Théâtre Matchbox 025 : La cuisine

 

 

Par Fred Loewer et Daniel Fuchs

 

Qu’est-ce que tu prépares, tu attends du monde ?

Ouais justement, j’attends du monde. Et je voulais en profiter pendant que ça chauffe, à t’expliquer quelques règles élémentaires quand tu accueilles.

 

Ça va, je sais accueillir du monde.

Moi, j’ai fait un stage d’école hôtelière quand j’ai livré mon lait…

 

Vas-y toujours, j’apprendrai peut-être quelque chose.

Une chose importante, il faut mettre autant de chaises qu’il y a de convives.

 

C’est bien et pour ceux qui ne savent pas calculer ?

Mais on demande. Quand on invite, t’es obligé de demander.

 

D’accord. Tu reçois tes amis mais sur invitation.

Mais ouais.

 

Cartons dorés et tout, bouquet de fleurs.

Tout. Tout planifier. Attend que je termine là…

 

Moi quand j’invite mes amis, je commande une pizza. Je ne vois pas pourquoi je cuisinerais pour eux. Comme si eux, ils cuisinaient pour moi.

Ben justement, il ne faut pas faire comme tout le monde. Je suis en train de faire une spécialité que m’a apprise un de ces ouvriers que j’ai trouvé au noir.

 

Cela ne sent pas trop mauvais ton truc, c’est quoi ?

C’est un truc sicilien. C’est ce qu’il m’a dit. Tu sais, moi… C’est de la viande qui est coupée toute fine, toute petite. Tu mets beaucoup de tomates, un peu d’oignon, du sel…

 

C’est original ça. Du sel et du poivre aussi ?

Tu mélanges tout et tu laisses faire.

 

C’est original. Mais du sel, sel.

Du sel.

 

C’est original comme repas. Ça s’appelle comment ?

Hein ? Chacun donne le nom qu’il veut.

 

Bon d’accord.

Tu peux le faire de tellement de façon que c’est difficile de donner un seul nom.

 

L’important, c’est de mettre la main à la pâte !

Ouais. L’important, c’est d’avoir une bonne cuisine pour faire cette préparation.

 

Oui, je vois. Tu es bien équipé dis donc. Un four, un four, c’est bien. C’est bien d’avoir un four à la maison.

C’est mieux pour faire…

 

Les plaques dessus le four, c’est bien aussi.

En général, c’est assez… Ils vendent tout ça avec.

 

C’est ensemble.

Ouais. Le four et les plaques, c’est ensemble.

 

Je ne sais pas. Je n’ai jamais utilisé les plaques et le four.

Tu sais, quand j’ai repris la ferme, il faut que je te le dise, au début, j’étais tout seul, célibataire.

 

Comme tout le temps.

Le premier soir, je vais chercher dans le congélateur mon steak. Comme je te parle aujourd’hui, simplement je ne parlais pas, j’étais tout seul.

 

Forcément. Tu vas chercher le steak…

Je vais chercher mon steak. J’allume, il était tout neuf.

 

Le steak, il était tout neuf ?

Aussi. Il est frais, parce que moi, j’ai tout à l’écurie. J’ai pris ma poêle, j’ai pris de l’huile, j’ai mis mon steak. Cela a commencé à gicler, tu sais ce que c’est.

 

Oui, on le sait bien.

Alors qu’est-ce que je fais. J’enclenche cet engin là.

 

Oui, c’est une hotte de ventilation.

À l’époque, je ne savais pas. Moi, j’enclenche et tout à coup… mon steak, il n’était plus là.

 

Comment, il n’était plus là ?

Il est aspiré dans la hotte.

 

C’était trop fort. Il faut couper.

Moi dans la panique, j’ai arrêté et il est retombé et voilà…

 

Forcément et tu l’as mangé ?

Il était comme au feu de bois.

 

C’est ça en cuisine. Il faut savoir improviser.

Excuse-moi. C’est important, si tu loupes… Au moment où c’est cuit, c’est trop cuit.

 

Tu es sûr que tu veux vraiment recevoir du monde, parce que ?

Il faut que je t’explique. J’ai connu Josiane.

 

Josiane ?

Ouais. Aux Geneveys-sur

 

Ah !

Qui est venue habiter chez moi, tu vois.

 

Ça, je ne le savais pas.

Assez vite, après… Elle m’a dit : « Écoute, tu restes au salon, je te fais la cuisine. »

 

C’est sympa. Ce n’est pas à moi que cela arriverait ça !

Non. Je me suis mis au salon. J’ai lu mon Sillon romand, il venait d’arriver, cela tombait bien.

 

Depuis le temps que tu le lis, tu dois le connaître par cœur !

Tout d’un coup, j’entends un immense cri qui vient de la cuisine. Je me précipite. Josiane, Josiane, je ne la voyais plus…

 

Ben quoi, elle était où ?

Elle était scotchée là-haut.

 

Oh dis donc. Il faut faire réparer, faire réparer c’est trop fort…

C’est vrai que Josiane était arexique.

 

À Nods.

Non à Boudevilliers.

 

Non, anorexique.

Ah elle était partout rexique. Moi, j’ai fait une erreur, parce qu’elle me préparait un potage.

 

C’est sympa.

Quand j’ai coupé la ventilation, elle est tombée dans le bouillon…

 

C’est bon les os dans la soupe !

Ah oui, mais elle n’a pas apprécié.

 

Ah bon.

Elle m’a foutu un de ces bouillons après, tu aurais dû entendre ça. Ouais attends, cela commence à chauffer.

 

On fait quoi, on leur téléphone à tes copains, qu’ils ne viennent pas… moi je n’ai pas envie.

Mais de toute façon, moi je dis toujours : « Si vous n’avez pas le temps de les recevoir, passoire.

 

Ah mais ouais. Encore une fois, tu as raison parce que TOR, c’est la seule télé qui a toujours raison !

 

 

Texte retranscrit par Françoise Berthod