Théâtre Matchbox 032 : Le banc public

 

 

Par Fred Loewer et Daniel Fuchs

 

Non mais, t’as vu un peu cette allure à celui-là. Mais, mais…

Et alors des pieds à la tête.

 

Pour une fois que je descends au bord du lac, on voit des drôles de zazous… je peux te le dire.

Hé, je savais qu’on devait protéger les mouettes, mais alors les espèces comme ça, c’est en voie de disparition, il faudra les protéger aussi !

 

Ben dis donc, je suis bien content de ne pas habiter là.

Ah, cette dégaine.

 

Il fait peur celui-là.

Je le trouve marrant.

 

Ouais, mais…

Mais bon ça va. On ne sait même pas si c’est un homme ou une femme.

 

Ben ça. Il faut regarder de quel côté s’est boutonné.

Ben ouais, cela doit être ça.

 

Il y en a qui boutonne à gauche et des autres à droite.

En tout cas, je ne sais pas. Mais avec les longs cheveux, si c’est une femme, elle est jolie. Si c’est un homme, il fait peur…

 

Il faut que j’aille chez le coiffeur, tiens. Il faut aller chez Roger à Boudevilliers. Il fait tous mes chevaux, tu verras, il est bien.

Pour les concours hippiques ?

 

Ah oui. Il est bien.

J’en ai entendu parler.

 

Tu as vu, il ne sait même pas aller en patin à roulettes. Il fait son petit malin. Voilà… C’est bien fait ma foi, tu voulais crâner, tu te la pètes ! Voilà…

En même temps, c’est un peu la faute du vélo, je m’excuse.

 

Tais-toi, il regarde par ici.

T’as vu l’état des genoux. Il n’avait qu’à mettre des genouillères… Non, celui du vélo, il faut qu’ils mettent des genouillères.

 

Mais c’est…

Mais c’est malin.

 

Tu vois de ces choses…

Ces cyclistes qui roulent comme des sonnés.

 

Et en plus, c’est sur les quais. Non, mais c’est n’importe quoi.

T’as vu ce chien.

 

Ah c’est un chien.

Ben ouais. Juste qu’on ne sait pas de quel côté est la tête. Mais, c’est un chien.

 

Il faut lui donner un biscuit et tu verras.

Ah bon et s’il remue la queue, cela veut dire qu’il veut le biscuit. Et s’il remue la tête, c’est que c’est non.

 

Et s’il ouvre la bouche, c’est qu’il veut te mordre. Alors là, on a intérêt à se casser.

Oh, ce n’est pas un bulldog non plus. Il est comme ça…

 

Il est petit, mais ils ont de grosses dents. Je me suis fait piquer une fois, même mordu par un hamster.

Ouais.

 

Dans les champs.

Ah c’est dangereux !

 

Ça fait mal.

Les marmottes aussi. Oh là, là… Le venin de marmotte ça monte jusqu’au cerveau. Tu peux y rester… C’est bien connu.

 

J’ai failli… J’ai été me faire soigner à Landeyeux.

À Landeyeux, dans le home ?

 

Hein.

Je dis : Ils t’ont soigné dans le home ?

 

Non, non dans l’hôpital.

Ah je me disais…

 

Ils ont un service d’urgence.

Ils ont une basse-cour devant avec des animaux.

 

Ah ouais.

C’est génial.

 

Je ne les vois plus, parce que j’en ai à la ferme. Je ne les vois même plus, quand il y en a ailleurs, tu vois.

Ah c’est les gens du home, quand ils deviennent chèvres, ils les mettent dans l’enclos…

Oh celui-là, je suis content qu’il ne m’ait pas vu. Oh là, là. On se connaissait il y a quelques années.

 

Tu avais de drôles de fréquentations, dis donc.

Ça va. J’ai aussi bien changé, mais il est gonflé de se montrer au bord du lac celui-là, après ce qu’il a fait. Si tu savais ce qu’il a fait. Si tu savais ce qu’il a dit. Tu aurais bien raison de penser ce que tu penses…

 

Je n’en doute pas un instant.

Ah parce qu’alors…

 

Vous supportez ça en ville ?

On est obligé.

 

Des zèbres comme ça.

Ah la ville, c’est un peu Jurassic Park Tu vois toutes les espèces en peu de place.

 

Je crois que j’ai ma dose. Je préfère aller regarder la télévision.

Ah tu regardes TOR ?

 

Oui.

Ah ouais. C’est la seule télé qui a toujours raison…

 

 

Texte retranscrit par Françoise Berthod