Théâtre Matchbox 314 : Le Tour de Suisse

 

 

Par Daniel Fuchs et Frédéric Loewer

 

Ho… ! Hé… ! Qu’est-ce que j’ai entendu ?

Oui quoi, je ne sais pas quoi… ce que tu as entendu. Je n’ai pas tes oreilles.

 

J’ai entendu que tu voulais faire, en vélo, le Tour de Suisse.

Oui !

 

Mais tu te rends compte, mais c’est immense !

Mais, si on est motivé…

 

Mais ce n’est pas une question d’être motivé. Mais il faut être entraîné ; c’est immense !

M’entraîner, ce n’est pas un souci. Ce n’est pas si grand que ça. J’étais juste en train de me demander par où j’allais passer avec mon vélo, tu vois.

 

Par où tu dois passer… Mais si t’arrives déjà à Berne, au Palais Fédéral, c’est déjà beau.

Hein ? Pourquoi ?

 

Mais c’est déjà loin Berne. Il faut y aller en vélo. Tu te rends compte ?

Non, mais je prends l’autoroute. Après, ça descend. Tu sais, quand t’arrives juste au grand viaduc, ben de l’autre côté, tu descends en roue libre jusqu’à Berne.

 

Mais tu ne vas pas prendre l’autoroute. C’est interdit en vélo. Tu vas prendre les petits chemins et puis les petits chemins…

Mais, c’est pour la bonne cause.

 

Quoi, c’est pour la bonne cause ?

Parce que moi, je veux sauver l’agriculture suisse.

 

Ha, mais il y a du boulot ! Parce que tu crois vraiment que de tourner comme un imbécile, en vélo, ça va… ?

Non, mais moi je vais passer dans tous les médias. Et moi je sais parler le suisse allemand. Ça va m’aider ça.

 

Et puis les petits chemins que tu vas prendre, il y aura de la neige. Tu vas faire comment avec ton vélo ?

Ça, j’ai tout prévu. J’ai pris…, soit j’ai ma chaîne, hein… Si il y a vraiment de la neige, je mets la chaîne et puis sinon j’ai pris une boîte avec des petits clous et puis alors je mets des clous dans le pneu. Et puis, comme ça, ça croche dans la neige.

 

Ha, ben on n’est pas arrivé, t’es pas au Pont de Lucerne.

Pourquoi ?

 

Parce que si t’arrives au Pont de Lucerne, tu toucheras du bois.

Ha, pourquoi ? Il est aussi là-bas Dubois ? Il sera là-bas ?

 

De toute façon, tu ne vas toucher personne avec ton histoire.

Non, mais comment je ne vais toucher personne ? Ben non, je ne vais pas les renverser avec mon vélo. Mais j’aurai un gros drapeau suisse et de l’autre côté, un gros drapeau de Boudevilliers, hein. Et puis moi, je dirai alors : « Grützi, ja ! Ich bin von Boudevilliers. Je veux sauver la paysannerie suisse. »

 

Ben, il va être content le « Schwyzer ». Tu es là sur ton vélo, au milieu d’Unterwald et tu dis : «  Je vais sauver la… ». Tu crois vraiment que les gens, ils vont donner ?

Ben, j’ai travaillé mes textes.

 

Et puis, à Genève ? Tu les as déjà vus à Genève ? Tu crois qu’ils vont te donner de l’argent à Genève ? Avec leur Jet d’eau, là…

Ben justement, moi, j’ai tout prévu. Je vais le matin, avant qu’ils ne mettent en place le Jet d’eau. Je me suis déjà arrangé avec le gardien qui a la « manoillette », là. Moi, je me dis, je me mets avec mon vélo, sur ma selle là, sur la buse. J’ai convoqué toute la presse, pour 07h15, et puis quand il voit que la presse est là, il l’allume. Ouhhh… moi, mon vélo là-haut… Tu vas voir. Ils ont bien mis un gros ballon de foot pendant l’Euro, ils peuvent bien mettre un vélo dessus pour sauver les paysans, ou bien ?

 

Ouais, mets Pierre Ponce dessus. Mais, t’imagines pas !

Non, c’est inimaginable ! C’est pour ça que l’on va en parler partout.

 

Mais, ce n’est pas possible. Bon, ben pourquoi tu ne la traverse pas la Suisse, au lieu de faire le tour ? Il n’y a qu’à traverser, les Alpes, et puis tac ! Fini ! Tu finis, point, c’est prêt.

Ouais, mais il y a un danger. Si je dois prendre le Gothard en hiver, avec mon vélo, hein ? Ils ne vont pas apprécier les rayons. Ils vont se dilater ou se rétracter et puis ma course si elle se rétracte, ça va me casser le pneu.

 

Bon, ouais, si tu veux. Tu vas partir d’où ? Pas de Boudevilliers ou bien ?

Je pars de Boudevilliers !

 

Bon, ce n’est pas positif si tu pars de Boudevilliers. Mais, il faut au moins partir de, j’en sais rien moi, de Boudry ! Au moins !

Ouais, ben ça, je peux encore voir, je n’ai pas tout…

 

Et puis, tu veux arriver jusqu’où ?

À Sion ! Parce que je me destine à Sion. C’est l’arrivée là-bas. Ils sont tous là les Valaisans. Ho, ho, ho ! J’ai pris… je prends… j’ai mis deux grosses sacoches dans le vélo, hein. Et puis, ici à gauche là, j’aurai le Pinot Noir, avec le Chasselas. Et puis là, à droite, moi, j’aurai l’Œil-de-Perdrix.

 

Ben ça, ils vont découvrir à Schwyz, c’est sûr. T’aurais dû faire ce tour là pour le traité de Maastricht. Cela aurait peut-être passé. Moi, j’en sais rien.

Maastricht ? C’est quoi ça ?

 

C’est quand il fallait aller faire l’Europe ou pas. T’aurais pu… Ils auraient dit oui.

Mais les paysans, il faut être uni. C’est à cause de ça d’ailleurs qu’on a une association. C’est « Uniterrre ».

 

Ben, ce que tu nous fais là, c’est une « pays-ânerie » ! Ha, je te le dis comme je le pense et puis de toute façon quand on veut sauver la paysannerie, on ne va pas en vélo ! On y va en charrue, pourquoi pas en charrue, tiens ?

Mais tu ne vas pas critiquer. Bien sûr que j’y vais en vélo ! Faut bien mettre la charrue avant les pneus !

 

 

Texte retranscrit par François Gombàs