Théâtre Matchbox 027 : L’opéra

 

 

Par Fred Loewer et Daniel Fuchs

 

Toréador. Toréador…Tu fais quoi ?

Moi, je nettoie un peu… ma percussion.

 

Ouais, c’est important les percussions pour le prochain spectacle.

Qu’est-ce que tu fais là ?

 

Moi je répète.

Ah tu répètes !

 

Je répète, je suis obligé.

Pourquoi ?

 

J’ai une audition. Je ne te l’ai pas dit.

Non.

 

Chanteur d’opéra.

Non. Arrête, toi, chanteur d’opéra.

 

C’est une probabilité. Il faut diversifier. Il faut faire comique, clown, régisseur par intérim et chanteur d’opéra.

Alors ça, j’aimerais bien voir.

 

Comment bien voir, ça ne se voit pas, ça s’entend.

Ça s’entend.

 

Tu connais Carmen ?

Carmen, laquelle ? J’en connais beaucoup de Carmen. J’en ai une qui est à Villiers, qui n’est pas mal ! Pas celle-là.

 

Pas Carmen de… non, non. Carmen de Bizet.

Hein de qui ?

 

De Bizet.

De Travers.

 

Mais non, Carmen de Bizet, c’est un opéra, c’est connu… On est dans une arène comme ça, il y a tout le monde…

Moi je connais un chirurgien, il opéra tout le temps.

 

Non, mais là on parle de classique.

Ben ouais, c’est classique.

 

C’est du classique, c’est toréador. Tu ne connais pas toréador ?

Ben non. Moi, je connais, je connais l’hymne suisse.

 

Non, mais ça, tu ne peux pas. « Sur nos monts, quand le… » Tu ne peux pas, ça ne va pas. Tu vois, le 1er août « Sur nos monts… », Ce n’est pas possible. Tu ne peux pas chanter l’hymne suisse en opéra.

De toute façon, maintenant il n’y a plus ça au 1er août, c’est …

 

Ce n’est pas possible. Il faut retomber dans les… t’es obligé, t’es obligé.

Comme moi, j’ai fait un petit peu le Conservatoire, je peux te donner un coup de main.

 

Ah bon. Je te donne la note et tu suis alors.

Mais non, c’est moi qui te la donnerai si je te donne des conseils. Elle sera salée la note !

 

Bon, on y va. C’est bon là, je peux y aller. T’as fini tes…

C’était pour te rendre attentif.

 

D’accord, ok « Toréador, prend garde… »

Ouais dis donc.

 

Tu dois toujours avoir une pause comme ça. On m’a toujours appris que quand tu chantes du classique, il faut avoir l’air intelligent. C’est très difficile pour moi. Cela me demande énormément d’énergie.

J’aime bien ton esprit autocritique.

 

Non. Il faut savoir progresser.

Il faut connaître ses limites ! Vas-y.

 

Deux secondes, je me concentre… Toréador, toréador, toréador…

Mais moi, je ne connais pas.

 

Et regarde : « Ben oui, songe en combattant, un œil noir te regarde… »

Il te manque une dent, là tout au fond. Si jamais, il faudra aller chez le docteur Kohler. Ce n’est pas beau et le son, ça peut faire des vibrations.

 

Moi, je n’y peux rien. Je ne vais quand même pas mettre un dentier pour chanter de l’opéra.

Il ne faut pas interrompre. Cela dure quatre heures un opéra.

 

C’est déjà longuet, alors… je vais jouer un autre bout, là. On peut faire un autre bout.

Ouais.

 

« L’amour est un oiseau rebelle, que nul ne peut apprivoiser… » Tu connais, c’est la musique dans la pub Ajax.

Ah ouais, Ajax…. La vaisselle qui glisse des mains…

 

« L’amour est un oiseau rebelle », tu as remarqué on roule les « r » aussi dans l’opéra. C’est important à savoir.

Comme on le disait, c’est italien.

 

Vachement. Justement étant donné… on roule les « r ». La commedia del arte, c’est bien connu. On roule les « r », on dit « L’amour est un oiseau r ebelle… »

Mais je crois que tu faisais de l’opéra.

 

Oui.

Alors chante un peu.

 

« L’amour est un oiseau rebelle

Que nul ne peut apprivoiser

Et c’est bien en vain qu’on l’appelle

S’il lui convient de refuser… »

Je ne sais plus la suite.

Tu n’as pas pris ton livret ?

 

Mon livret ?

D’opéra.

 

Ben non. Je n’ai pas pris mon livret d’opéra. Pis quoi encore, mon carnet de vaccinations pendant qu’on y est.

Non, mais le livret.

 

Quel livret ?

Pour le texte.

 

Mais je dois le savoir par cœur, j’auditionne dans une heure.

Maintenant passe au final.

 

Au final ?

Passe au final.

 

Ok, au final.

On reprendra tout dès le début.

 

Non, on fait le final et après j’y vais. Je me sens prêt… « Toréador, prends garde, toréador … mais que l’amour t’attend, toréador… L’amour, l’amour t’attend. » C’est le final.

C’est bien.

 

Tu ne t’attendais pas à ça. Je crois qu’il n’y a personne qui s’y attendait.

Mais non, même pas TOR.

 

Même pas TOR, parce que Toréator, la seule télé qui a toujours raison !

 

 

Texte retranscrit par Françoise Berthod