« Quoi de 9 ? » 147 : du 19 au 25 novembre 2007
Oscar Garcia
Bienvenue sur Télé Objectif Réussir, votre télévision sociale et culturelle neuchâteloise. Dans quelques instants, « Quoi de 9 ? » avec Cesar Evora, Françoise Witschi et Jean-Pierre Lambert.
Merci à Oscar. Madame, Mademoiselle, Monsieur, bonjour et bienvenue sur Télé Objectif Réussir. J’ai le plaisir, une fois n’est pas coutume, de recevoir non pas un collaborateur ou une collaboratrice sur notre plateau, mais Mme Françoise Witschi, bonjour Françoise.
Bonjour Jean-Pierre.
Alors Françoise, tu es déjà très, très connue dans le canton de Neuchâtel, parce qu’on parle presque que de toi dans les médias actuellement. Mais il faut dire aussi que tu es une femme très, très active. On va en parler maintenant dans quelques secondes. J’aimerais peut-être, juste pour nos téléspectatrices et téléspectateurs, expliquer comment on a eu le plaisir de te connaître. C’était il y a un peu plus de deux ans chez le peintre québécois Jean Devost, qui a son atelier au Moulin de Bevaix. Jean Devost est un ami et un jour je lui ai demandé ce qu’il faisait actuellement et il me dit d’un ton tout à fait tranquille : « Je suis en train d’enseigner la peinture à une femme qui est non voyante » et il m’a dit ça sur un ton tellement simple, tellement tranquille comme si c’était tout à fait normal que je n’ai pas pu me retenir évidemment de vouloir te rencontrer, vous rencontrer et regarder ce que vous faites. Pour Jean Devost, il n’y avait rien de plus normal à ce qu’une femme non voyante fasse de la peinture. Pour toi, je sais que c’est exactement pareil aussi. Faire de la peinture, rien d’extraordinaire ?
Moi, je ne me pose même pas la question. C’est quelque chose dont j’ai envie depuis longtemps. C’est quelque chose qui m’a toujours poussée à demander à différents peintres de l’aide pour pouvoir avoir un accompagnement, pour faire un apprentissage dans ce domaine-là. C’est vrai que pour beaucoup, cela paraissait impossible. Jean Devost est le premier à m’avoir dit oui.
Les autres hésitaient ?
Ils refusaient catégoriquement.
Il faut dire qu’avant de faire de la peinture, cela va encore surprendre encore un petit peu plus les gens, tu faisais de la photographie.
Oui, je ne suis pas la seule à faire de la photographie sans voir ! J’ai fait de la photographie sur l’insistance d’une amie qui avait vu à la télé des photos qui étaient faites par d’autres aveugles. Elle m’a dit : « Si les autres en font, tu dois aussi en faire… » Voilà pourquoi, j’ai commencé la photographie.
Tu comprends, je le sais, que c’est quand même un peu surprenant pour nous autres, pauvres voyants, d’essayer de comprendre une telle démarche, parce que tu crées des œuvres d’art, on les verra tout à l’heure, absolument magnifiques et en plus dans le figuratif. Tu crées des œuvres qu’a priori tu ne vois pas, que tu imagines et que tu fais pour des gens qui vont venir et qui eux les voient. Rien que cela, c’est évidemment surprenant.
Oui peut-être. Mais ce qui est pour moi important, c’est quelque chose que je fais pour communiquer avec les gens qui sont autour de moi, comme je le fais dans la vie de tous les jours. Je vais n’importe où, au magasin, si je me promène dans la rue, je suis toujours face à des gens qui voient et qui ont d’autres références que les miennes.
Mais en faisant de la peinture, là, tu deviens une artiste à part entière. Là, tu cherches simplement à communiquer comme tous les artistes voyants ou non voyants, tes sentiments, tes émotions.
Oui, je cherche à communiquer. Ce qui me fait plaisir, c’est quand des gens viennent et voient mes tableaux et ressentent quelque chose et m’en parlent. Ce qui me fait plaisir, c’est que même ce que je ne vois pas, j’arrive à le mettre sur un tableau, soit un papier ou une toile. Bien sûr, je suis accompagnée par le peintre bien souvent pour ma démarche, mais c’est toujours… Ma première récompense, mon premier plaisir, c’est peut-être quand Jean me dit que ça y est, j’ai « gagné mon affaire » quand il est là, parce que je sais que là, il y a quelque chose qui se comprend…
Pour revenir justement à la genèse de votre histoire avec Jean Devost… évidemment, comme ce n’est pas très courant, Jean Devost a dû imaginer, finalement, une méthode pour t’enseigner la peinture ?
C’est ce que l’on voit dans le film. Il montre des ustensiles qu’il a construits pour me donner les bases des règles de la peinture en se basant sur ce qui avait été imaginé par les peintres de la Renaissance.
Il a dû aussi imaginer des cadres pour que tu puisses te repérer sur le tableau, savoir en permanence où tu es ?
Voilà. Des cadres où il avait mis du relief, tout autour des petits repères pour que je puisse apprendre à repérer les points d’or sur une superficie donnée.
De façon avec ça, tu ne te perds plus dans ton tableau.
De façon à pouvoir disposer sur le tableau un sujet en se disant que selon l’endroit où il est sur le tableau, on va le voir au premier plan ou au deuxième. Il a plus ou moins d’importance selon où il est placé.
Tu as appris par cœur, cela c’est assez facile pour toi, l’endroit où se trouvent les différentes couleurs sur la palette.
Oui. Quand j’utilise une boîte d’aquarelle, je sais où sont chaque pastille, vu que je choisis la couleur toute seule et quand Jean me prépare une palette de couleurs avec de l’acrylique ou de la gouache, il place sur la palette toujours les couleurs au même endroit et je les retrouve comme ça pour pouvoir les mélanger ensuite.
Ce que je te propose, c’est que nous regardions ce film que nous avons réalisé il y a deux ans. Tout commence dans le magnifique jardin du Moulin de Bevaix où l’on voit Jean Devost qui vient t’accueillir comme chaque fois, lorsque vous faites de la peinture. On verra aussi dans le film, notre amie Anaïs Laurent qui est galeriste ici à la gare et qui t’a servi de modèle pour un tableau.
Oui.
Alors on regarde cela ensemble et on se retrouve d’ici une dizaine de minutes.
Voilà. On se retrouve sur le plateau avec Françoise Witschi. On vient de voir ce petit film, ça te rappelle des souvenirs, c’était tes tout débuts avec Jean Devost ?
Oui. C’était à peine deux mois après que j’ai commencé avec Jean Devost. C’était aussi mes débuts à la télévision. C’était un peu délicat… Pour moi, c’est toujours un plaisir de revoir ces images, puisque c’était mes débuts avec des couleurs, avec l’aquarelle.
À cette époque-là, est-ce que tu avais des doutes ou tu n’as jamais eu de doutes, parce que Jean Devost est un peintre bien sympathique comme tous les Québécois, mais assez sévère, assez exigeant quand même ? Il ne t’a pas trop fait de cadeaux, je crois.
Non, mais c’est peut-être ça qui me permet d’évoluer, parce que cela ne servirait à rien de me dire que je fais quelque chose qui est bien si cela ne ressemblait à rien.
Jean Devost est un véritable prof de peinture. Il a enseigné au Québec. Il enseigne également en Suisse. Tu dis ne pas avoir eu de doutes, tu avais tellement envie de réussir, tu avais tellement envie de devenir une peintre que tu n’as pas douté un seul instant.
Non, mais autant Jean était sévère avec moi, autant il m’a toujours encouragé. J’ai eu d’autant moins de doutes parce que Jean ne doutait pas de ce que je faisais.
Vient de se terminer une exposition, ta première exposition au Moulin de Bevaix. On a pu y voir tes premières œuvres, on a pu voir les dernières aussi. Il y a eu une évolution extraordinaire en deux ans. On sent que tu as vraiment beaucoup travaillé.
Oui. Je crois qu’une fois qu’on a acquis certaines bases, on ne les oublie plus et on peut toujours évoluer à partir de ce que l’on connaît.
C’est toi ou c’est Jean Devost qui cherche à faire toujours plus compliqué, à aller toujours plus loin, parce qu’on voit maintenant que tu as fait des chandeliers. Tu as dessiné des tables, des chaises, tu es en train d’étudier les perspectives, il n’y a pas plus compliqué en dessin ?
Oui. C’est-à-dire que je fais… Jean voit comment j’évolue et m’aide à aller au-delà. Moi toute seule, je ne suis pas encore une pro de la peinture. Je suis en train d’apprendre encore.
Cette idée d’apprendre à peindre à des non voyants, cela a fait son chemin, grâce à toi ou à cause de toi. Jean Devost a donné des cours également ailleurs, en Suisse romande et en Suisse allemande.
Oui. Depuis l’année dernière, Jean a pris contact avec la Fédération suisse des aveugles. Il a pu donner des cours dans l’hôtel Solsana l’année dernière un week-end et cette année, un week-end et une semaine. Il a donné des cours à d’autres groupes en Suisse allemande. C’est bien parce que tout le travail que Jean a mis en place pour me donner mes bases, il peut maintenant l’utiliser pour d’autres et ça permet de donner plus d’essor à ces activités-là.
Lors du vernissage au Moulin de Bevaix, des non voyants sont venus de très, très loin pour vous rencontrer ?
Oui. Il y a des gens qui sont venus de Suisse allemande, je pense de…
De Lucerne.
De Lucerne.
Tu as eu des contacts avec eux. Vous avez discuté ?
Oui. Ils m’ont dit qu’ils sont très heureux d’avoir trouvé Jean, pas par mon intermédiaire, mais par l’intermédiaire de la FSA qui le côtoie régulièrement, ils m’ont remercié, façon de parler, d’avoir donné à Jean l’envie de continuer avec eux. Je ne sais pas si on peut vraiment dire ça comme ça !
Oui je pense, parce que finalement c’est un travail où vous avez dû quand même vous encourager tous les deux. Ce n’était pas facile, ni pour Jean, ni pour toi. Apprendre une technique.
Il y a toujours des adaptations à faire, des choses à mettre en place pour que tout se passe bien.
Nous sommes venus, bien sûr, visiter l’exposition que tu as faite au Moulin de Bevaix et qui est maintenant terminée. Nous avons un petit peu écouté les gens, les commentaires. Nous avons interrogé deux dames qui étaient là aussi, qui visitaient. Je te propose que nous les écoutions et ensuite, on en discute tous les deux.
Marie-Thérèse Delley
Quand j’ai vu un article dans le journal sur une exposition que M. Devost faisait avec Mme Witschi, qui est aveugle, je me suis dit : « Pas possible qu’on ait envie de peindre, que l’on puisse peindre » et comment un artiste peintre peut donner des cours. Quelle est la technique, quels sont les supports et c’est pour cela que j’ai sensibilisé le club service auquel je faisais partie et nous avons demandé à M. Devost et à Mme Witschi de venir passer un après-midi et il nous a exposé son travail.
On peut dire qu’elle se développe sur le plan personnel grâce à ces leçons qu’elle reçoit ?
Je pense qu’elle extériorise quelque chose qu’elle a en elle dans les couleurs, dans la technique. Je ne serais pas du tout capable de faire ce qu’elle fait. Il faut du travail, ça c’est clair, non, c’est magnifique…
Zouzou
On arrive ici dans un monde de féeries, un peu de couleurs et je dirais qu’on est étonné de savoir que cette artiste est non voyante, parce que sa peinture ne donne pas du tout cette impression. On a l’impression d’être dans un atelier, magnifique d’ailleurs, de Jean Devost, où l’on irait voir n’importe quelle exposition. Pas du tout une exposition d’un peintre ou d’une peintre qui a un handicap. C’est une exposition très, très moderne, je dirais dans les formes, dans les teintes aussi. C’est très amusant suivant quel tableau est très amusant. Il y a l’entrée des tableaux avec des portraits qui sont un peu festifs comme ça, qui ont de la gaieté sur le visage et tout à coup, on tombe dans deux ou trois choses sombres, très sombres, mais qui ressemblent à n’importe quelle exposition de peintures. C’est une personne assez drôle d’ailleurs, quand on parle avec elle. Un peu renfermée au départ et tout à coup, elle a comme des ailes qui s’ouvrent…
On se retrouve avec Françoise. Cela a été un véritable plaisir pour moi qui te connais depuis tes débuts dans la peinture de voir ce que tu réalises maintenant. Nos téléspectatrices et téléspectateurs ont pu voir également tes tableaux. Je n’ai pas pu me retenir aussi de laisser traîner un peu mes oreilles à travers l’exposition pour écouter ce que disaient les gens. Le commentaire qui m’a touché, j’aimerais bien avoir ton avis là-dessus aussi, c’est ces gens qui disent finalement : « Si on ne savait pas que la peintre était non voyante, on ne s’en apercevrait pas. » C’est le plus beau compliment que l’on puisse te faire ou bien ?
Oui. Moi ce qui m’intéresse, ce n’est pas de parler du fait que je ne vois pas, c’est montrer que même si je ne vois pas, je vis des choses et je peux les exprimer.
D’ailleurs toi et Jean Devost, je ne sais pas, vous n’avez peut-être pas hésité du tout d’ailleurs, dans les invitations pour cette exposition, vous n’avez pas mentionné que tu étais non voyante.
Oui. C’était volontaire. On voulait montrer de la peinture et pas une aveugle !
Cela je pense, c’est l’un des messages les plus forts que tu as eu envie de faire passer et qui a été, je crois, bien compris. Une dame aussi et même plusieurs sont restées longuement devant certaines œuvres pour les commenter, pour dire ce qu’elles ressentaient. Elles lisaient beaucoup de choses dans ce que tu avais fait. Tu as dû aussi entendre ces commentaires. Là aussi, est-ce que ces gens étaient très décalés par rapport au message que tu as voulu passer ou ils ont parfaitement lu tes œuvres ?
Je pense que l’on peut trouver dans un tableau ce que l’on ressent. C’est bien si ce que je peins fait que des gens ressentent quelque chose face à mes tableaux.
Ils rentrent un petit peu dans ton monde. Ils rentrent un peu dans tes émotions.
Moi, j’ai l’impression de communiquer avec eux à ce moment-là.
Et tu n’arriverais pas à communiquer autrement ?
Si. Je n’ai pas la prétention de communiquer seulement en peignant.
Par la peinture, tu arrives peut-être à faire passer des messages, des sentiments que tu aurais plus de peine à faire passer autrement.
Voilà peut-être aussi. Quand il n’y a plus les mots, il y a les couleurs !
Absolument magnifique. On va peut être signaler maintenant, c’est ta prochaine exposition qui se déroule actuellement au Café du Château à Valangin jusqu’en février 2008. Là, on y voit quasiment tout ce que tu as créé en deux ans ou vous avez fait une sélection ?
Non. On a fait une sélection parmi les tableaux que j’ai peints depuis deux ans. Ils sont exposés au Café du Château avec des œuvres d’Huguette von Mühlenen qui sont du Raku. C’est du modelage, de la poterie. Le Raku, c’est la façon dont c’est décoré. C’est très intéressant à découvrir comme façon de faire aussi.
Huguette von Mühlenen est d’origine suisse, mais elle est établie au Québec, je crois, depuis 1981.
Oui, depuis longtemps.
On peut voir au Café du Château tes œuvres et ces sculptures d’Huguette von Mühlenen. Est-ce que tu seras de temps en temps au Café du Château, est-ce que les gens pourront t’y rencontrer ? Est-ce que vous avez déjà prévu quelque chose ?
Depuis le vernissage, je ne sais pas, on n’a pas encore prévu d’autres dates, mais c’est possible que je retourne de temps en temps au Café du Château.
Très bien. En tout cas, merci beaucoup d’être venue aujourd’hui nous parler de ta vie d’artiste peintre et j’espère qu’on aura encore l’occasion de se rencontrer très souvent pour suivre ton chemin dans cette magnifique passion.
Merci de m’avoir reçue aussi.
À bientôt Françoise, merci à toi.
Je vous propose une petite pause avec notre ami Totor. Totor qui va vous présenter l’agenda de la semaine ainsi que quelques pages de publicité.
Merci à Totor de nous avoir fait visiter notre agenda et ces quelques pages publicitaires. On va parler du cortège des enfants de la Fête des Vendanges de Neuchâtel. Un cortège que vous aimez bien, parce qu’il y a votre fils qui l’a fait cette année.
Oui, mais ce n’est pas seulement pour mon fils, c’est surtout pour tous les enfants venus de tous horizons du canton de Neuchâtel et aussi la participation de beaucoup d’écoles. C’est chaque année des retrouvailles riches en couleurs où les contacts entre parents, dans l’esprit jovial et festif, tous les enfants vivent des moments extraordinaires qui marqueront toujours leur vie.
Cela fait plus d’une trentaine d’années que cela existe et on voit, on le verra aussi dans le film, cela a toujours plus de succès. Il y a toujours plus d’enfants, plus de groupes.
Oui, c’est un engouement populaire vu que la Fête des Vendanges a toujours eu cette tradition de permettre à la population, c’est la plus grande de Suisse, rappelons aux téléspectateurs étrangers.
Le corso fleuri en tout cas.
Oui. Cet engouement populaire a permis au long des années de permettre aux gens de s’exprimer au travers de fantaisies, genre carnaval et ce que nous voyons chaque année, est extraordinaire.
Cette année, il y avait un petit événement, vous me le faisiez remarquer ?
Oui. C’est un événement, le scoop, c’était la présence extraordinaire des lamas qui sont venus depuis les plateaux de la Bolivie…
Ou du Val-de-Ruz.
Du Val-de-Ruz, c’est la région dont ils venaient. Effectivement, cela a été le clin d’œil durant ce défilé des enfants. C’était magnifique de les voir.
Peut-être le meilleur moyen, c’est de présenter maintenant ce petit reportage que nous avons réalisé. Peut-être nous rappeler qui est le monteur ?
Oui. Il faut signaler, bien entendu, le travail extraordinaire de notre collaborateur, M. Adrian Sarealba.
D’accord. C’est très bien. On repart à Neuchâtel pour regarder tous ces enfants. Merci Cesar.
Merci Jean-Pierre.
« Quoi de 9 ? » c’est terminé pour aujourd’hui. Merci Mesdames et Messieurs de nous avoir suivis. Passez une très bonne fin de journée. Prenez bien soin de vous et des autres aussi.
Émission présentée par Jean-Pierre Lambert
Texte retranscrit par Françoise Berthod