Théâtre Matchbox
026 :
Par Fred Loewer
et Daniel Fuchs
Je ne veux pas y passer la nuit. Moi,
j’ai mon tracteur à réparer. Oh, mais j’ai…
Oh
c’est marrant. T’es là.
Mais oui, t’as aussi été convoqué,
toi ?
Cela
fait des années que je suis à la protection civile. C’est ton premier jour.
Premier, premier.
Ils
sont venus te chercher dans ta campagne pour te mettre à
Mais non. On m’a dit d’être là. On ne
m’a pas dit de prendre du matériel et de réfléchir…
Aïe,
aïe Tu as une idée un peu de ce qu’il te faut comme matériel à
Moi, je ne sais pas. Moi, je débarque.
Je
vais voir ce que je trouve…
C’est toi qui commandes ici ou
bien ?
Écoute,
je suis l’adjoint du responsable du directeur du troisième cran. Mais sinon,
ouais.
Il faut que je te salue là.
Arrête
voir. Maintenant, je vais chercher… On est à
Si tu as une petite bouteille… C’est bon
aussi. Quelle semaine cela va être.
Bon,
je t’ai trouvé ça. Cela va être utile. Tiens, mets ça, car te connaissant,
adroit comme tu es…
Je dois mettre ça ?
C’est
un casque. Un casque officiel de la protection civile comme pionnier.
Il me va bien.
Tu
fais un peu chef de chantier, là. Tiens.
C’est quoi ? Ah tiens. Je connais.
J’emploie ça dans mes champs pour enlever les pierres du Jura qui cassent
toutes les transmissions des tracteurs.
Tu
te calmes. On te donne du matériel, c’est pour que cela fasse joli. À la
protection civile, on n’utilise pas tout ce matériel. On va sur le terrain,
mais… cool.
On va doucement.
Il
ne faut pas…
C’est bientôt l’heure de l’apéro ?
Ouais.
On va peut-être d’abord visiter l’abri. Tu es déjà venu dans cet abri.
Non. Je ne savais pas qu’il existait.
Tu verras, c’est charmant. Tu as par
là-bas des dortoirs.
Ces
trucs ? Il y a de ces alignées.
L’abri de Boudevilliers,
on peut mettre toute la population de Boudevilliers
quand même.
Quand
c’est les grandes vacances, parce qu’il n’y a pas beaucoup de lits là. Ils sont
l’un sur l’autre.
Quatre
étages.
Non.
Si.
Tu en mets un par terre. Un en dessus, un au-dessus et le dernier, tu
l’accroches au plafond. Tu peux en mettre quatre.
Non. Si tu as le vertige, t’es mal. Moi,
je n’y vais pas là-haut.
Il
y a une échelle. C’est la seule fois à la protection civile que tu peux monter
à une échelle, c’est pour aller dans ton lit. C’est fort ! C’est joli, tu
as vu la vue ?
Où ça ? Il n’y a pas de
fenêtres ?
On
est dans un abri évidemment. Tu ne comprends rien, c’est fou ça.
Je pourrais amener une botte de paille.
Cela ferait un peu plus…
Je
ne suis pas sûr…
Rien que l’odeur. L’odeur, ça donnerait
l’impression d’être dehors.
C’est
vrai, mais ce n’est pas vraiment le but d’être dehors. En parlant d’odeur, il y
a une cuisine aussi.
Où ?
C’est
la troisième porte à gauche. Je ne sais pas si tu la devines, par là-bas.
La grosse porte comme ça.
Voilà.
C’est pour ça que j’ai ça. Si j’ai un
petit creux la nuit, je descends mon échelle avec ça et je te casse la porte
pour aller chercher ma tranche…
Non,
non. Tu ne peux pas faire ça. Il faut simplement l’ouvrir. À la protection
civile, je te l’ai dit, on ne doit pas utiliser ça pour ouvrir une porte ou
quoi que ce soit. Des fois que tu te fasses un lumbago ou quelque chose, ce
n’est pas le but…
Oui. Et qu’est-ce qu’il y a encore
là ? Il y a des douches quand même ?
Il
y a des douches, des toilettes, enfin il y a tout ce qu’il faut. C’est le grand
confort. Mais, c’est presque aussi bien qu’en prison.
Mais c’est dangereux parce que… écoute :
si il y a une fuite et qu’on n’arrive plus à couper
l’eau, comme il n’y a pas de fenêtres, on va tous mourir noyés !
Ah
ce n’est pas bête ça.
Je prendrai des gilets. Je vais en
confectionner.
Il
faudra prévoir des gilets de sauvetage.
J’en ai encore tout plein là, qui…
Pis
double emploi les gilets, parce que tu les as pour ce que tu dis et pour après
l’apéro aussi.
C’est la première fois cette
année ?
Non.
Les gilets de sauvetage après l’apéro pour ne pas se noyer, parce… On n’est pas
à l’armée, c’est
Hein, il y a surtout…
Tu
verras.
Après il y a rassemblement, à l’apéro.
Quelque
chose comme ça, quelque chose comme ça.
Et après, il y a distribution du
matériel.
Voilà,
c’est ce qu’on a fait. On a déjà de l’avance…
Et l’apéro.
Voilà
en gros, c’est ça. Il y a juste une chose, je vais encore aller contrôler et
après normalement, je devrais pouvoir donner les instructions. Un instant. Tu
ne fais pas de bêtises.
Non, non. C’est des outils, mais c’est
n’importe quoi. Ils n’ont plus de sous ou bien ? Regarde, c’est tout sale.
Oh Roger, c’est tout sale. Je ne travaille pas… même les miens sont plus
propres.
On
les a récupérés ça. On les a récupérés dans les mines. Tu sais les mines de
charbon et tout ce qu’il y avait à l’époque au Val-de-Travers…
On a récupéré, ça fait joli. Ils nous ont donné du matériel, mais à
Mais disons, j’ai encore une question
moi. Je ne sais pas, elle est où la télé ?
Alors
ça, c’est seulement dans le bureau du chef qu’il y a une télé.
Non, non. Je ne suis pas d’accord. Parce
que moi, tous les jours, je veux pouvoir regarder TOR, la seule télévision qui
a toujours raison.
Texte
retranscrit par Françoise Berthod