas bien, qui n’est pas
bien là-bas. Forcément…
Il n’y a pas que le gars dans le Val-de-Travers, mais bon.
Il
faut dire, qu’est-ce qu’il voit depuis le Val-de-Travers
dans cette trouée. Il voit un lac. Il voit ce calme, alors il est calmé tout de
suite. Tu vois…
On voit qu’il y a des roseaux.
Oui,
il y a beaucoup de roseaux.
Oui c’est important les roseaux. Je suis
étonné, il n’y a pas un seul canard, un cygne.
Si,
ils sont là. Ils sont là, mais c’est un réalisme abstractif.
Ah bon.
Parce
que les canards, ils sont passés. Le temps qu’il les peigne, ils ont passé.
Ils sont cachés derrière les roseaux.
Ah
oui. Moi, j’aime bien cette culture, cette symbiose, cette symbolique.
On le voit, ça te calme en plus.
Moi,
je regarde ça tous les soirs après pour me calmer.
Non, non, stop. On peut leur dire.
Ouais.
On peut leur dire la vérité.
Ah
oui.
Oui, c’est quelqu’un du Val-de-Travers qui a peint ce tableau, ce n’est pas un
artiste.
C’est
moi.
Non sérieusement. On a peint ce beau
tableau pour vous montrer la météo qu’il fera demain. Et chaque jour, tu vas
nous faire un tableau.
Ouais.
Tous les soirs après la traite.
Voilà. Comme ça vous aurez la météo tous
les jours sur TOR.
Oui.
La seule télé qui a toujours raison.
Texte retranscrit par Françoise Berthod