« Quoi de 9 ? » 136 : du 3 au 9 septembre 2007
Madame, Monsieur, bonjour. Bienvenue sur Télé Objectif Réussir, votre nouvelle télévision sociale et culturelle neuchâteloise. Après quelques instants, après le générique, j’aurai le plaisir de m’entretenir avec ses fondateurs.
Rita Hosang, Jean-Pierre Lambert, bonjour.
Bonjour Myriam.
Vous êtes les fondateurs de cette télévision qui est diffusée dès aujourd’hui sur le Littoral, le Val-de-Ruz et le Val-de-Travers. Objectif Réussir, ce n’est pas seulement une télévision. Les Neuchâtelois connaissent plutôt le journal qui a un certain nombre d’années. Est-ce que vous pouvez nous raconter cette histoire ?
J.-P. L. : Le journal a vu le jour en 1994. Son premier objectif, à l’époque, était de permettre à des personnes qui étaient à l’aide sociale ou à l’assurance invalidité ou au chômage de pouvoir arrondir leurs fins de mois. De pouvoir surtout… ne pas rester inactif en exerçant ainsi une activité que je considérais, que je considère toujours comme revalorisante.
Cela permettait aussi de rencontrer d’autres personnes, de ne pas rester seul chez soi ?
J.-P. L. : Exactement. C’est toujours le problème encore actuel des gens qui sont par exemple à l’aide sociale. En vendant le journal, bien sûr, ils doivent affronter les gens dans la rue, ce n’est pas toujours facile, parce que les gens ne sont pas toujours aussi sympathiques qu’on pourrait le croire, ni solidaires. Mais enfin, ils se faisaient une clientèle, ils se sont faits, c’est vrai avec les années, apprécier, respecter et c’est comme cela que ça a démarré. Pendant une année ou deux, c’était uniquement en français, puis ensuite, Rita Hosang, a fait une version allemande.
R. H. : C’est cela.
J.-P.
L. : Qui s’appelle « Treffpunkt Boulevard ». C’est comme cela que ce
journal est devenu bilingue. Il a même à l’époque reçu un prix de la part de
Mme
D’accord.
J.-P. L. : Voilà les débuts du journal. Depuis 1994 jusqu’à aujourd’hui, il a bien aidé trois cents, plus de quatre cents personnes à peu près, les vendeurs. Et il y a quelques années, le canton de Neuchâtel s’est approché de nous pour voir si l’on était d’accord de faire partie des programmes ISP, c’est-à-dire Insertion sociale et professionnelle. Si l’on était d’accord de former une équipe de rédacteurs. C’est donc des gens à l’aide sociale qui travailleraient chez nous comme rédacteurs. C’est ce que nous avons fait.
Au début, c’était que vous et Mme Hosang qui faisiez le journal ?
J.-P. L. : Au début, nous étions que les deux comme rédacteurs. Petit à petit, les vendeurs se sont mis à écrire aussi des articles et lorsque nous sommes venus dans le programme ISP, nous avons commencé d’avoir une équipe d’une douzaine de collaborateurs qui est toujours là aujourd’hui, et qui écrit le journal.
Le journal Objectif Réussir est vendu dans quelle région ?
J.-P.
L. : Il est vendu principalement
bien sûr à Neuchâtel, parce que c’est ici que nous avons notre siège, mais il
est aussi vendu dans le canton de Vaud, dans le canton de Genève, Fribourg,
Valais. Enfin, l’on peut dire quasiment dans toute
D’accord et pour la partie Suisse allemande, il est vendu dans quelle région ?
R. H. : Essentiellement à Berne et il y a de plus en plus de vendeurs maintenant sur Zürich.
Et pourquoi aujourd’hui une télévision ?
J.-P. L. : C’est arrivé presque par hasard. Pendant plusieurs années, nous avions nos bureaux à Neuchâtel dans une cave. Ce n’était pas très confortable. Il a fallu que nous déménagions et il s’est présenté cette opportunité de pouvoir venir ici à la gare de Bevaix, les CFF ne voulant plus l’utiliser. Quand nous sommes arrivés ici, l’on s’est rendu compte que là, il y avait presque trop de place finalement. Il y a le rez-de-chaussée où nous avons nos studios. L’étage en dessus, nous avons notre rédaction. On s’est dit : « Qu’est-ce que l’on va faire avec ce rez-de-chaussée ? » D’abord, on avait pensé faire un simple studio de vidéos et après on s’est dit : « Pourquoi ne pas faire une télévision ? » C’est un défi un petit peu fou, parce que l’on n’avait pas vraiment d’expérience en télévision.
R. H. : Non, aucune.
Et comment alors, vous avez acquis cette expérience ?
J.-P. L. : On s’est lancé à l’eau, comme cela. On a d’abord acheté une caméra, puis une deuxième caméra. On a aussi beaucoup d’amis dans différents médias qui nous ont donné des coups de main, des conseils. Et aussi ce qu’il faut dire, c’est que contrairement aussi à ce que pensent les gens, toutes les personnes qui sont au chômage ou à l’aide sociale ne sont pas des idiots ! Il y a beaucoup beaucoup de gens très compétents et des fois, c’est peut-être même parce qu’ils sont trop compétents qu’ils n’ont malheureusement plus de travail. C’est grâce à cette synergie de l’ensemble de nos collaborateurs qui a permis, je crois, de faire une télévision tout à fait correcte.
Et le départ, je crois que c’était sur Internet ?
J.-P. L. : Oui. On a voulu vraiment commencer prudents. Nos premières émissions, on les a diffusées sur Internet uniquement, pendant plusieurs mois. Lorsque nous nous sommes rendus compte que nous avions les compétences pour faire un pas de plus, nous avons demandé é l’OFCOM, une concession pour diffuser dans les villages de Bevaix, Boudry, Cortaillod et Bôle.
Cette concession a été accordée par M. Leuenberger.
J.-P. L. : Par le conseiller fédéral Leuenberger qui nous a permis pendant un peu plus d’une année.
R. H. : Une année sur Internet.
J.-P. L. : Sur Internet et une année, une année et demie sur ces quatre villages.
Alors à Objectif Réussir, il y a eu le journal, il y a eu les émissions sur Internet, le départ sur les quatre communes de Bevaix, Boudry, Cortaillod et Bôle et aujourd’hui, qu’est-ce qu’il se passe ?
J.-P. L. : Aujourd’hui, comme tu l’as dit tout à l’heure, c’est donc tout le Littoral neuchâtelois qui va recevoir nos émissions, c’est le Val-de-Ruz, c’est le Val-de-Travers. C’est vrai qu’on passe de quatre villages à plus de cinquante villages et plus de cent mille habitants en tout cas potentiellement. C’est vrai que c’est un événement, c’est vrai que tout se passe finalement très vite, parce qu’au début, on pensait vraiment rester que sur Bevaix. Ensuite, cela a déjà été un peu plus grand que prévu. C’est vrai que c’est un stress un petit peu pour tout le monde, mais c’est aussi un événement magnifique, parce que l’on va pouvoir montrer nos activités à un plus grand nombre de personnes.
C’est vrai que la région toute entière sera touchée.
J.-P. L. : Alors oui, bien sûr. On allait déjà maintenant faire des reportages un petit peu dans les quatre coins du canton de Neuchâtel, même plus loin. Cela ne va pas changer beaucoup de choses pour nous, mis à part que l’on aura dix fois plus de personnes qui vont regarder nos émissions, du moins, on l’espère.
Rita Hosang, quel genre d’émissions pourra-t-on voir sur cette chaîne ?
R. H. : Comme son nom le dit déjà, ce seront surtout des émissions sociales et culturelles, vaste domaine évidemment. Mais il nous paraît important de faire des émissions peut-être un peu plus approfondies que le font les autres télévisions déjà. Concernant le social bien sûr, c’est très important et culturellement, je pense que l’intérêt du public est là aussi.
Cela permet peut-être aussi de mettre en valeur des personnes qui ne passent pas tous les jours sur les chaînes de télévision ?
R. H. : Oui, bien sûr. Cela, c’est un sujet qui nous tient à cœur. Il y a tellement de gens formidables. Personne n’en parle jamais, parce qu’ils vivent dans leur petit coin, très cachés parfois. Ils surprennent quand on parle d’eux comme cela publiquement.
Il y a aussi des sports qui sont, je crois, un peu oublié des grandes chaînes de télévision et de médias.
R. H. : Oui bien sûr. Je ne sais pas jusqu’où l’on pourra assumer ce genre de choses, mais c’est sûr que l’on n’ira pas filmer des matchs de football de Xamax, mais on a rencontré des équipes… comment cela s’appelle… du football américain. C’est vrai des sports comme cela, on en voit très peu. Ils sont très contents quand l’on parle d’eux et que l’on fasse un peu connaître leur club.
C’est vrai que cela permet aussi aux gens de découvrir d’autres sports, d’autres activités, d’autres personnes qui font un peu des choses similaires.
R. H. : Tout à fait. C’est aussi le but.
C’est une télévision qui est ouverte. Je crois que vous recevez aussi des téléphones de gens qui disent « Mais moi, j’aurais quelque chose à apporter à cette télévision ».
J.-P. L. : Oui. On sent que finalement l’exclusion, c’est comme le disais Rita, elle est aussi pratiquée par les médias en effet. Les médias aujourd’hui, même les médias nationaux s’intéressent à un certain nombre de sports, parce que c’est porteur, parce qu’il y a de l’audimat, parce qu’ils se sentent obligés de faire de l’audimat. Nous, on va se lancer ce défi de parler de sports peu connus qui font peut-être peu d’audimat. Mais là on va jouer en même temps, j’en suis convaincu, un rôle social et culturel.
Vous allez à la rencontre des gens principalement.
J.-P. L. : On va à la rencontre des gens et pour nous, les stars, ce sont nos voisins, ce sont les gens du village d’à côté.
Comment vous trouvez les sujets, les idées de sujets que vous allez passer à la télévision ?
R. H. : Ce n’est pas tellement différent que pour le journal. Il y a déjà nos collaborateurs qui ouvrent les yeux et ils ont plein d’idées. De plus en plus, on est contacté par téléphone, par mail : « on aurait un sujet pour vous… » Bien sûr, tout le monde a intérêt de se faire connaître quand il s’agit de clubs ou de sociétés. Ils sont tout contents quand on fait un petit sujet sur eux.
Vous créez des liens, vous tissez un réseau autour de cette télévision.
R. H. : Tout à fait.
J.-P. L. : On peut passer quelques extraits que nous avons préparé pour donner envie à nos téléspectatrices et téléspectateurs de regarder nos émissions. Quelques extraits d’émissions qui justement parlent sports, de moto-cross, de tir à l’arc et d’autres choses. Comme ça, cela permettra un petit peu de voir aussi ce que l’on est capable de faire.
Volontiers.
Voilà. Nous venons de voir quelques extraits d’émissions sportives. Maintenant, comment s’organisera la grille des émissions toutes les semaines.
J.-P. L. : On va continuer de faire comme nous le faisons déjà depuis plus d’une année, une heure d’émissions par semaine.
Oui.
J.-P. L. : Cette émission sera diffusée sur ce canal toutes les heures impaires et sa durée sera donc de soixante minutes. Le même schéma, un schéma un petit peu particulier, c’est que l’émission finalement s’appelle « Quoi de 9 ? ». Elle commence chaque fois par une présentation du sujet que je réaliserai avec les collaborateurs. Sur ce petit plateau, nous inviterons une fois, celui qui a fait le montage, une fois celui qui a fait les images, celui qui a pris le son, celui qui a créé la musique, parce que l’on veut aussi que les collaborateurs ne soient pas que des noms au bas d’un générique. Mais, l’on veut aussi que l’on voie que ce sont des personnes, des personnes capables d’assumer et de parler devant une caméra.
D’accord. Quelles sont justement les personnes qui font « Objectif Réussir » ?
J.-P. L. : Je ne sais pas si tu veux répondre.
R. H. : Oui, en fait rien n’a changé depuis l’époque du journal, on pourrait dire. C’est toujours les mêmes personnes. Elles ne sont ni plus ni moins. D’autres personnes, c’est toujours des personnes en réinsertion sociale et professionnelle. Evidemment, comme nos moyens non plus n’ont pas changé, on n’a pas engagé du monde ou des professionnels, mais on essaye de se débrouiller avec ces personnes pleines de bonne volonté, il faut bien le dire, et qui se transmettent l’un à l’autre leur propre connaissance.
Qu’est-ce qu’elles font exactement ces personnes pour la télévision ?
R. H. : Elles sont sensées un peu tout faire. Maintenant, bien sûr, cela se partage un peu selon les intérêts, les connaissances personnelles, mais tout le monde peut tout faire devant ou derrière la caméra.
D’accord. Qu’est-ce qu’il y a comme sortes de postes à la télévision ?
J.-P. L. : Vraiment comme disait Rita, vraiment tout et en fonction bien sûr des capacités de chacun. Il y a des personnes ici qui ont à peine une vingtaine d’années, d’autres ont cinquante-cinq, cinquante-six ans, voyez un peu la gamme de personnes que cela fait. Certaines personnes ont déjà des connaissances, des expériences dans des entreprises. D’autres n’ont jamais travaillé. Certains ont fait l’Université en partie ou totalement. On a vraiment une gamme de personnes absolument incroyables. Cela, c’est aussi l’un des éléments positifs, parce que si l’on veut parler de réinsertion pour avoir des chances de retrouver du travail aujourd’hui, on a intérêt à avoir un maximum de connaissances. Alors, en effet selon leurs capacités, ils peuvent vraiment apprendre beaucoup, beaucoup de choses. Lorsque nous ne faisions que le journal, il y avait la mise en pages, le traitement des photos. Il y avait les interviews. Aujourd’hui avec la télévision évidemment, c’est facile d’imaginer toutes les activités. Il y le travail de cadreur, il y a le preneur de sons. Il faut réaliser des décors. Il y a le montage qui prend énormément de temps et aussi ce courage d’être devant une caméra, ce n’est pas toujours, toujours facile. Mais c’est un joli exercice.
R. H. : Il y a même la musique que certains de nos collaborateurs font eux-mêmes pour illustrer nos images de paysages ou autres.
J.-P. L. : Cela, c’est vraiment un élément intéressant. Pour écrire les articles, on pouvait le faire tout seul dans son coin. Une émission de télévision, c’est tout de suite quatre, cinq, six personnes.
Donc, c’est un travail d’équipe ?
J.-P. L. : C’est vraiment un travail d’équipe et ça aussi, c’est intéressant d’apprendre ce que c’est qu’un travail d’équipe. Parce qu’être derrière les caméras, d’ensuite faire le montage, comme disait Rita, de travailler le son, la musique. Chaque émission vraiment est signée par quatre, cinq ou six personnes.
Pour parler des sujets qui sont proposés par le personnel de Télé Objectif Réussir, je crois que Laetitia Sefini a fait un petit sujet là-dessus ?
J.-P. L. : Elle a réalisé un petit sujet spécialement pour aujourd’hui. C’est-à-dire qu’elle a pris sa caméra et elle a fait la tournée des bureaux ici pour surprendre nos collaborateurs pendant leurs activités et pour leur poser les petites questions qui sont bien sympathiques, qui sont intéressantes et qui vont… qui sont assez profondes finalement. On peut peut-être regarder ce sujet, pourquoi pas ?
Volontiers.
Voilà Rita Hosang, Jean-Pierre Lambert, je vous remercie d’avoir répondu à mes questions.
Merci à toi.
Je souhaite bonne route à Télé Objectif Réussir et à Objectif Réussir Journal et je vous propose de finir avec quelques extraits d’émissions déjà réalisées. Au revoir.
Émission présentée par Myriam Tellenbach
Texte retranscrit par Françoise Berthod