« Quoi de 9 ? » 125 : du 18 au 24 juin 2007
Madame, Mademoiselle, Monsieur, soyez les bienvenus sur Télé Objectif Réussir, votre télévision sociale et culturelle. Cette semaine, nous allons avec Alain Sunier que je salue.
Que je salue également Jean-Pierre Lambert.
On va vous faire voyager à travers le monde et aussi, on va faire tout à l’heure, un petit tour du lac de Morat en compagnie de Daniel Zumbrunn. Mais, on commence par parler de l’artiste qui expose actuellement ici à la galerie Quint-Essences jusqu’au 30 juin. Il s’agit de Mme Alina Mnatsakanian Zorik qui comme son nom l’indique est…
Arménienne, exactement.
Cette femme a une trajectoire vraiment extraordinaire. C’est pour cela que cela vaut la peine d’en parler et de parler des pays qu’elle a visités et de venir visiter cette exposition parce qu’à travers ses œuvres, qui traitent de l’identité comme elle le dit, vous allez comprendre que cela lui correspond assez bien.
L’Arménie
a été en proie à des guerres presque incessantes. En particulier entre Perses
puisque c’était leur nom et actuellement Iraniens et les Turcs puisque chacun
d’entre eux voulaient avoir la main mise sur ce pays, notamment au plan
économique puisque l’Arménie est plus ou moins au carrefour des routes
commerciales vers l’Asie. Ils n’ont pas cessé de se taper sur la gueule comme
on dit en bon français jusqu’au moment où les Turcs ont pris une certaine
ascendance à partir du XIVème siècle. Ascendance qui a duré jusqu’au
XIXème et à ce moment-là sont intervenus les Russes qui avaient des
velléités d’expansion vers le Sud et les Turcs se sont octroyés l’Ouest de
l’Arménie et les Russes se sont octroyés le reste. Entre temps, ils ont
allégrement massacré de l’Arménien à haute dose, puisqu’en 1894, il y a cent
cinquante mille Arméniens qui sont massacrés par les Turcs. Ils vident en fait
tout l’Ouest de l’Arménie par ces opérations et en
Tout le monde reconnaît le génocide, sauf les Turcs.
D’après ce que j’ai pu voir, si les Turcs ne le reconnaissent pas, c’est parce que la loi turque est absolument sans aucune concession pour celui qui oserait prétendre qu’il y a eu génocide. Celui qui ouvre la bouche et qui veut étayer le génocide risque, je ne dirais pas jusqu’à la peine de mort, mais bien dix à quinze ans de prison. Ils font taire les gens en utilisant une loi répressive finalement au sein du pays même.
Tu as, je crois, répertorié un certain nombre de personnalités célèbres qui sont d’origine arménienne.
C’est assez surprenant, effectivement. Par exemple, Alice Sapritch qui a marqué la génération, on va dire de nos mamans, parce que je ne m’y reconnais pas qui était actrice. On a Henri Verneuil, réalisateur. On a encore Alain Prost, le pilote par sa grand-mère. On a Djorkaeff le footballeur par sa mère et où j’ai été très surpris, André Agassi.
L’Américain.
L’Américain. Et pour ceux qui ont suivi Roland Garros. Je n’ai pas vu le résultat, il y a quelques semaines de cela, David Nalbandian qui est tennisman et qui est argentin. Et alors, celle-là, je ne vais pas la louper, Cher « miss lifting » qui est, elle aussi, arménienne.
Et le plus célèbre quand même des Arméniens…
Charles Aznavour.
Charles Aznavour qui s’est quand même pas mal battu, qui a fait plusieurs concerts aussi.
Qui a dénoncé…
Qui
a dénoncé le massacre. Je tiens à dire une chose quand même, à préciser le
terme de génocide, parce que peut-être on l’ignore, ce n’est pas simplement un
massacre des gens pour massacrer des gens. C’est des crimes qui sont ordonnés
par le gouvernement. On retrouve cela avec
Cela, c’est donc pour l’Arménie et son génocide. Pour revenir juste à Mme Mnatsakanian, je profite maintenant que j’ai appris à prononcer son nom, je vais le dire plusieurs fois. Ses parents sont arméniens. Ils sont partis en Iran où elle a pu suivre une école et conserver sa culture arménienne. Mais elle a aussi adhéré, bien sûr, à ce pays dont elle a le passeport qui est l’Iran.
L’Iran, là aussi, c’est une civilisation millénaire plus connue sous le nom de Perse maintenant. L’Iran est victime de la richesse de son sous-sol. Pendant des siècles et des siècles, dans le sens où c’est le quatrième exportateur de pétrole au monde. Ils ont également des réserves de gaz naturel. C’est le deuxième pays au monde au niveau du gaz naturel, huitième exportateur. Il y a une masse d’argent qui sommeille dans les sous-sols qui peut expliquer beaucoup de choses.
Cela pourrait expliquer pourquoi les États-Unis s’intéressent à ce pays ?
Disons que les États-Unis ont été dans un premier temps supplantés par les Anglais et les Russes. Les Anglais qui voulaient à tout prix maintenir une présence en Iran, parce qu’il s’agit quand même d’un carrefour économique et les Russes dont leur fameuse politique d’expansion. Ils ne se sont pas gênés, ils ont profité de la corruption qui régnait parmi les dirigeants iraniens. Ils se sont mordus les doigts en 1921, puisqu’il y a Reza Kahn qui est venu au pouvoir et c’est un homme qui est intéressant dans le sens où il a voulu promouvoir l’économie de son pays. Il a développé les voies de communication, il a développé l’économie. Il a revu la santé publique pour l’améliorer et ce qu’il me paraît important, c’est qu’il a créé une justice laïque, donc pas religieuse puisque avant la justice était gérée par les religieux chiites.
Et c’est lui qui aurait dicté cette loi particulière concernant…
Lui,
il a fait toute une série de réformes dans le but de moderniser son pays. Et il
y a un truc absolument génial, c’est qu’alors qu’on est dans la tendance
contraire maintenant, lui, le 21 mars
Après, il y a eu un certain ayatollah Khomeiny.
Lui, le shah d’Iran s’en va en 1979. Je tiens à préciser juste que le shah d’Iran a été mis au pouvoir par les services secrets américains britanniques lors d’une opération qui s’appelle « l’opération Ajax ». Là, on voit déjà que les deux nations en question, les nations sœurs sont bien bien mouillées. Khomeiny revient au mois de février 1979 après 15 ans d’exil et il part dans une direction totalement différente, c’est le fameux guide spirituel de la révolution. Le pays va prendre son nom de République islamique d’Iran et il va justement restaurer des valeurs telles que le port du voile chez les femmes, une omniprésence des religieux, des imams au sein du pouvoir.
Maintenant l’Iran fait bien sûr parler beaucoup ces jours…
Oui.
À cause de ou grâce à M. Bush.
Grâce à M. Bush puisque l’Iran fait partie de l’axe du mal. On se rend compte, je suis pas mal anti-Américain, j’avoue mon forfait, Bush s’investit ou en tout cas échafaude des discours plutôt saignants lorsqu’il y a des intérêts économiques ce qui est le cas, ce qu’il n’a pas fait par exemple par rapport à ce qui s’est passé en Yougoslavie. C’est fou ce qu’il a mis du temps à se décider pour intervenir.
Et pour revenir à notre amie Alina Mnatsakanian, après l’Iran, elle est repartie aux États-Unis puisque l’on parle de Bush. Pays dans lequel elle a résidé plus d’une vingtaine d’années et elle a également le passeport américain.
C’est vrai que c’est une jolie contradiction dans le sens où c’est plus que des frères ennemis, c’est des ennemis jurés et elle a les passeports, les nationalités de deux ennemis jurés.
Voilà. Je crois que l’on a fait le tour de la trajectoire d’Alina Mnatsakanian et pour l’instant, elle est ici à la gare de Bevaix sous le toit dans la galerie Quint-Essences, qui est tenue par Anaïs Laurent. Je vous invite à venir regarder l’exposition qui se déroule ici parallèlement à ce qui se passe ici à la galerie, Alina expose également à la galerie YD à Neuchâtel.
Oui. Juste.
Près des galeries Marval. Là, la galerie est plus grande, elle expose des œuvres beaucoup plus grandes, d’un 1,5 à deux mètres de haut, alors qu’ici à la galerie, ce sont des œuvres un peu plus petites sur justement cette trajectoire de vie et sur cette recherche d’identité qui est la sienne.
Oui. On peut conseiller à nos téléspectateurs…
De venir nombreux.
De venir nombreux.
Comme d’habitude à la galerie Quint-Essences.
Exact.
Extra. Merci Alain et à très bientôt.
Merci Jean-Pierre.
On se retrouve sur le plateau de « Quoi de 9 ? » avec Daniel Zumbrunn, salut Daniel.
Salut Jean-Pierre.
Après cette longue discussion avec Alina, on va revenir en Suisse pour une manifestation qui se déroule chaque année et qui est la slowUp.
Voilà.
Je ne sais pas si l’on doit dire la slowUp ou les slowUp, parce qu’en fait, il
n’y a pas seulement celle du lac de Morat où tu es allé filmer, mais il y en a
quinze je crois cette année qui se déroulent un peu dans toute
Il y a eu Morat en effet. Il y a eu le Valais aussi. Il y aura à Genève, je crois.
Genève, c’est pendant les fêtes de Genève. C’est facile à situer.
Est-ce que l’on peut rappeler l’origine de cette manifestation ?
La première a eu lieu justement dans la région des Trois-Lacs en 2000. C’était un peu déjà pour essayer de prendre l’esprit de l’Expo.02. De toute façon, on voulait relier les sites de l’expo avec des voies écologiques et avoir des voies de communication pour les vélos, des pistes cyclables pour passer d’un Arteplage à l’autre.
Cela a toujours un sacré succès quand même. C’est des dizaines et des dizaines de milliers de personnes qui viennent pour…
Oui. Celle de Morat, l’année passée il y a eu un peu plus de 80'000 personnes. Il a fait un temps exceptionnel et cette année, ils ont eu plus de 50'000 personnes quand même.
Ils étaient contents qu’il n’y ait pas trop de monde, parce qu’il y a de sacrés bouchons parfois.
Des fois, ils sont victimes de leur succès. Il y a quand même des goulets d’étranglement où les gens doivent freiner, doivent réagir et souvent cela amène des chutes, des petits bobos, quelques pleurs. Normalement, l’esprit reste festif et tout se passe bien. Il y a des postes de samaritains dans tous les villages et ils essayent d’organiser, d’encadrer le mieux possible pour éviter ce genre de désagrément.
Oui, il y a toujours, tu parles des villages, l’année passée, nous avions filmé la slowUp de Morat, nous étions à Vallamand-Dessous. Cette fois, nous avons été à Avenches. C’est un petit peu plus grand. Il y avait pas mal d’animations. C’est là qu’on a tourné presque la totalité du sujet que nous allons voir. Un sujet qui a été monté, avant que je ne l’oublie, par Cesar Evora.
Voilà, c’est juste.
On va montrer les cyclistes, on va montrer un peu le village d’Avenches. On va aussi un petit peu montrer la musique qu’il y avait à côté.
Voilà, les animations, la fête. On voit que les gens s’arrêtent, prennent le temps d’écouter la musique, de danser, de s’arrêter aux stands, de prendre une glace ou n’importe quoi. Ils ne sont pas là que pour profiter du parcours qui est bloqué aux voitures, qui est interdit aux voitures, c’est bon de le rappeler, mais ils sont aussi là pour s’amuser, pour faire la fête.
Oui absolument, ce n’est pas une course. C’est vrai, il n’y a pas de chronomètre. Les gens peuvent s’arrêter dans les villages.
Ce n’est surtout pas une course. Il n’y a pas de dossard comme ils le rappellent. C’est vraiment pour le plaisir. On peut y aller en famille avec les gamins, parce qu’il n’y a pas de voitures. On peut entre guillemets un petit peu moins les surveiller, quoique comme on l’a dit, de temps en temps il peut y avoir un trop grand nombre de personnes, mais entre les villages, normalement, ça se déroule très bien.
Oui, il n’y a pas de problème. Bien, on peut peut-être partir pour aller voir ce sujet.
On pourrait peut-être juste rajouter que les deux prochaines en Suisse romande, ce sera pour la première, le dimanche 1er juillet au tour du lac de Joux.
D’accord, oui.
Il
y aura aussi des animations. Il y aura un train à vapeur qui fera la navette
entre Le Pont et Le Sentier. Il y aura aussi un bateau solaire sur le lac, donc
plein d’animations. La suivante, le dimanche 8 juillet autour du lac de
D’accord. Ils auront été un peu dans tous les cantons finalement.
En
fait, c’est à chaque région, à son bon vouloir, de vouloir organiser ce genre
de choses. Ce n’est pas imposé par
D’accord. Très bien. Voilà un mouvement bien sympathique, bien écologique aussi. On sait que tu aimes bien cela.
Il faut bien, non !
D’accord. On regarde le sujet. Tu restes avec nous, parce qu’on va continuer de parler d’écologie tout à l’heure.
Ok.
Cela marche. Alors à vélo, c’est parti pour le tour du lac de Morat.
Après cette petite balade autour du lac de Morat avec de la musique, de l’ambiance, des glaces comme tu le dis, j’ai dégusté, tu penses bien.
Je me doutais que tu n’avais pas filmé ça au hasard.
Après Avenches, nous allons nous déplacer un tout petit peu plus loin, deux, trois villages plus loin, dans le village de Dompierre où s’est déroulé un marché artisanal, mais aussi une petite fête concernant l’écologie, concernant surtout le programme qui s’appelle « Agenda 21 ». C’est toi le spécialiste ?
Tu
crois cela ? Effectivement, Dompierre est l’une des quatre communes du
canton de Fribourg à avoir mis en application un « Agenda 21 » local.
Rappelons ce que c’est que l’« Agenda 21 ». Cela a été décidé au
Sommet de
Des pays ou des villages peuvent l’interpréter plus ou moins ou prendre ce qu’ils veulent dedans?
Justement le but, c’est que des « Agenda 21 » locaux se mettent en place à l’intérieur des villages, des communes pour vraiment agir concrètement sur les problématiques du village en particulier. Les problèmes ne sont pas les mêmes dans une grande ville que dans un petit village. Il faut vraiment que chaque communauté pense à ce qu’elle peut faire pour avoir un développement durable, avoir une vision de l’avenir à tout point de vue. C’est aussi au niveau économique, bien sûr au niveau de l’environnement, mais aussi au niveau social. C’est vraiment ces trois points de vue qui doivent, on doit en tenir compte de ces trois points de vue, et on peut jouer sur ces critères. Peut-être ne pas prendre des révolutions écologiques au détriment de l’économie locale, ne pas non plus faire le tout à l’économie en détruisant le paysage. Il faut vraiment trouver un équilibre entre ces trois pôles.
Et
ce qu’a fait le village de Dompierre, je crois, est intéressant parce que
En fait, ils les aident à aller suivre des cours pour fabriquer eux-mêmes des panneaux solaires.
Absolument.
Ils vont à Lausanne dans une société spécialisée pour suivre des cours pour savoir comment mettre en place techniquement un panneau solaire, tout ce qu’il y a derrière pour transformer l’électricité. Là, en faisant cela eux-mêmes, ils diminuent de moitié le coût, parce que le coût de l’installation, c’est aussi toute la main-d’œuvre, les spécialistes qui viennent et là, il y a même d’ailleurs le ferblantier du village qui est allé suivre ce cours pour pouvoir répondre aux demandes des habitants.
Absolument. C’est vraiment assez rare ce que fait le village, c’est bien pour cela d’ailleurs que le syndic de Lausanne s’était volontiers déplacé pour faire un petit discours.
Il a couru pour venir là. Cela lui plaît ce genre d’initiative.
Couru, je ne sais pas vraiment !
En tout cas, il avait l’air essoufflé.
Il avait l’air essoufflé ! C’était vraiment beau à voir. Je ne sais pas si dans tous les villages, il se passe quelque chose. En tout cas, Dompierre, là visiblement, ils ont fait fort.
Comme
je le disais tout à l’heure, dans le canton de Fribourg, il y a la ville de
Fribourg, Villars-sur-Glâne, Charmey et Dompierre. C’est vrai que sur tout le
canton de Fribourg, cela fait peu de communes. D’ailleurs, si on prend
globalement au niveau de
Voilà, c’est ce que j’allais dire presque en conclusion. Espérons que cela fasse boule de neige, parce que vraiment cela en vaut la peine.
De toute façon, tout ce qui a été étudié à travers cet « Agenda 21 », ce ne sera que du bénéfice pour la commune. Soit on évitera de faire des choses qu’il ne faut pas faire, soit on en fera d’autres auxquelles on n’aurait pas pensé avant. C’est là que l’on voit que c’est vraiment au niveau local que l’on peut faire bouger les choses. Cela ne sert à rien de venir avec un dictat fédéral pour obliger les gens à faire des choses. De toute façon, ils ne se laisseront pas faire. Il faut vraiment que l’initiative vienne d’en bas. C’est comme cela qu’on peut motiver les gens pour faire bouger les choses.
Je crois que c’est une très très belle conclusion, comme quoi chacun d’entre nous en effet peut faire de l’écologie et jouer un rôle actif.
Je dirais même doit… Mais ça, c’est un autre problème.
D’accord. Merci Daniel pour toutes ces explications et l’on se retrouve bientôt sûrement pour un sujet écologique.
Ok, pas de problème.
À bientôt.
À bientôt.
On repart donc à Dompierre voir ce petit sujet.
Voilà. On se retrouve une dernière fois à la gare de Bevaix. Juste pour vous remercier d’avoir suivi nos émissions, pour vous souhaiter une très très bonne semaine. Mesdames et Messieurs, au revoir. Prenez bien soin de vous et des autres aussi.
Émission présentée par Jean-Pierre Lambert
Texte retranscrit par Françoise Berthod