Valérie Auberson : Rêves et Lumières

 

Anaïs Laurent

Bonjour tout le monde.

C’est avec un immense plaisir que je vous accueille aujourd’hui à la galerie Quint-Essences pour vous présenter une artiste, et j’en suis absolument sûre, que vous allez adorer. C’est une femme qui nous vient de France, qui était à l’origine Suissesse, et qui nous revient pour montrer les œuvres qu’elle a faites. Cela fait maintenant une dizaine d’années, je pense, qu’elle travaille fortement sa peinture à l’huile. Pour la plupart, ce sont des huiles avec des fleurs comme sujets et ces fleurs expriment tout le côté émotionnel, sensuel, intérieur comme extérieur de ce monde. Comme elle m’expliquait l’autre jour, le vide du mur est transpercé finalement par ces couleurs, ces lumières qu’elle nous apporte et nous permet de vivre quelque chose de beaucoup plus intense à travers ces fleurs que simplement de voir une fleur comme cela, sur un mur. C’est très fort ce qu’elle fait.

Je vous dis encore une fois bienvenu et merci d’être venus rencontrer Valérie Auberson.

 

Valérie Auberson

Je ne suis pas venue à la peinture, c’est elle qui a décidé de me choisir quand j’étais enfant. J’ai toujours dessiné et, d’ailleurs, c’était la seule et unique façon pour moi de pouvoir me protéger un petit peu des autres, parce que j’étais extrêmement timide et j’avais beaucoup de mal à parler avec les gens sans avoir peur, tout simplement.

Donc, mon ouverture au monde était faite par l’intermédiaire de la création. Alors que ce soit de la création… Là pour l’instant, ce sont des fleurs, mais cela n’a pas toujours été les fleurs. C’est vrai, quand j’étais plus jeune, c’était des choses beaucoup plus dures, beaucoup plus sombres, beaucoup plus anguleuses et c’était peut-être aussi le reflet d’une énergie qui n’était pas forcément positive. Ou elle était positive et elle était en train de se construire, l’on va dire.

 

Donc, en fait, un peu comme un musicien va à la musique, mais ce n’est pas lui qui va, c’est la musique qui le choisit. Voilà, je suis venue à l’art entre guillemets, comme cela. Au départ, je faisais plus de dessins et je suis arrivée à la peinture à l’huile il y a très peu de temps, il y a quatre ou cinq ans.

 

Je suis véritablement revenue - parce que je l’avais un petit peu délaissée - et cela m’est apparu absolument indispensable de revenir à la peinture parce que c’était mon seul et unique moyen d’expression avec lequel je pouvais véritablement être moi. Cela me fait vivre mieux par rapport aux changements qui peuvent intervenir, qui interviennent dans une vie. Et puis Dieu sait ce qu’il y en a énormément en ce moment pour moi. Donc, c’est une façon d’exprimer ce que l’on ressent, sa colère, sa joie, sa tristesse.

En fait, quand on ne trouve pas les mots, on trouve la peinture, on trouve les matières, on trouve les couleurs et c’est cela qui permet d’exprimer l’intérieur de soi. Enfin, c’est la façon dont moi je le conçois, dont je le vis en quelque sorte. C’est pour cela que sur certains tableaux, les fleurs sont à l’envers. C’est une façon de dire aux autres : cette fois, c’est assez… je m’en vais, au revoir ! Mon expression, elle est comme cela, c’est par rapport à des événements, c’est par rapport à un environnement, à des choses qui me sont propres. Par rapport à mon histoire aussi qui est plus ou moins bien vécue. Et puis, c’est un exécutoire quelque part. C’est ma façon d’exister maintenant.

 

L’artiste, elle, vit de deux façons. Elle vit avec son art, mais elle ne peut pas vivre sans les autres non plus. Et au départ - ce que je voulais dire tout à l’heure et cela ne m’est pas venu à l’esprit tout de suite - ces peintures étaient faites parce que j’avais le besoin d’exprimer quelque chose car je ne trouvais pas mon compte dans ce qui existait déjà. Dieu sait si il y a une multitude d’artistes, de possibilités, mais cela ne me correspondait pas. J’ai commencé à peindre aussi à ce moment-là. Et je pensais que cela n’allait jamais sortir de mon salon. Et en fait, encore une fois, ce n’est pas moi qui ai choisi de venir exposer dans une galerie, de montrer mes peintures, ce sont les autres qui sont venus me chercher, qui m’ont tirée, hissée dehors pour montrer un petit peu. Parce que montrer soi, c’est toujours difficile finalement. C’est extrêmement difficile de parler de soi, de s’exposer. S’exposer, voilà le mot juste, parce que c’est comme enlever ses vêtements. Tout le monde n’est pas capable de se mettre tout nu dans la rue devant tout le monde. L’art, c’est aussi cela et donc, du fait que ce sont les autres qui sont venus, les autres avec un A majuscule qui sont venus me chercher quelque part, qui m’ont tirée dehors, cela a été difficile. Il y en a qui vont en convenir.

 

Aujourd’hui, Anaïs est venue me chercher aussi. Elle m’a choisie et mon exposition est à la galerie Quint-Essences et c’est une expérience magique, magnifique. C’est totalement nouveau, ce n’est que du bonheur parce que justement rien de tout cela n’était calculé au départ et qu’il y a la peinture et les autres.

Alors, maintenant la porte s’est ouverte. On a trouvé toutes les clefs. C’est quand même une très bonne idée. Et puis, il y a plein de choses qui vont se mettre en route, mais encore une fois, je n’ai rien. C’est la vie, c’est l’extérieur qui choisit pour moi. Moi, je ne vis que du bonheur pour l’instant.

 

Ce n’est pas moi qui choisis en fait, c’est la vie qui va choisir. C’est le cheminement des connaissances, c’est une femme extraordinaire qui vient vous chercher et tout s’imbrique comme cela. C’est cela le futur. En fait, ce n’est pas vous qui à un moment donné dites : « J’ai décidé d’exposer là, de faire ceci. » Non, ce n’est pas comme cela que ça fonctionne parce qu’on est dans la subjectivité. On peut dire des choses comme cela quand on est un scientifique, etc. Là, c’est possible d’établir des choses bien précises, mais l’art est tellement aléatoire, c’est tellement subjectif, cela fait tellement partie d’un autre monde que quand vous entrez dans ce monde-là, tout devient différent et toutes vos références explosent. Donc vous, vous ne choisissez plus rien du tout et c’est encore une fois l’art qui vous choisit. Vous acceptez ou vous ne l’acceptez pas, mais en général même si vous n’acceptez pas, vous n’avez pas le choix. Les choses se font d’elles-mêmes. L’avenir, c’est un point d’interrogation ?

 

 

Texte retranscrit par Françoise Berthod