Théâtre Matchbox 317 : Expo.02

 

 

Par Daniel Fuchs et Frédéric Loewer

 

Alors, t’es prêt pour cette visite guidée ?

De quoi ?

 

Je t’ai amené jusque là, c’est pour te faire visiter. On visite des ruines à Avenches, par exemple.

Ouais.

 

Moi je me dis, on peut visiter les ruines d’Expo.02.

Le problème, c’est qu’il ne reste même pas de ruines. En tout cas, pas à Neuchâtel.

 

Écoute ! Les ruines, moi, j’en ai trouvées. J’ai un petit peu creusé dans ma tête et j’ai retrouvé un petit peu ce qui avait fait le succès, enfin on peut appeler ça comme ça, d’Expo.02.

Ah, ouais je me rappelle surtout de la journée des paysans. Il y avait un de ces mondes…

 

Ça, c’est sûr si l’on réunit les paysans…

Il y avait des trains, des trains complets.

 

De paysans ?

Ben ouais. Il venait de tout là-bas, juste après Gampelen, après Zurich, après Aarau, même des Grisons qu’ils venaient, je ne te dis pas…

 

T’imagines, on aurait parqué les 50 000 tracteurs aussi.

Non, mais c’était une journée extraordinaire et je te dis avec tous ces apéros, on a eu peur. En tout cas moi, j’ai eu peur. Un tel nombre de tétanos, je me suis dit, il faut sortir un vaccin. On va avoir une épidémie, là. Non, mais attends. Moi, j’ai sorti mon vaccin. J’ai ouvert une petite cabane avec une croix rouge et là, je faisais des bitures express. C’était mon vaccin antidote. C’était de l’alcool de patates. Je me suis dit, il faut que je trouve quelque chose, alors j’ai distillé quatre fois l’alcool de patates. C’est tellement fort que tout le reste : oublié ! Biture express ! J’ai évité une épidémie pendant la journée des paysans !

 

On peut revenir à…

Ouais, mais ça c’est quand même quelque chose qui va rester dans les annales.

 

Moi, j’ai fait la liste de ce qui était, alors soi-disant à Neuchâtel.

Ouais.

 

Il y avait entre nature et artifice…

Alors ça c’était un bon moment. Maintenant aussi, c’est la nature.

 

C’est la nature, là.

Maintenant, tu regardes les Jeunes-Rives, c’est la nature. C’est abrupt. Heureusement que notre ami David a fait quelque chose.

 

C’est sûr. Ça a bien bougé au bord du lac.

Il a une sculpture au moins comme ça grande.

 

Ça remplace bien, je trouve.

Ça résume toute l’expo ça. Heureusement, il l’a mise encore sur un truc métallique, parce qu’il l’aurait mise sur un bout de bois, ce qu’on aurait pu craindre avec nos…

 

Ça aurait été billot. Ça n’aurait pas été dans le concept…

Et les castors, ils auraient tout cassé et après la sculpture à David… t’aurais vu. On aurait dû aller d’abord avec un sous-marin, ils auraient pris le bathyscaphe de 64 pour aller voir la sculpture à David sous l’eau. C’est génial. J’y pense. On aurait pu faire un blé avec ça.

 

Sous l’eau, tu ne voyais rien.

À Boudevilliers, je fais déjà du blé. On aurait pu le faire au bord du lac aussi le blé.

 

Non, mais pas l’eau, tu vois tout. Il y a des espèces de tiges de lumière.

Ah ouais, les tiges vertes… Des grandes asperges. Moi, je n’arrive pas à en faire des comme ça chez moi. J’ai essayé, mais ils ne sont pas lumi… Enfin, elles ne brillent pas.

 

Ah mais c’est sûr, on peut en faire 15, Expo.03, tout ce que tu veux, on n’arrivera pas…

Ouais, mais au prix que ça coûte. Déjà qu’on n’a plus de subventions.

 

Ouais aussi. C’était quand même une belle chose, regarde.

Ouais, c’était beau.

 

Pour prévenir quand même l’après expo, ils avaient déjà fait une petite expo sur les catastrophes naturelles. À quelque part, c’est de la prévention.

C’est génial. Je me rappelle, je suis allé, je me suis dit : « J’atterris où, là ? ». Tu vas dans une cage, tu reçois du vent à 180 km/h dans la gueule.

 

C’est pratique, le coiffeur.

Quand je suis sur mon tracteur, j’ai aussi du vent, j’ai qu’à ouvrir. Et là, avec la bise qu’il y a, tu n’as pas besoin de faire un panneau à 100 000 francs.

 

Il faut quand même prévenir les gens que ton tracteur, il va à 25 km/h.

Ou, mais alors quand il y a du foehn. Il y avait quoi encore à ton expo. Parce que moi, j’ai tout fait. J’ai fait les quatre arteplages.

 

Alors, à Bienne. Bienne évidemment, tout de suite. Ils ont pris un truc facile à traduire : Pouvoir et liberté.

Ah, ben tiens…

 

Si on traduit dans le langage de Bienne, c’est Power and Liberty, il faut quand même le trouver !

Non, mais ça je n’ai pas vu, non.

 

Alors Bienne, il faut quand même le dire, il y avait une espèce de suggestion du bruit. Il y avait du bruit sans avoir du bruit

C’était un truc, tu rentrais dedans avec un casque pour ne rien entendre, en fait.

 

Ah, c’est vachement bien.

Et tu t’entendais toi de l’intérieur.

 

C’est fou ça.

C’était bien. Tu sortais du restaurant, tu entendais les gargouillis, tu entendais la pizza qui se mélangeait avec la cassata, le maraschino.

 

Ah ouais, les olives.

Oh, les olives surtout s’il y a les noyaux. Oh là, là. Parle m’en pas !

 

Justement, ils ont fait le même genre, je crois, ça s’appelait colin-maillard.

Colin-maillard. Tu avais les yeux bandés et tu ne voyais rien. Il n’a pas coûté cher ce pavillon, c’était tout noir. Tu rentrais…

 

Ça, c’est à l’image de l’expo, des ruines de l’expo. Aujourd’hui, c’est que colin-maillard, tu ne vois plus rien.

Ben non !

 

Plus rien, il n’y a aucun vestige. Il n’y a rien. On ne voit rien. On peut même se promener au bord du lac de Neuchâtel en se disant : « Tiens, il y avait l’expo », mais non. Il n’y a rien.

Même si on ferme les yeux, tu revois ce que tu ne voyais pas.

 

C’est fou, c’est fou. Ils ont pensé à tout en faisant ça. Après, ils se sont dit pour être sûr qu’on voie sur le lac, ils ont fait un gros cube à Morat, c’était

Oh ça, c’était beau le gros cube.

 

L’instant, l’éternité. C’était maintenant, après, pendant…

Prendre la navette pour aller voir le cube. C’était l’éternité qu’il fallait attendre avec ces petits bateaux. Il y avait un de ces mondes. C’était joli dedans.

 

C’est clair. 50 000 personnes par jour au Monolithe, je pense avec des bateaux où tu étais 32…

Plus les soldats qui étaient dedans, parce qu’il dire que c’était la reconstitution de la bataille de Grandson.

 

Ouais, passionnant. Moi je pense que le gars qui vient du Liechtenstein, il était content de voir la reconstitution du…

Ah ouais.

 

Mais, ils ont pensé à tout, parce que si le gars du Liechtenstein, il vient aujourd’hui, il ne voit pas. Il n’est pas surpris, il ne voit pas.

Il peut au moins s’imaginer, parce que le titre, c’était quand même « ImagiNation ».

 

Ah…

Là, ils ont imaginé à Neuchâtel. C’est comme à Sion, ils s’imaginent avoir les Jeux Olympiques !

 

Je ne pense pas qu’ils s’imaginaient du résultat après. Bon, il reste Yverdon.

Ça, c’était beau. J’ai pris l’ICN de 17h32 pour aller voir…

 

Là aussi, c’était géant. On ne voyait rien, il y avait un gros nuage.

Ça c’était fort.

 

C’est génial. Ils ont fait l’expo en pleine été pour qu’on soit bien et finalement, ils ont mis un nuage… comme s’il faisait toujours mauvais.

Ça me fait penser, tu sais. Le matin au printemps, à 4h du matin quand je suis tout seul sur mon tracteur dans mon champ, je vois les grues… les oiseaux, pas les chantiers… les grues huppées et j’ai mon tracteur et je commence à épandre le purin…

 

Ah oui, ça fait un peu…

Ça fait une de ces brumes, c’est génial. Je me croyais à l’expo.

 

On aurait dû la faire à Boudevilliers, d’ailleurs, l’expo.

Ouais.

 

Moi, j’ai toujours dit dès le départ. J’ai dit : « L’expo, ils auraient dû la faire à Boudevilliers

Oui, ma foi.

 

Il y a qu’un seul problème.

Oui.

 

C’est qu’à l’expo à Boudevilliers, si ça avait autant failli dans le budget…

Oui.

 

À Boudevilliers, il n’y a pas assez d’habitants.

Non.

 

Pour payer les impôts après, pour rembourser.

Oui et en plus, à Boudevilliers, on ne reçoit pas TOR.

 

Ah non, il n’y a pas TOR.

Mais non.

 

La seule télé qui a toujours raison.

 

 

Texte retranscrit par Françoise Berthod