Monsieur Patrick Perret : Entre ciel et terre
J’aime beaucoup les paysages urbains. Je trouve que les immeubles, il y a des perspectives très intéressantes à faire et j’ai toujours aimé la ville et les bâtiments. Je trouve que cela peut paraître laid à certaines personnes, mais on peut trouver de la beauté dans tout, surtout dans la perspective, dans les angles, dans les prises de vue, prises d’en bas, comme cela j’aime beaucoup et il y a une notion d’abstrait. On ne voit pas, comme sur cette photo, on ne voit pas le bâtiment lui-même. On ne sait pas vraiment ce que c’est et cela laisse courir l’imaginaire des gens qui la regardent.
On dit généralement que les anciens bâtiments sont beaux, les vieilles églises, les vieilles cathédrales et l’on dit que l’art moderne, les maisons modernes sont moches. Tu as voulu prouver que cela n’est pas vrai ?
Oui, parce que c’est une question de goût. Il y a des bâtiments modernes qui sont très beaux et je trouve qu’il y a des vieux bâtiments qui sont très moches. Je trouve aussi que c’est une question de goût. Je trouve les immeubles très modernes avec leur verre, leur miroir, cela donne des couleurs intéressantes. On les photographie un peu par tous les temps, comme la tour de l’OFS par exemple, où j’ai fait plusieurs photos comme celle-ci par exemple. Elle change suivant le temps. Si le temps est gris, elle va devenir grise. Si le temps est nuageux avec un ciel bleu, elle va aussi faire un effet miroir. Donc, je trouve que c’est vraiment intéressant au niveau de la perspective. Je pense de tout façon que tout ce qui est nouveau, ça fait peur. Je pense que les architectes des anciens bâtiments, ils ont dû aussi avoir leurs lots de critiques et de personnes qui n’aimaient pas leur travail et les siècles en ont fait des génies peut-être. Celui qui a construit la tour de l’OFS, si la tour est encore là dans deux ou trois siècles, peut-être que les futures générations diront que c’était génial. Donc, je pense que c’est une question de goût et aussi d’ouverture d’esprit.
Maintenant, quand tu vas chercher et que tu cherches les belles choses, les belles perspectives dans un bâtiment comme cela, comment fais-tu pour les trouver ?
En fait, je me promène et je regarde. Si, il y a un angle qui me plaît, je dégaine mon appareil photo et je photographie. En fait, c’est un petit peu au hasard des choses. Le départ de mon travail, c’était plutôt hasardeux, maintenant plus je photographie, plus j’ai des idées de perspectives. Mais au départ, c’était vraiment : « Ah ! Cela c’est joli, je le photographie » et après cela m’a donné plusieurs idées. Mais c’est vrai que ces perspectives, comme cette photo surtout, qui va vers le ciel, cela me fait penser un petit peu aussi à l’orgueil des êtres humains qui veulent construire les tours de plus en plus hautes et qui veulent atteindre les cieux avec leurs tours. C’est pour cela que je mets aussi un peu des images de la nature qui lutte pour dire, voilà quand il n’y aura plus l’homme sur terre, parce qu’il pollue tellement, il y a tellement de manque d’air, tellement de choses, mais la nature, elle, elle sera toujours là. Même maintenant, elle lutte, elle lutte, mais elle est toujours là. Il n’y a qu’à voir par exemple, une terrasse dans un bâtiment avec des gros carrés de béton, il y a toujours de l’herbe qui arrive à repousser dessous. C’est l’homme qui se croit très puissant, très malin, mais en fait quand il y a la canicule, il y a des morts, tout le monde panique quand il y a un tsunami, ce qui prouve quelque part que l’homme par rapport à la nature, c’est un peu une fourmi.
N’y a-t-il pas aussi une recherche philosophique, une approche philosophique ?
Mon approche philosophique, entre parenthèses, c’est qu’on veut toujours montrer les choses telles qu’elles sont. On vit dans un univers qui est tellement carré, tellement formaté où il y a tellement de règles. J’avais envie un peu de sortir de ces règles, c’est dans le genre : « Voilà, je photographie cette tour, mais j’aimerais bien qu’elle soit en vert ou en orange ou j’aimerais bien qu’il y ait un soleil avec des halos, alors qu’il n’y en a pas. En fait, c’est déformé la réalité pour créer l’imaginaire, parce que je trouve qu’on vit dans une société qui malheureusement fait très peu dans l’imaginaire. Il y a un écrivain que j’aime bien, qui disait : « La vie n’est pas faite pour l’art, c’est tout le contraire », et je pense que c’est totalement vrai. Je ne sais pas si sortir d’un certain cadre fait peur à certaines personnes, mais c’est vrai qu’on est tellement formaté à l’heure actuelle que je pense qu’il faut pousser les gens à réfléchir, à devenir créatif et à regarder les choses autrement. Je pense que c’est important.
Le message principal que tu aimerais faire passer à ceux qui viennent visiter l’exposition et regarder tes photos, quel message veux-tu transmettre ?
C’est d’avoir un autre regard sur les choses déjà premièrement. Dans deux, trois photos, j’ai montré un peu la nature comme ces feuilles avec les barbelés ou le morceau tout rouillé avec les feuilles qui poussent. C’est aussi qu’il y a la nature et l’homme devient tellement orgueilleux, s’est tellement éloigné de la nature qu’il ne la comprend plus, mais elle est toujours là. Il faut y penser et peut-être, que quand nous, on ne sera plus là en se croyant très intelligent mais la nature elle, elle sera toujours là. Les animaux par exemple sont assez intelligents, en cas de famine, de ne pas se reproduire, tandis que nous, on est tout le contraire. Quand il y a la famine, les gens font de plus en plus de gosses. Je pense qu’on a perdu un équilibre et c’est vraiment un danger. Je pense que les choses doivent évoluer. Je pense quand même que certaines personnes en prennent conscience petit à petit.
C’est un peu le rôle des artistes, selon toi, de faire remarquer cela à la société ?
Je pense qu’il soit peintre, musicien, sculpteur, c’est toujours donner un message, par exemple, Jules Verne. Je trouve que c’est un cas assez hallucinant, parce qu’il parlait du voyage sur la lune des années avant que l’homme sache que l’on pouvait marcher sur la lune, parce que pour la plupart des gens, ce n’était qu’un petit point comme cela. Lui, il a eu cette vision et après, c’est les scientifiques qui sont arrivés, qui ont commencé à calculer les choses et qui sont allés sur la lune. L’artiste, c’est peut-être celui qui a la vision avant l’idée, qui est assez ouvert pour penser à des choses différentes.
Interview réalisée par Jean-Pierre Lambert
Texte retranscrit par Françoise Berthod