Wilo alias Julien Elzingre

 

 

Anaïs Laurent

Bonjour. Merci d’être venu. Vous êtes ici à la galerie Quint-Essences.

Nous avons un vernissage le 2 juin avec deux artistes, dont un qui s’appelle Wilo. On l’a sorti du béton pour venir dans une ambiance un peu feutrée dans la galerie, avec des images de personnages. Des images qu’il a trouvées de gens de toutes sortes et qui sont faites de traits très rapides, simples, mais clairs.

Il trouve la personnalité de la personne très très rapidement.

 

J’aimerais vous inviter à venir le voir ici à la galerie parce que c’est exceptionnel de trouver un artiste de rues qui fait des choses aussi personnelles et aussi développées. Merci beaucoup d’être venu.

 

 

Moi, c’est Julien Elzingre. Mon nom d’artiste c’est Wilo. Je me suis inspiré en fait d’un film qui s’appelle tout simplement « Wilo ». C’est l’histoire d’un apprenti magicien qui est, c’est un petit nain en fait et moi je suis de petite taille, j’ai vingt-quatre ans. Voilà, c’est un nom qui m’a plu directement et je l’ai pris. Ce n’est pas que l’on me l’a donné, je l’ai pris.

 

Comment est venue votre passion pour le dessin ?

J’ai toujours eu de la chance d’avoir un crayon et du papier dès mon plus jeune âge. J’ai toujours dessiné, j’ai toujours aimé cela et j’ai développé au fur et à mesure.

 

On retrouve beaucoup de personnages assez fermés dans vos œuvres, pourquoi ?

Quand je dessine, ça c’est des tableaux faits très rapidement, très spontanés. C’est plutôt des dessins sensuels, ce n’est pas réfléchi du tout. Ce n’est pas mon cerveau qui les fait, c’est vraiment mes sens. Je me laisse complètement aller et voilà c’est des résultats comme cela. C’est… je ne sais pas… des moments. Et je ne fais pas que cela non plus. C’est un style parmi plusieurs.

 

Quand vous peignez, quand vous dessinez, c’est dans des moments de bonheur, de tristesse ou c’est n’importe quand ?

En fait, je ne me rappelle même plus quand je les ai dessinés. Comme je vous l’ai dit, ce n’est pas mon cerveau qui fait que je dessine, c’est mes sens. Je n’arrive même pas à l’exprimer, à l’expliquer. Je ne me rappelle même plus les sentiments que j’avais vraiment. C’est vrai que l’on passe tous par de la tristesse, par des moments joyeux et voilà. Après, il y a cela qui ressort. Je n’arrive même pas à vous expliquer pourquoi j’ai ce style, c’est très compliqué. C’est un peu comme de l’écriture automatique et voilà, cela donne cela.

 

Mais vous êtes quand même de la génération hip-hop ?

Voilà justement, on parlait de cela. C’est plutôt le côté dessin, car moi, j’ai quand même fait le Lycée artistique de Neuchâtel, l’Académie de Meuron, qui m’a appris un peu des bases académiques et j’ai toujours été - même avant de faire cette école - attiré par les graffitis. J’en faisais, j’en faisais et ce n’est pas ce qui est le plus accepté dans ce genre d’école, c’est plutôt mal vu !

J’ai toujours travaillé après le graffiti à côté, c’est pourquoi je disais que j’ai plusieurs styles. Ce côté spontané et tout et après le côté graffiti, qui est peut-être un côté plus réfléchi. On recherche quand même une sorte d’harmonie dans les lettres, vraiment une forme. C’est compliqué à exprimer.

 

Le mouvement hip-hop est un mouvement plutôt contestataire ?

Je ne sais pas où on en est. C’est tellement complexe qu’après, on ne peut même plus prendre position. C’est paradoxe, c’est dur, c’est compliqué. Après on parle de la société, on pourrait en parler, refaire le monde comme on le fait avec mes amis le week-end quand on se retrouve autour d’une table. On peut en parler des heures.

 

Si vous n’aviez pas le dessin, si vous n’aviez pas la peinture, vous seriez un homme très malheureux ?

Encore plus. Oui, je pense. J’aurais autre chose, je pense. Je ne sais pas.

 

Cela prend quel pourcentage dans votre vie cela ?

C’est cent pour cent. Pour l’instant, je ne fais que cela. Je ne gagne pas beaucoup d’argent avec cela, mais dans ma tête c’est cent pour cent. C’est tout le temps, chaque chose que je regarde est associée à un dessin, à une peinture.

 

Vous pensez dessin, vous pensez peinture tous les jours ?

Tous les jours en permanence. De toute façon, en gros, c’est l’une des seules choses que je sais faire aussi.

 

Vous aimeriez en faire un métier ?

Justement, maintenant j’en suis à une période où je suis en train de me dire que ce ne sera sûrement pas possible. Voilà, on a toujours de l’espoir quand même.

 

Pourquoi pas possible d’en faire votre métier ?

C’est en voyant les gens autour de moi. J’ai deux expos en cours et là, il n’y a aucun tableau de vendu. Cela montre qu’il n’y a pas beaucoup d’intérêt. Il y a toujours les amis qui sont là : « Ah c’est joli, ce que tu fais… ».

 

Vous ne pouvez pas échapper, finalement, à notre système économique ?

Non, on ne peut pas.

 

Comment vivre de la peinture sans vendre de la peinture ?

On vit de toute façon. On vit en Suisse, on ne va pas me laisser mourir, cela j’en suis persuadé. De toute façon, il faudra peut-être que je trouve un travail à côté. Franchement, moi je ne réfléchis même pas à l’avenir, je n’ai pas envie.

 

Vous êtes un homme qui vivez très au présent. Comment est vu, comment sont reçues vos peintures ?

Cela dépend, car il y a plusieurs styles différents. Il y a le graffiti et dans le graffiti, il y a aussi plusieurs styles. Il y a « la trois dimensions », les flops, il y a des études de lettres en à-plat, et après la lettre on peut la faire compliquée, simple. Il n’y a pas de limite.

 

Les gens qui viennent à vos expositions, est-ce que c’est des jeunes, des vieux, quel genre de commentaires vous avez ?

Oh c’est joli, c’est bien ce que tu fais, voilà. Il y a de tout en fait. Je veux dire que les personnes qui sont venues aux expositions, c’est déjà des personnes que je connais et tout et je m’en fous de ce qu’elles pensent de ce que je fais. D’ailleurs les gens peuvent penser ce qu’ils veulent - justement c’est un peu le but - je ne leur impose rien du tout. Ils sont libres devant les tableaux.

 

Cela ne vous intéresse pas, cela vous intéresse un peu… Vous ne voulez pas l’avouer ?

Je ne sais pas.

 

Ce que pensent les gens de vos tableaux ?

C’est clair que l’on est toujours content quand on dit que cela plaît. Cela nous fait plaisir, c’est clair. Mais après, je ne dessine pas pour faire plaisir.

 

Vous n’aimeriez pas devenir un artiste connu, très connu ?

C’est vrai que j’aimerais bien pouvoir en vivre. Cela ferait un poids en moins dans la vie pour payer les factures, pour ne pas être aux poursuites tout le temps, avoir des factures en retard. C’est vrai. Moi, je n’arriverais pas à travailler dans une usine et tout…

 

Vos rêves, vous en avez quand même ?

Il y a tellement de choses qui seraient bien à faire dans ce monde. Je vais vous donner un exemple. Rien qu’avoir une maison, un atelier, pouvoir peindre et voyager, découvrir des gens, tout simplement.

 

Cela c’est votre projet ?

Je n’aimerais pas avoir une maison, un truc comme cela en devant faire, en allant travailler à l’usine ou je ne sais pas quoi, ou à la Migros. C’est exclu.

 

 

Interview réalisée par Jean-Pierre Lambert

Texte retranscrit par Françoise Berthod