Théâtre Matchbox 309 : Le terroir

 

 

 

Par Fred Loewer et Daniel Fuchs

 

Aujourd’hui, nous allons vous parler des produits du terroir. Les produits authentiques qui viennent de la terre, qui viennent de chez nous. Et pour ce faire, je vous ai invité, je vous ai amené le meilleur consultant qu’on pouvait imaginer, Pierre Ponce, lui-même producteur des produits du terroir. Il va nous expliquer comment cela fonctionne. Mais

Ouais.

 

Quoi, mais ?

Ouais, ouais.

 

Ah, donc, pour ce faire nous nous proposons de prendre une petite leçon de français, en même temps, avec le panneau ici derrière moi, où vous pouvez lire, en gros : Terroir.

Ah oui.

 

Mais dans terroir, on enlève d’abord l’é, de terroir.

Il ne faut pas enlever le lait.

 

Non l’é de terroir.

Lait, mais oui, mais le lait, c’est un produit du terroir, il ne faut pas enlever le lait. Le lait, moi avec mes 42 vaches, je fais 15 sortes de lait, moi ! Je fais du lait nature, je fais du lait écrémé, je fais du 3 %, je fais du latte macchiato, je fais du lait aux fraises.

 

Comment ça, tu fais du latte macchiato ?

Oui, ça je t’ai déjà expliqué. On ne va pas y revenir. C’est trop compliqué, c’est tout un processus que j’ai d’ailleurs fait breveter à Berne.

 

Ben, n’empêche que t’auras jamais le lait de la Brévine, parce que les vaches de la Brévine c’est les seules qui arrivent à faire du lait caillé. Enfin tout ça pour dire qu’on enlève l’é, on enlève l’r du terroir aussi, évidemment.

Ah non il ne faut pas enlever l’air. S’il n’y a plus d’air, il n’y a plus de plantes. S’il n’y a plus de plantes, les vaches elles mangent quoi, des cailloux ou bien ?

 

Mais on en revient toujours aux vaches. Il faut penser à autre chose.

C’est ça le terroir. Tu commences par une feuille, une pousse, une racine, t’as la moitié qui sont bouffées par les mouettes. Après avec ce qui reste, tu mets tes vaches dans le champ. Elles bouffent ça. Quand elles ont bouffé, elles recyclent, tu remets dans le champ, ça continue. Mais pour que tout ça fonctionne, il faut qu’il y ait de l’air.

 

N’empêche, la couche d’ozone, avec les vaches, c’est bien connu, quand elles…

Ouais, ouais, c’est un peu facile.

 

Bon. On enlève le deuxième r de terroir, c’est le bi-r de terroir.

Quoi le bi-r ?

 

C’est le bi-r de terroir.

Ah ouais, moi je fais aussi de la bière artisanale.

 

De la bière artisanale, sans alcool ?

De la bière de Boudevilliers, mais c’est un peu long pour l’étiquette. De la bière de Boudevilliers, c’est la bière Debou. La bière Debou, qui se boit assis !

 

Ah ouais, c’est fort comme slogan.

De la bière debout qui se boit assis.

 

On voit bien que ça rend…

Ça travaille. Moi ça cogite sur mon tracteur.

 

T’es obligé, t’as fait installer un tonneau à l’arrière du tracteur avec ta bière dedans et ça va direct.

Non c’est le purin dans le tonneau. C’est ce qui gicle dans les champs.

 

Ah mais je me disais que ce n’était pas une très bonne bière, en effet.

Non, non. Mais il ne faut pas confondre. Si t’en veux, tu viens vers moi pour choisir le tonneau.

 

Alors évidemment, on enlève l’i du terroir.

Mais on n’enlève pas le lit du terroir.

 

Tu ne fais quand même pas des lits du terroir.

Si ! Moi je fais tout. Moi je fais dormir dans la paille, dormir dans le lit du terroir.

 

Ah la paille ? C’est quoi ? C’est des rondins de bois qui tiennent… Non, on en est où là ?

On voit que tu es un citadin. La paille, c’est l’herbe qui est sèche.

 

Avec de l’herbe séchée, il y en a qui font autre chose.

On ne peut pas fumer dans mes chambres, elles sont très grandes. Il y a un grand plot comme ça d’herbe séchée qu’on appelle des ballots de paille.

 

Moi, je vais te dire une bonne chose. Tu es quand même le seul qui est capable avec de l’herbe séchée à gagner un salaire sans que personne ne la fume

Qui, le salaire ?

 

Non, l’herbe !

Mais non, puisqu’on se couche dessus.

 

Bon enfin bref, tout cela pour dire que le terroir nous amène à un t, un o, un r, parce que le terroir c’est aussi TOR.

La seule télé qui a toujours raison.

 

 

Texte retranscrit par Vanessa Arm