Monsieur Julien Pisenti : Entre ciel et terre
Entre ciel et terre, c’est le thème de l’exposition qui se déroule actuellement au sein de la galerie Quint-Essences, qui se trouve comme chacun le sait, en dessus de notre rédaction à la Gare de Bevaix. À mes côtés, Julien Pisenti. Bonjour Julien.
Bonjour Jean-Pierre.
Vous avez vingt-cinq ans. Vous habitez La Béroche. Vous travaillez à la rédaction de Télé Objectif Réussir comme cadreur, comme monteur et vous avez une passion qui est la photographie.
Oui alors, tout à fait.
Depuis quand ?
La photographie, cela m’est venu depuis que je suis rentré d’un voyage en Amérique du Sud où j’ai vu tellement de choses magnifiques que je n’arrivais pas à tout ramener dans mes valises que j’ai été obligé de me retourner du côté de la photo.
C’est pour cela qu’en revenant par ici, j’ai continué à prendre des photos par ici et cela a commencé à me passionner comme cela, en fait.
D’après ce que l’on peut voir en visitant cette exposition, vous n’êtes pas tout à fait un photographe conventionnel. Ce n’est pas des paysages, ce n’est pas des portraits ou si alors, c’est des portraits, c’est des portraits d’individus bien particuliers.
D’individus bien particuliers, oui. Car moi, je m’intéresse tout particulièrement aux insectes et c’est ce que l’on trouvera beaucoup dans mon exposition, parce que c’est vraiment ce que j’aime. J’aime courir après les petites bêtes en me promenant et tout, mais il y aura aussi des photos de paysage quand même. Mais cela sera surtout des insectes.
C’est probablement ce qu’il y a de plus difficile à photographier, non ?
Disons que ce n’est pas facile, parce qu’il faut pas mal de matériel. Il faut de la patience parce qu’on ne trouve jamais vraiment ce que l’on veut du premier coup. Il faut beaucoup se promener, beaucoup de temps. Justement la patience, ce n’est pas vraiment l’une de mes qualités, donc cela m’exerce.
Vous faites des photos comme cela à l’improviste de tous les insectes que vous rencontrez ou bien vous faites également des recherches sur eux pour savoir si c’est des mâles ou des femelles, etc.
Le but, c’est de me faire une petite classification des insectes qu’on peut trouver dans la région et pourquoi pas, un jour, pouvoir illustrer dans un livre mes photos. Je fais toujours des recherches autour de l’insecte que je photographie. Je ne pars jamais… tiens je vais aller photographier tel ou tel insecte, tel ou tel truc. Tout le temps, c’est suivant la balade. Je me promène, je sais que je vais trouver tel ou tel truc-là et tel ou tel truc-là. Donc, si je veux un peu cela, je vais aller là ou là. Ce n’est jamais vraiment prévu avant ce que je vais photographier.
Qu’est-ce qui vous passionne le plus, vous excite le plus ? La bonne photo bien réussie où l’on voit tous les détails de l’insecte ou l’insecte ou tout en même temps ?
Moi, ce que j’aime faire apparaître, c’est vraiment l’insecte en général. L’insecte que tout le monde pourrait voir, mais à qui on ne fait pas forcément attention. C’est surtout pour montrer aux gens que ce ne sont pas des bêtes si répugnantes que cela, qu’on peut tout à fait les approcher et que c’est propre !
Cela, c’est ce que l’on remarque quand on regarde ces photos. Elles sont en même temps impressionnantes parce qu’on voit… On a l’impression qu’ils ont de grandes gueules, des grandes pinces et ils sont surtout beaux.
C’est surtout beau et il faut se dire que si les insectes avaient notre taille, ils feraient la même chose avec nous, un coup de savate dans la tronche…
Donc quand vous voyez un insecte, vous faites attention de ne jamais lui marcher dessus.
Je ne lui marche jamais dessus et j’ai eu pas mal de problèmes quand je travaillais sur le chantier, parce que je ne balayais jamais. Je laissais les chemins de fourmis et tout… C’est impossible de faire du mal aux insectes.
Ce n’est pas seulement une passion pour la photographie, il y a là une véritable obsession, passion pour ces petites bêtes.
J’adore ces petites bêtes et en même temps que je me permets de photographier ces petites bêtes, je photographie plus de choses, par exemple le ciel, des trucs comme cela. J’aime bien jouer avec les contre-jours, j’aime bien prendre des sujets assez spéciaux. Mais quand même que cela reste dans la réalité avec des vraies lumières, avec des couleurs.
Vous avez déjà essayé de comprendre pourquoi, comment ? Pourquoi cette passion plutôt pour les insectes que des visages d’êtres humains, sans vouloir rentrer dans une psychanalyse ?
Disons, je ne veux quand même pas dire que je préfère les insectes à l’Homme. Mais je trouve cela passionnant parce que rien que leur morphologie, tout ce qu’ils peuvent faire, tout ce que nous on ne peut pas faire, toute l’évolution que ça suit. La vitesse où cela évolue. Cela va beaucoup plus vite que chez l’homme. Il y a beaucoup plus de choses diverses à voir qu’un visage d’être humain.
Vous comparez photographier un être humain ou photographier un insecte ?
Oui. Moi, je préfère déjà photographier l’insecte parce que ce n’est pas l’insecte qui va venir vérifier ma photo et venir dire sur ma photo : « Tiens, j’ai cette tronche, cela ne va pas ». C’est beaucoup moins pénible que l’Homme.
Parce qu’ils ne peuvent pas parler ?
Oui aussi.
C’est un peu facile. Il y a beaucoup de spécialistes photographes d’insectes, photographes animaliers ou c’est plutôt… ?
Moi, je n’en connais pas personnellement, mais je sais qu’il y a beaucoup de gens qui font cela en tant qu’amateur, entomologie, macrographie. Autrement non, je n’ai pas vraiment mon grand gourou vers qui je me tourne à chaque photo. Je vais vraiment au petit bonheur la chance.
Donc ce que l’on peut voir actuellement à la galerie Quint-Essences, c’est assez rare finalement ?
Ce que l’on va trouver dans la galerie, vu que ce sera ma première exposition, je vais mettre vraiment plusieurs sujets, plusieurs trucs autant des ciels que des paysages, des insectes. Je vais mettre plusieurs trucs de la macrographie, des fleurs, parce que je me cherche encore. Je ne me suis pas encore vraiment dit que je vais me lancer que dans les insectes parce qu’il y a tellement de jolies choses que je ne peux pas vraiment dire : « Tiens, je vais faire cela ».
Actuellement avec l’informatique, le numérique, il y a possibilité de travailler ces photos assez facilement, voire même tricher ou faire des montages. Comment vous comportez-vous avec le numérique ?
Alors avec le numérique évidemment, c’est très facile de « bidouiller » une photo. Mais moi, j’essaie vraiment de la laisser avec le cadrage et tout pour montrer le travail de photographie, du cadrage et tout. J’évite le plus possible de retoucher mes photos. Je les laisse le plus naturel possible.
Et quels conseils donneriez-vous à un jeune qui aimerait se lancer dans ce genre de photographies ?
Alors ce que je donne comme conseils, c’est de bien nettoyer son matériel pour éviter de grosses surprises pendant le visionnage des photos sur l’ordinateur. C’est tout ce que je pourrais donner parce que je ne suis pas un assez grand connaisseur pour donner plus de conseils. C’est de bien nettoyer son matériel.
Parce que c’est de la macro et qu’évidemment tout est agrandi ?
C’est de la macro, c’est assez agrandi. Donc, la petite tache qui sera comme cela sur l’appareil, sur la photo elle va ressortir comme cela. Cela gâche beaucoup de trucs. J’ai déjà eu beaucoup de mauvaises surprises avec cela.
Avez-vous un rêve secret qui est en rapport avec cette passion pour les insectes ?
Cela serait, pourquoi pas, un jour de faire un livre illustré de tout ce que l’on pourrait trouver comme insecte dans la région et pourquoi pas, sachant qu’il y a tant d’espèces qui disparaissent et tant d’espèces qui réapparaissent chaque année, ce serait pour pouvoir voir ce qu’il y avait avant quand je faisais de la photo et de garder mes insectes comme cela pour savoir ce que je pourrais encore retrouver.
Cela, c’est votre rêve le plus cher ?
Ce serait l’un de mes rêves le plus cher, oui.
Interview réalisée par Jean-Pierre Lambert
Texte retranscrit par Françoise Berthod