Théâtre Matchbox
339 : La grippe A
Par Daniel Fuchs et Fred Loewer
Salut Pierre.
Ah…
je ne te salue pas moi. T’es au courant quand même ?
De quoi ?
Mais,
tu n’es pas au courant ?
Mais si, j’ai l’électricité à la maison,
je ne vois pas…
Non
écoute. Il y a des fois des choses sérieuses avec lesquelles je n’ai pas envie
de rigoler.
Ok, ok on ne rigole pas. Mais dis-moi ce
que c’est ?
Je
ne sais pas si tu es au courant qu’il y a une grippe.
Ah ouais, ah ouais.
Elle
est même pandémique…
Mais bon d’accord, elle est pandémique.
Mais je ne vois pas le rapport avec se serrer la main ou pas ?
Eh
ben justement, il faut lire.
Quoi il faut lire ?
Les
instructions. Même dans le Sillon romand, il y en avait. Hein ?
Je n’ai pas vu les instructions dans le
Sillon romand. Tu sais très bien que je ne lis pas le Sillon romand. Je ne lis
pas, je ne lis pas. Je n’ai pas le temps de lire. Je dois écrire mes textes
pour TOR.
Je
n’ai pas envie que tu viennes tous les jours vers moi avec la main tendue. Tu
vois.
Pourtant c’est beau
C’est
beau
Bon, bon d’accord.
Si
je ne veux plus. Tu vois, ils disent qu’il faut se laver les mains souvent.
Ben, je me suis lavé les mains.
Il
faudrait autre chose. Il faut arrêter. Mais il faut arrêter. Chez nous, là on
ne fait que de se bécoter tout le temps. Tu vois quelqu’un trente secondes, tu
repars trente secondes après…
C’est normal. Les gens qui s’aiment, ils
se bécotent. On ne va quand même pas les enfermer.
Dans
des pays, tu te fais tuer si tu fais ça…
Oh la, la.
Il
faut trouver autre chose. Il faut trouver une autre solution.
Je commence déjà à tousser.
Tu
vois, t’étais en vacances ou bien ?
Ouais, j’ai fait deux semaines en
Espagne.
C’est
le moment que je t’explique.
Ah bon ?
Je
te propose qu’on trouve un autre moyen, parce que demain quand on sera à
l’apéro, au café, il ne faut pas qu’on y réfléchisse. On va perdre du temps
pour boire !
C’est moche. Si j’arrive à l’apéro
demain, au 21 à Neuchâtel et que je fais la bise au lieu de te serrer la main,
ça va faire moche. Il faut que tu trouves…
Justement,
je ne veux pas. J’ai des propositions qu’on va tester.
Ok. J’écoute.
Les
esquimaux, tu vois comment ils font…
Au chocolat.
Non,
les esquimaux dans la banquise.
Les esquimaux ?
Les
esquimaux, ceux qui sont…
Je n’en sais rien moi, comment ils font
les esquimaux ?
Avec
le nez, tu vois.
Avec le nez ?
Ils
font comme ça avec le nez, tu vois. Ce n’est pas bon non plus, parce que si tu
as le rhume, on va se mélanger les virus.
Tu nous imagines demain, arriver au
bistrot, chef deux pastis…
Ils
vont se dire, ceux-là ils ont commencé à boire avant l’ouverture. Non, non ça
on ne fait pas.
On ne fait pas.
Il
y a une autre manière comme à la cour, pas dans ma cour.
Quoi la cour ?
Versailles.
Ils faisaient la révérence.
Ah ouais, ah ouais.
Essaye
voir !
T’inventes tout ce sketch-là, toute
cette histoire pour que je te fasse une fois la révérence.
Mais
non.
Tu peux courir, ce n’est pas aujourd’hui
que je te ferai la révérence… Tu plaisantes ?
Il
faut trouver autre chose, si tu n’es pas d’accord.
Autre chose, je ne veux pas… Tu nous
vois demain…
On
peut faire comme les Indiens.
Ils font quoi les Indiens ?
Hug !
Attends. Je veux que tu voies l’effet
que ça fait.
Ouais.
Hug !
Il
faut y mettre un peu du cœur. Il faut dire Hug parce
qu’ils s’appellent peut-être tous Hugues les Indiens, mais je peux dire…euh,
euh Roger. Et toi, tu dis oh Pierre. C’est déjà plus sympathique.
Je ne vois pas le rapport avec Hugues.
On ne connaît pas de Hugues nous.
C’est
une manière de se dire bonjour.
Hug, c’est le
bruit que je fais quand j’avale ma bière de travers. Je suis désolé.
Alors,
sinon on peut faire comme les jeunes.
Comme les jeunes.
Oui
avec la main. C’est un peu long tout ça.
Ah ouais, ça c’est… on a le droit de se toucher… On fait comme ça. Non, alors on
fait quoi avec cette histoire, on se salue. On se salue oralement, c’est plus
simple.
Voilà,
on dit bonjour et puis c’est tout… C’est sérieux, il ne faut pas rigoler avec
ça ! Moi, je veux continuer sur mon tracteur encore longtemps… Et puis pour
tous ceux que ça intéresse, allez sur le site…
Pandemia.ch. On dit que
c’est une maladie que nous, on ne va pas prendre en grippe…
Texte retranscrit par Françoise Berthod