Théâtre Matchbox
318 : Le banquet
Par Daniel Fuchs et Frédéric Loewer
Pierre, Pierre, Pierre, Pierre, il est
où, il est où ? Je lui ai demandé de ne pas venir en retard.
Il
n’y a pas le feu ou bien ?
Si, il y a le feu. Il y a un banquet,
là.
Où
ça, quoi ?
Je t’ai amené ici au restaurant pour le
banquet.
Mais
je dois faire quoi, moi ?
Mon ami… On est là au Jean-Louis, le
banquet là. Le banquet… il ne va pas se faire tout seul. Mon ami, il est
malade…
Attends… !
Voilà autre chose. Mais
dépêche-toi ! Tu vois bien qu’on va… J’attends 55 personnes.
Quoi
55 personnes ?
Ben ouais, 55 personnes au banquet et je
suis tout seul.
Je
suis paysan moi, je ne suis pas sommelier.
Écoute, tu vas dans la salle… tiens, ils
arrivent là-bas. Ils arrivent. Pierre, ils arrivent… oh là, là.
Dis
donc, ils sont 49, ils ne sont pas 55.
Ce n’est pas possible. Moi, j’ai mis la
table pour 55. Tu ne vas pas me dire qu’ils sont 49 maintenant…
Ouais,
ça complique tout.
Non, ça ne complique pas. Tu enlèves six
assiettes. Ce n’est quand même pas compliqué d’enlever six assiettes ou
bien ?
55
de toute façon ce n’est pas divisible. 49, c’est mieux, parce que c’est 7 fois 7.
Ce n’est pas le problème, si tu enlèves
six assiettes… Il y a six tables.
Quoi
six tables ?
Il y a six tables de huit. Tu enlèves un
table de huit, et tu rajoutes deux au bout, ça fait pile le nombre. Ce n’est
quand même pas compliqué. Oh pourquoi, j’ai demandé à lui ? Je n’aurais
pas dû. Ça y est maintenant, il y a la cuisine qui m’appelle…
Oh…
Mais je fais quoi … ? Hé, Roger… !
Ouais, j’arrive. C’est bon.
Et
les serviettes, je fais quoi ?
Quoi les serviettes ? Tu les mets à
droite sous le couteau.
J’ai
acheté un paquet de serviettes blanches, c’est des paquets de 45.
Mais, tu ouvres un deuxième paquet. Ça
ne paraît pas compliqué ou bien ?
Je
ne vais pas ouvrir un deuxième paquet de 50 pour quatre serviettes ou
bien ?
Si, c’est ça le service. Tu fais comme
ça et pour les droitiers, tu mets la serviette à droite et pour les gauchers,
tu mets la serviette à gauche, ce n’est quand même pas compliqué.
Je
vais leur demander…
Tu gagnes du temps comme ça. Il pense à
tout Jean-Louis, il ne faut pas croire…Bon, bon combien il en reste…
Je
fais comment … ça dépend de quel côté de la table, ils sont. S’ils sont
gauchers ou droitiers.
Tu regardes au nord. Si au nord, ils ont
l’est à gauche, c’est qu’ils sont droitiers. Ce n’est quand même pas compliqué…
Moi,
je mets la serviette dans l’assiette et après…
Va leur demander. Oh… tu n’oublies pas
de leur demander ce qu’ils veulent manger. Il y a trois menus à choix, je te
rappelle.
Ah
ouais, c’est quoi le premier ?
Le menu 1, le menu 2 et le menu 3, c’est
écrit sur les cartes sur la table. Tu n’as qu’à regarder… Ouais, ce n’est pas
possible. Bon un, deux, trois menus.
Alors,
ça ne suffit pas, un, deux, trois. J’aimerais bien savoir ce que c’est ?
Quoi, j’aimerais savoir ce que c’est, ce
n’est pas compliqué ?
Ce
n’est pas un loto là.
Le premier, c’est les aiguillettes de
canard, le deuxième, c’est les cuisses de canard et le troisième, c’est un foie
de canard. Ce n’est quand même pas compliqué, non ? Même un canard, il
peut comprendre ça. C’est quand même fou ça…
Ils
m’ont dit : « On met sept canards entiers, et ils se débrouillent… »
C’est comme ça qu’ils vendent le canard.
Avec
des pâtes… Tu te débrouilles avec ton canard.
Il y a assez de services ?
Quoi
le service ?
Il y a assez de services. Il doit y
avoir des assiettes, des services, la fourchette à droite, non à gauche. Trois
couteaux à droite, ce n’est quand même pas compliqué. Pierre, ils veulent des
cafés… Va leur demander s’ils veulent des cafés.
Ils
attendent le canard, ils ne veulent pas boire le café avant le canard.
Écoute, on n’a que ça à faire. On a du
retard en cuisine, maintenant…
J’ai
une idée, on fait des cafés, du sucre, comme ça ils se feront leur
canard ! Et moi, je rentre…
Mais, on ne peut pas me laisser comme
ça. Oh ça, c’est quand même le comble. Mais bravo, bravo ! 55 personnes,
on était censé faire un sacré bénéfice. Le seul bénéfice que me donne tout ça,
c’est 37 cheveux blancs….
Texte retranscrit par Françoise Berthod