« Quoi de 9 ? » 042 : du 23 au 29 octobre 2006

 

 

Merci Mesdames et Messieurs d’être toujours plus fidèles à nos émissions. Sur le plateau de « Quoi de 9 ? » aujourd’hui pour m’aider à présenter les émissions de la semaine, Alain Sunier, salut Alain.

Bonjour Jean-Pierre.

 

On a une semaine assez particulière, parce qu’on a eu la chance d’avoir eu la visite de M. le conseiller d’État, Roland Debély.

Notre patron.

 

Finalement. Il est notamment patron des affaires sociales. Donc, il est venu, on l’a interrogé. C’est Philippe Rollier qui lui a posé plein de questions sur son job de conseiller d’État et aussi sur les problèmes du canton de Neuchâtel, sur les jeunes, etc.

Enfin, on pourrait regarder tranquillement cet entretien.

Tranquillement, je l’espère.

 

Et après, on revient sur les problèmes qu’il y a dans le canton dans le Département des affaires sociales.

Exact.

 

Très bien et à dans quelques minutes.

 

 

Voilà on se retrouve après avoir écouté attentivement M. Roland Debély. Je ne sais pas ce que tu as retenu de tout ce qu’il a dit. Moi, il y a deux chiffres qui en tous cas m’ont impressionné, c’est le budget de l’aide sociale qui a triplé en dix ans.

Effectivement, on a passé de vingt à soixante millions de francs en dix ans. Mais il s’agit de ne pas oublier que par rapport au budget global santé et aide sociale, ça correspond quand même à 12% de la dépense globale. Donc finalement, l’aide sociale c’est une vague parmi la tempête de l’océan social et santé. M. Debély a l’intention de racler les fonds de tiroir. Il est clair qu’au niveau social, ça augmenté. Du coup, il a décidé qu’il ferait quatorze millions d’économies au niveau santé, ce qui a suscité des réactions absolument virulentes de la part des établissements sociaux neuchâtelois dans le sens où il n’y a aucun détail. C’est un chiffre qui est avancé comme cela, au hasard et il y a eu notamment le docteur Porchet, Pierre-Alain Porchet, dans le bulletin du Drop-In de septembre qui stigmatise en fait le phénomène de la paupérisation, c’est-à-dire qui… Il tire un peu des plans sur la comète, mais qui dit paupérisation dit risque d’addiction ou assuétude, puisque tel est le mot français, addiction étant anglais. C’est-à-dire que des gens paupérisés risquent tout d’un coup de tomber dans le piège de la drogue, de l’alcool et on sait pertinemment qu’au nom de l’économie sur une année ou deux ans que le Conseil d’État propose, on risque d’avoir en revanche des coups par rapport à la santé, par rapport au fait qu’il faut réintégrer des gens qui sont sortis de la société ou du cheminement dit normal, cela va coûter nettement plus cher que les économies faites, je dirais ponctuellement ou momentanément.

 

Ils ont aussi eu des vives réactions il n’y a pas longtemps, puisque le Conseil d’État a demandé aux institutions de travailler plus en ambulatoire.

Exact. Dans la mesure du possible, visite chez et non pas… ça implique finalement un suivi qui est nettement moins dense, qui est nettement moins efficace pour la personne qui connaît des problèmes.

 

Et c’est un peu le même problème avec le Drop-In où il essaie de faire des économies. D’autres personnes ont été touchées aussi par ces fameuses économies. Déjà toutes les personnes qui sont à l’aide sociale.

La grande excuse, enfin la grande excuse, ne soyons pas méchants, mais je dois dire que je suis assez remonté personnellement face à ce qui s’est décidé, c’est que le niveau national, le canton de Neuchâtel par rapport aux gens qui étaient à l’aide sociale était cent francs au-dessus du niveau décrété par la Confédération au niveau national. Donc, ils se sont permis de retirer cent francs sur une somme de 1'052.- francs, donc on arrive à 952.- francs, ce qui correspond, j’ai regardé en gros, à environ 9,5 % de la somme globale allouée aux gens qui sont aux sociaux.

Comparativement à ce que l’on demande aux patrons dans le nouveau plan qui, d’ailleurs, doit être accepté par le Grand conseil, c’est moins d’un pour cent sur la masse salariale. On prend l’exemple de Dixi : évidemment, M. Castella a réagi vivement. Dixi qui occupe un peu près cinq cents ouvriers, ça correspond à soixante mille francs par année. On enlève 9,5% à des gens qui sont déjà, je dirais, à la limite financière, mais ça râle d’un autre côté parce qu’on demande moins d’un pour cent pour aider justement à la réinsertion, notamment des moins de trente ans.

 

Exactement. Cette taxe qu’ils ont envie d’instaurer au niveau des entreprises, c’est en effet pour constituer un fonds pour ensuite pouvoir mettre le paquet pour aider les moins de trente ans à trouver du boulot.

Cette décision est le résultat d’une étude plus ou moins approfondie. On a constaté de plus en plus que des gens qui sont aux sociaux sont sans formation professionnelle ou ont interrompu leur formation professionnelle. C’est des gens fortement endettés la plupart du temps. L’idée est la suivante : c’est d’abord de travailler en amont, c’est-à-dire de faire un repérage au niveau scolaire pour prévenir quelque part ces dérapages, si on peut appeler cela des dérapages et dans un deuxième temps, c’est de replacer les gens, de les réintroduire dans le monde du travail, dans une vie régulière. Ils espèrent, Bernard Soguel le souligne et le soutient, ils espèrent pouvoir recycler, je n’aime pas trop le mot recycler, on a à faire à des êtres humains, recycler trois cents personnes.

 

Cela je trouve que l’idée n’est pas mal.

L’idée est bonne pour autant que les gens jouent le jeu. J’ai été très frappé, puisque j’ai interrogé un petit patron qui forme régulièrement des apprentis dans le domaine de la mécanique automobile. Il n’était même pas au courant des décisions, des propositions faites par le Conseil d’État. Donc à la limite, j’ai l’impression que pas mal de gens directement concernés au niveau des patrons ne savent même pas ce qui se trame, on ne va pas dire derrière leur dos, vu qu’il y a eu une conférence de presse.

 

Absolument. Moi, ce qui m’a choqué dans cette histoire, c’est que quand le conseil dÉtat a demandé à toutes les personnes qui sont à l’aide sociale de se serrer la ceinture, alors qu’ils vivent déjà à la limite, il n’y a pas eu de grandes réactions. Il n’y a en tout cas eu aucun parti politique à Neuchâtel qui s’est vraiment mobilisé pour attaquer cette décision.

Politiquement, il y aurait eu un conflit d’intérêt dans le sens que c’est quand même Jean Studer, qui est socialiste, qui a lancé cette affaire. Donc les socialistes, cela aurait été malvenu de leur part à commencer à manifester contre leur représentant. Deuxièmement, je pense qu’au niveau des gens qui sont à l’aide sociale, d’abord il y a une espèce de réflexe de tirer la couverture à soi. Etant dans la limite minimale, on aurait plutôt tendance à tirer la couverture qu’à être solidaire. Au niveau des gens qui sont aux sociaux, il y a une modeste réaction, mais pas grande chose, donc c’est vrai que cela a passé quasiment comme une lettre à la poste.

 

Espérons maintenant que les partis bourgeois ne mettent pas les pieds contre le mur et ne fassent pas opposition à cette petite taxe qui sera prélevée aux entreprises.

On en a eu un aperçu avec le porte-parole du parti libéral qui s’insurgeait contre le fait qu’on charge une fois de plus les patrons au lieu d’optimiser la situation et de leur donner la possibilité de développer leur entreprise. Par exemple, les libéraux sont déjà contre.

 

Parce que ce n’est pas eux qui ont eu l’idée probablement.

Il est clair que si la droite doit accepter l’idée de la gauche, c’est un petit peu comme un os à moelle qui passe mal dans l’estomac.

 

Que peut-on…

Une image.

 

Elle clôture bien le sujet. Extra. De toutes façon, on va suivre puisque cela va passer au Grand Conseil. Tout peut encore être discuté, tout peut encore être modifié.

Très bien. Merci Alain et l’on se retrouve dans quelques secondes pour parler d’un autre sujet.

Pas de quoi. Pas de problèmes.

 

 

On se retrouve sur le plateau de « Quoi de 9 ? » pour parler d’un sujet un petit peu plus léger, quoique… j’ai eu le plaisir de pouvoir rencontrer Mister DAN, tu ne connaissais pas ?

Non pas du tout.

 

C’est un directeur de cirque… non, un directeur de théâtre de marionnettes, pas tout à fait comme les autres que j’ai eu le plaisir d‘interviewer récemment à Boudry et Mister DAN va un peu nous expliquer ce qu’il fait, quels sont ses objectifs, ses passions. Cela concerne notamment les enfants et également les contes.

On peut dire que l’homme plie mais ne rompt pas.

 

J’allais te poser la question tout à l’heure, si tu étais plus chêne ou roseau.

Je suis plutôt roseau.

 

Plutôt roseau. D’accord.

On regarde vite ce petit sujet et l’on se retrouve pour parler de M. Jean de La Fontaine.

Ok.

 

 

Alors voilà, il t’a plu Mister DAN ?

Cela me rappelle des longues heures passées à apprendre les fables de La Fontaine en deuxième ou troisième année primaire avec la morale que ça implique.

 

On va parler en effet maintenant des fables, mais on reviendra très prochainement sur la personne qui est derrière Mister DAN. C’est un homme très intéressant qu’on va d’ailleurs rencontrer bientôt. On va rester sur Mister DAN pour ses objectifs et sur ce magnifique petit théâtre et sur ces fables qu’il raconte d’une façon assez sympa, assez originale.

C’est original.

 

Quand on voyait les enfants réagir et ça montre malgré tout que ces sacrées fables tiennent encore la route aujourd’hui.

Absolument. Quand on pense qu’elles datent de… à vue de nez, trois cent cinquante ans, on peut dire que Jean de La Fontaine, qui est d’ailleurs principalement connu par ses fables et ses contes, a frappé juste.

 

Et comme tu me le soufflais tout à l’heure dans l’oreille, il est donc né en 1621 le bonhomme.

Donc le bonhomme naît pendant le règne de Louis XIV, règne du roi Soleil. Il meurt, on ira directement en 1695, donc à l’âge de 74 ans et c’est un homme qui vient de la campagne et qui va à l’âge de vingt-huit ans faire son brevet d’avocat au Parlement de Paris. Ce qui le caractérise, entre-temps son père qui est un arrangeur né, lui a trouvé une épouse de douze ans plus jeune. Donc quatorze ans et vingt-six ans. Ca ne sera jamais un bon mari, ni un bon père. Lui, ce qui l’intéresse, c’est le libertinage.

Je rappelle simplement que le libertinage, c’est le fait d’avoir une attitude plus ou moins licencieuse, très libre face à la vie. On profite à fond de tous les avantages et de tous les plaisirs de la vie. Je m’arrête là quant aux détails.

 

Cela, c’est dit avec beaucoup de diplomatie.

On dirait ça autrement aujourd’hui.

C’est un homme qui chaque fois qu’il peut se rendre à Paris vu qu’il est en province, il monte à Paris, il va quand même fréquenter des gens importants dans la littérature française, puisqu’il va faire partie d’un cercle où l’on compte Boileau, où l’on compte Molière, Racine et surtout Fouquet. Fouquet qui va tomber en disgrâce face à Louis XIV et notre Jean de La Fontaine va prendre sa défense. Louis XIV et Colbert, son ministre de l’époque, ministre de la police, ou justice et police va s’offusquer et Jean de la Fontaine n’aura pas le choix de s’exiler à Limoges. Et c’est de Limoges qu’il va écrire, notamment, une lettre à sa femme comme quoi il se sépare, parce qu’il n’a pas du tout la fibre maritale. C’est un homme qui aime la liberté.

 

Mais il a dû s’exiler pourquoi, parce que ses fables dérangeaient ?

C’est-à-dire qu’il a écrit un texte, maintenant le titre m’échappe, où il prend la défense de Fouquet. On sait très bien que Louis XIV était quelqu’un de, disons, pas commode. Quand il avait décidé que c’était bleu, ce n’était pas bleu ciel ou bleu foncé, c’était bleu et il ne laissait rien passer. Donc là, il n’y a pas le choix, il doit partir.

C’est peut-être important de souligner que Limoges, ça reste la France, mais je pense que c’est important de souligner qu’à cette époque-là, le centre de la France, le centre du monde quasiment, c’est Paris.

 

Cela a changé ?

Demandez ça à Jean-Michel Larquet, cher ami.

 

D’accord. En effet, il s’exile et c’est là qu’il commence d’écrire, de se venger un peu.

Non. C’est un homme qui a toujours été un passionné de roman hellénistique, en particulier un, qui sera son livre de chevet jusqu’à sa mort, qui s’appelle l’Astrée. C’est un pavé de cinq mille pages. Il va s’inspirer notamment des fables grecques et des fables indiennes dans le sens de l’Inde, hindou, c’est la religion, à tel point qu’on va lui reprocher d’avoir bêtement recopié. Or, on se rend compte que Jean de La Fontaine, dans sa manière d’écrire, est beaucoup plus malicieux. Il ne cherche pas à moraliser les gens, il cherche simplement à ce que l’être humain, au travers de ce qu’il écrit, s’améliore quelque peu.

 

Extra. On se retrouve dans quelques instants pour la dernière partie de « Quoi de 9 ? ».

Eh oui.

 

Merci.

Pas de quoi.

 

 

Troisième et dernière partie avec, non pas Françoise Berthod, mais toujours Alain Sunier. Françoise est en vacances.

Madame se bronze en Crète.

 

Tu n’as pas reçu de carte encore.

Je l’attends toujours.

 

On attend toujours. Donc, ce n’est pas Françoise Berthod, mais Alain Sunier pour nous parler de beaucoup de choses, des émissions qui sont en préparation, dont une interview qui a été réalisée par Jéhan-Georges Muller sur un hockeyeur que tout le monde connaît bien, qui est M. Hervé Pethoud.

Je tiens à dire tout de suite que je ne connaissais pas Hervé Pethoud, étant donné que ce n’est pas ma génération, mais un hockeyeur reste un hockeyeur de toute façon.

 

Tu attends que je dise que moi, je l’ai connu.

Non, non. Je n’irai pas jusque-là. Loin de moi cette idée. Non, simplement Hervé Pethoud, est un homme qui a hésité longuement comme pas mal de sportifs qui sont doués dans un sport, donc presque automatiquement dans d’autres. Il a hésité entre le football et le hockey sur glace. Il a fini par faire une carrière de hockeyeur fructueuse. Dans un premier temps à La Chaux-de-Fonds, par la suite parmi la fameuse équipe de Young Sprinters of Neuchâtel. Les belles années.

 

Ils étaient bons. J’y allais avec mon père et il y avait des matches au sommet contre Berne. Cela se faisait à la patinoire non couverte de Monruz et je me souviens bien de ces moments assez passionnants. Pour les plus anciens, comme moi, je pense que Pethoud est un visage que l’on n’a pas oublié. Il y aura deux sujets. L’un sur le sport et ensuite un deuxième plus tard que l’on diffusera sur sa carrière de businessman, je dirais presque, qu’il a eue ensuite.

Ensuite, il y a eu un autre sujet que j’ai eu le plaisir de tourner un dimanche, qui est le tracteur pulling.

J’ai eu l’occasion d’assister à une manche du Championnat suisse à Boudevilliers.

 

Exactement, voilà.

Il y a quelques années de cela.

 

Là, à Cudrefin, c’était la dernière manche du Championnat suisse. Pour ceux qui ne savent pas, on ne va peut-être pas expliquer maintenant de quoi il s’agit. Autant qu’ils regardent la semaine prochaine notre émission.

Il s’agit de tracter des charges.

 

Voilà, mais il y a le mécanisme un peu spécial. Je peux juste dire qu’un Neuchâtelois a fini quatrième. Il nous a accordé une interview. Un sujet donc à voir la semaine prochaine et il y a une célèbre interview. Tu te souviendras longtemps que tu as réalisée, là, il n’y a pas mal de temps, c’était l’hiver passé au temple de La Coudre. Interview que tu as réalisée plus ou moins en russe, on peut le dire.

Plutôt moins que plus.

 

Alors le nom de la chanteuse ?

Ekatarina Varfolomeeva.

 

C’est ça. J’allais le dire. Que tu as pu interroger. C’était intéressant.

C’était intéressant. Il faut voir le concept. C’est donc un orchestre qui s’appelle Russkij Stil qui faisait une tournée en Suisse au profit d’enfants de Saint-Pétersbourg qui sont orphelins. Moi, ce qui me paraissait intéressant, c’est d’avoir l’opinion de la chanteuse et notamment savoir ce qu’elle pensait de la Suisse. J’ignorais qu’elle y était déjà venue quelques fois à titre privé. Elle m’a donné son éclairage, son regard sur notre charmant petit pays comme beaucoup de gens aiment le dire.

 

Charmant petit pays, charmante petite chanteuse aussi ?

Le type slave pur et dur, c’est-à-dire blond aux yeux bleus. Un regard bleu qui vous accroche la moindre…

 

Ah quand même ! Monsieur ne joue pas à son blasé, là.

Non pas du tout.

 

Très bien, alors on va suivre cette interview. Et comme Françoise Berthod le fait si bien, l’actualité au sein de la gare de Bevaix où se trouvent nos studios ?

Pas de surprises, si ce n’est une peut-être, c’est que les paysages enneigés de Joël Perrenoud, au rez-de-chaussée, n’ont pas fondu. Il reste de la neige.

 

J’allais te poser la question.

Il reste de la neige.

 

Les paysages norvégiens, donc ?

La mer ne s’est pas retirée. Il n’y a pas eu de marée entre-temps. Vous pouvez toujours assister, voir les photos que Joël Perrenoud a faites dans le cadre de son voyage en Norvège, sinon rien de particulier, si ce n’est la bonne humeur avec laquelle vous serez accueillis ici, si vous désirez voir éventuellement ce que l’on fait.

 

Merci Alain pour toutes ces explications. Tu nous as rassurés là sur l’exposition de Joël Perrenoud.

Ils n’auront pas les pieds mouillés.

 

Ils n’auront pas les pieds mouillés et la mer est toujours là.

Exact.

 

Très bien. Écoute, continue de bien prendre soin de toi.

J’y compte bien.

 

Et vous aussi Mesdames et Messieurs, et des autres aussi.

 

 

                                                                                  Interview réalisée par Jean-Pierre Lambert

                                                                                  Texte retranscrit par Françoise Berthod