Théâtre Matchbox
340 : La chasse
Par Daniel Fuchs et Fred Loewer
Alors ça, ça fait vachement plaisir. Ça
fait deux semaines que c’est ouvert. Qu’est-ce qu’il y a Roger ?
Tu m’as fait venir jusqu’ici.
Ben dis donc. C’est normal.
Attends,
il faut que je reprenne mon souffle…
T’as aucune… hein.
Venir
jusqu’en forêt. Moi, j’habite la ville. Il faut bien que je me sorte.
Pour chasser, tu dois venir à la forêt…
Ben
moi, c’est ma sortie de l’année. Qu’est-ce que tu veux me montrer ?
Ce fusil, c’est un héritage.
C’est
son nom : Héritage ?
Non, ça c’est un héritage de ma famille.
Ça
je pense. Il n’est pas tout neuf.
On est chasseur, de père en fils.
Ah
bon ?
Tu vois dans les champs, il y a plein de
sales bêtes.
Ouais.
Je peux te le dire, elles font du dégât.
Les sangliers, tiens… Le sanglier, le blé il le couche tout.
Ah,
les sangliers.
Les sangliers, ils couchent tout.
Je
ne comprenais pas que le blé couche les sangliers. Je…
C’est l’inverse. C’est les sangliers qui
couchent…
C’est
ça. C’est comme le roseau et le chêne. C’est une même histoire.
Ouais. Simplement le maïs…
Mais
nous aussi.
Ça s’apparente plus, tu vois, au roseau
qu’au chêne. Alors, moi…
Forcément.
Je vais les guetter ceux là. Tu vois.
Quand je vois que ça remue-là, la plante. Tu sais qu’il y en a. Première bête.
T’as
déjà vu des hippopotames dans tes champs de roseaux, toi ?
Euh non.
La
preuve que ça marche ton truc.
Ils se cachent bien dis donc. Oh là.
Je
voulais dire, on tire la chasse de père en fils dans ma famille aussi.
Ah ouais.
On
tire la chasse de père en fils à chaque fois qu’on y va aux…
Ah carrément.
Oh,
on tire la chasse.
T’as un permis pour ça.
Non.
Là, il faut un permis. Ce n’est pas
comme ta chasse, c’est de la vraie chasse.
Ah
bon.
J’avais même un chien de chasse, tu
vois.
Et
qu’est-ce qu’il a fait le chien de chasse ?
Cela ne faisait pas longtemps que
j’avais le permis et il a été faire son petit besoin…
Ah
oui.
J’ai vu que ça volait comme ça et pan… Oh
Rex, oh Rex. Je l’ai eu en
plein dans la tête…
C’est
bête. Cela aurait été ta femme à la limite. Mais ton chien, c’est bête. C’est
idiot.
C’est de la chasse.
Ah
ouais…
Après, tu as les bouquetins là.
Parce
que ta femme, j’ai déjà remarqué, elle court comme un sanglier, un peu. Tu
feras attention !
Ouais peut-être. Non, mais je veux te
parler des bouquetins.
Pardon,
oui.
Les bouquetins quand ils ont faim l’hiver,
ici ils sont rudes les hivers.
Parce
que tu chasses le bouquetin aussi ?
Ah ouais. Quand ils descendent depuis Tête-de-Ran. Ils ont trop faim, ils viennent fouiller tes
poubelles.
C’est
une espèce protégée, les bouquetins.
Ouais, ma poubelle aussi, elle est
protégée avec ça, je peux te le dire ! Et puis, t’as encore les
chevreuils.
Quoi
les che…
Les chevreuils.
C’est
la même chose, un bouquetin et un chevreuil.
Ben non, parce qu’il y en a un qui a des
cornes et pas l’autre !`
Attends,
attends, pourquoi est-ce que tu me regardes quand tu dis, il a des
cornes ?
Ça je ne peux pas t’expliquer. C’est
Roger qui m’en a parlé l’autre jour. Pas toi, un autre Roger. Il m’en a parlé
au bistrot. Meilleur temps de changer de sujet, je te dis.
Parce
qu’il y a un autre Roger dans ta vie en plus.
Ouais.
Tu
m’annonces ça là comme ça.
Quand on a fini l’apéro, c’est ce
Polonais qui a été engagé par la ferme d’à côté. Tu sais celui qui ne parle pas
bien français. Il sait juste dire vodka.
C’est
les Portugais qui sont contents quand il y a un petit Polonais.
Pourquoi ?
Parce
qu’il y a un petit Polonais.
Ah ouais.
Oh
la, la. Tu as de la peine aujourd’hui. Alors, tire la chasse…
Attends, justement, tu sais comment je
chasse le lapin, moi ? Il y en a tout plein là. C’est mieux, parce que tu
vois, ils sautent… Chaque fois, tu vois un lapin sauter…
T’es
un barjot, tu tires sur les lapins.
Ben ouais, c’est bien.
T’es
au courant que les lapins, c’est quelque chose de mignon, tout gentil et tout.
C’est bon surtout.
T’as
déjà vu un lapin de tout près ?
En tout cas, il a vu mon fusil de près.
Je peux te le dire. Tu sais comment on chasse un lapin ? Avec la carotte… Pan,
il saute, tu le tues. C’est dingue la chasse. Je commence à devenir fébrile là.
Mais
c’est immonde. C’est immonde. Mais t’as jamais vu un lapin de près. C’est
tellement mignon, tu ne peux pas tirer dessus… Je vais te montrer ce que c’est
qu’un lapin.
Je prépare une dernière fois mon fusil…
le premier qui vient, il aura à faire à moi.
Ben
voilà. Non, c’est moi…. T’es malade…
Texte retranscrit par Françoise Berthod