Théâtre Matchbox 320 : La fumée

 

 

Par Daniel Fuchs, Frédéric Loewer et Ismaël Frautschi

 

Ah, ah ben voilà !

Salut !

 

Hé, salut !

T’en veux une ?

 

Non, mais tu me provoques ou bien ?

Pourquoi ?

 

Mais c’est quoi cette cigarette ? T’as pas vu le journal ce matin ?

Qu’est-ce qu’il y a ?

 

Interdiction de fumer !

Mais ils sont rigolos ! Interdiction de fumer ! Ben, puis les libertés de chacun ? On a le droit de fumer quand on veut. Cela, c’est n’importe quoi !

 

Mais ce n’est pas une liberté de fumer. On embête les autres.

Et puis, qu’est-ce qu’ils disent ?

 

Alors, ils disent : « Interdiction de fumer dans les lieux publics ! »

Les lieux publics ? C’est quoi un lieu public ?

 

C’est où il y a les fonctionnaires.

Ouais !

 

C’est où je vais manger ma choucroute garnie.

Parce que tu crois que dans mon bureau, je ne fume pas ?

 

Ah ben, justement, on voit que tu es fonctionnaire. Il faut travailler un peu…

Excuse-moi, excuse-moi, t’aurais du feu ? T’aurais du feu ?

 

Ha ouais, allez, tiens !

Ah, mais tu ne fumes pas et puis t’as du feu ?

Excuse-moi ! Dis, mais il ne marche pas ton briquet.

 

Ben, c’est normal ! C’est un truc pour arrêter de fumer.

Quoi ? Un feu d’artifice ?

 

C’est ça ! Alors, des lieux publics, on ne doit pas fumer.

Ouais, mais dans un bistrot ?

 

Non plus !

C’est public ?

 

Mais, c’est public !

Pourquoi ? Il y a un gérant. C’est privé. C’est le gérant qui gère. Donc, c’est privé. C’est à lui.

 

Ouais.

Les gens qui décident d’y aller, ils ont décidé d’y aller, donc c’est privé.

 

Ouais, mais ça, c’est comme une gare, comme dans un train.

Ouais, mais ça, c’est privé. C’est aussi les CFF qui ont…

 

Tu vois, c’est comme dans le train qui vient d’arriver là.

Ouais !

 

Regarde voir ce train-là ! Hein !

Ouais, mais c’est privé ça. Ça n’appartient pas à toi. Ça n’appartient pas à moi.

 

Tu n’oses pas fumer non plus. Tu n’oses pas fumer non plus. C’est pour ça qu’ils ont mis des voitures électriques, maintenant, dans les trains.

Tu crois ça ?

 

Oui monsieur !

Ah bon ! Et puis dans les bureaux ?

 

Les bureaux, quoi ?

On n’ose pas fumer ?

 

On n’ose pas fumer !

Excuse-moi, excuse-moi ! Je ne peux plus là ! Je ne peux plus…

 

Mais tu commences à…

Du feu ! Du feu ! Merci… Attends, ça me fait tousser…Ouais, bon, ben voilà ! Je fume, je fume…Enfin !

C’est son choix !

 

Ben non, ce n’est pas son choix.

Mais pourquoi ?

Ben si, que c’est son choix !

 

Moi, la fumée, je la reçois. C’est mon choix de la recevoir ? Non !

Ben, t’as qu’à aller dehors !

 

Non, non ! Pas de ça ! Moi, je te dis, la seule chose que je peux supporter, c’est l’automne quand je suis sur mon tracteur, tu sais sur mon champ de 5 km, depuis Boudevilliers jusqu’à Dombresson. Et puis, il y a du brouillard.

Ouais, l’extérieur…

 

Je supporte !

L’extérieur…

 

Quoi, l’extérieur ?

Dehors de ton tracteur, c’est public. Ben, tu n’as pas le droit de fumer.

 

Pas dans mon champ ! Pas dans mon champ !

C’est un champ privé ?

 

Oui, c’est un champ privé.

Ah bon, là, on n’ose pas fumer ?

 

Alors ta cigarette, tu peux la mettre à la poubelle tout de suite, ici, et puis l’autre aussi. Parce qu’ici, on ne fume pas ! On ne fume pas au bistrot.

Je m’excuse, je m’excuse de vous interrompre, mais sur TOR, eux, ils ont résolu le problème. Ben ouais, TOR, c’est une télé pour le public et on aurait tort de s’en priver.

 

 

Texte retranscrit par François Gombàs