« Quoi de 9 ? » 303 : du 12 au 18 janvier 2009
Les frères Totor
Salut à tous et bienvenue dans le « Quoi de 9 ? » avec aujourd’hui François Gombàs, Jean-Pierre Lambert et Linda Fischer.
Mesdames, Messieurs bonjour. Je vous souhaite la bienvenue sur notre Télévision Objectif Réussir. Nous nous trouvons ici à Bevaix devant la gare où se trouvent aussi la rédaction et les studios de Télé Objectif Réussir et du journal Objectif Réussir, Treffpunkt Boulevard. Dans quelques instants, on va retrouver Jean-Pierre Lambert et il va nous donner une courte explication de l’historique du journal, parce qu’il aura bientôt son 15ème anniversaire.
Nous sommes dans les studios de Télé Objectif Réussir avec Jean-Pierre Lambert, bonjour Jean-Pierre.
Bonjour Linda.
C’est vous le fondateur du journal. Cela fait bientôt 15 ans. Est-ce que vous pourriez nous expliquer comment vous avez fait ce projet ?
Écoutez, avec plaisir ! Cela a débuté dans les années 90, en 1992. J’étais journaliste indépendant à cette époque et le journal pour lequel je travaillais a fait faillite. Je me suis retrouvé très rapidement en fin de droits, puisque je n’avais pas le droit au chômage. Comme je n’avais pas de fortune personnelle, j’ai très vite été dans des difficultés financières, mais aussi psychologiques et il était pour moi urgent d’entreprendre quelque chose. À cette époque, toute l’Europe était touchée par la crise, la France, l’Angleterre, l’Allemagne. J’ai vu un jour à la télévision qu’en Angleterre, une personne avait eu l’idée géniale de créer un journal de rue. Il y a eu la même chose en France et au Canada. Ces journaux s’appelaient « The Big Issue » en Angleterre, « Macadam » en France et « L’Itinéraire » au Québec. Je me suis dit : « Pourquoi ne pas essayer de créer un journal semblable ici en Suisse ? » Le problème, en effet, quand on n’a pas d’argent, puisque comme je le disais, j’étais déjà en fin de droits, ça été difficile de convaincre que ce journal pouvait marcher.
Comment avez-vous trouvé les moyens pour le faire marcher ?
Justement, je n’ai même pas essayé de m’approcher des banques, car j’étais 100 % certain qu’elles refuseraient de m’aider. J’ai écrit à une vingtaine d’imprimeurs pour leur parler du projet. Un seul imprimeur m’a répondu. Un homme d’ailleurs de plus de 70 ans, qui s’appelle M. Margot, qui m’a dit : « Moi, je crois en votre projet. Je vous offre le premier numéro. » Grâce à ça, on a pu démarrer. On a vendu le premier numéro. Avec le bénéfice, on a pu fabriquer le numéro deux, le numéro trois. Maintenant, on a dépassé les l00, 160 numéros, puisque nous existons depuis une quinzaine d’années.
Tout au début, il était seulement en français, mais après il est devenu bilingue.
Oui tout à fait, mon associée, Mme Rita Hosang, a eu un jour cette idée de le faire en allemand, parce que finalement la crise avait aussi touché la Suisse alémanique. D’abord, c’était deux numéros séparés et ensuite on les a unis. Ce sont des articles parfois qui sont traduits, mais c’est aussi des articles qui sont maintenant complètement originaux. D’ailleurs vous-même, c’est vous qui écrivez maintenant presque toute la version suisse allemande du journal. Il ne doit pas y avoir beaucoup, beaucoup de journaux en Suisse qui sont bilingues. C’est assez apprécié. Les Suisses allemands peuvent lire des histoires sur la Suisse romande et vice-versa.
Tout au début, c’est vous qui faisiez l’édition française et Rita l’édition allemande. Plus tard, c’est devenu un programme ISP.
Tout à fait. ISP qui veut dire Insertion Sociale et Professionnelle. C’est vrai, notre journal est devenu un des programmes de réinsertion sociale et professionnelle du canton. Nous touchons en effet quelques subventions de la part du canton et en échange, nous avons maintenant ici dix à douze personnes qui sont des gens à l’aide sociale, qui sont entre guillemets « placées » par les services sociaux pour justement ne pas rester inactifs, pour les aider à se réinsérer socialement et professionnellement. Une des activités, bien sûr, c’est d’écrire des articles. Maintenant, c’est eux qui font ce travail. Mais, ils ne font pas que ça. Ils font des reportages à l’extérieur. Il a fallu enseigner l’art de la photographie. Ils font également la mise en pages du journal. Nous avons également un site Internet qui est assez complet, puisque nous avons tous nos articles qui sont dedans depuis quinze ans. On enseigne à ces personnes, je pense, entre cinq et dix activités différentes.
Il y a des gens qui vendent le journal. Il y en a d’autres qui travaillent ici à la rédaction. Il y a aussi des gens qui vendent et écrivent. Qu’est-ce que cela rapporte à ces personnes-là ?
Probablement beaucoup de choses, sinon le journal n’existerait pas depuis quinze ans. C’est surtout une question de revalorisation. C’est une chose que je connais bien, puisque moi-même, je le disais tout à l’heure, j’ai connu l’exclusion aussi bien sur le plan professionnel, psychologique, économique. Je me suis rendu compte que quand j’étais dans cette situation, à quel point d’être au chômage, à quel point d’être en fin de droits ou à l’aide sociale, c’était terriblement destructeur. Notre société fait toujours la même erreur depuis longtemps. Il doit y avoir des relents chrétiens dans cette histoire. On a tendance à vouloir aider les gens en leur donnant simplement, j’ai envie de dire, bêtement, de l’argent et cela ne suffit pas ! Quand on dit que ce n’est pas l’argent qui fait le bonheur, c’est quand même relativement vrai. Si on vous donne juste de l’argent et que l’on vous dit : « Voilà, vous n’êtes pas capable de faire autre chose, prenez cet argent et finalement en gros, foutez-nous la paix ! » C’est un peu comme ça que notre société fonctionne depuis des décennies et des décennies… Ces programmes qui disent à ces gens : « Écoutez, on a besoin de vous. Ne restez pas inactifs », c’est vraiment mon cheval de bataille. J’aimais bien souvent citer cette phrase de l’abbé Pierre qui disait aux gens : « Viens m’aider à aider. » C’est un petit peu ce que je dis aux vendeurs ou aux rédacteurs et c’est vrai que c’est une chose qui fait plaisir à entendre quand vous avez été longuement exclu, quand vous avez envoyé des centaines de lettres pour trouver un job et que chaque fois, c’était négatif. Quand on dit à quelqu’un : « Viens m’aider à aider », cela ne peut être que génial pour eux et en plus, c’est vrai, ce n’est pas qu’une théorie. Les rédacteurs choisissent librement les sujets, les reportages, les personnes qu’ils ont envie d’interviewer et tout d’un coup la tendance s’inverse. C’est à vous que les gens disent merci. Merci de vous être occupé de mon entreprise, merci de m’avoir interviewé. Merci d’avoir parlé de mes tableaux, de mes chansons quand vous allez interroger des artistes. Tout d’un coup, les rôles s’inversent. C’est à vous qu’on dit merci. C’est vous que l’on remercie. Donc, vous avez vraiment plus que l’impression de revivre et c’est pareil pour les vendeurs. Au début, ce n’était pas facile d’aller comme ça dans la rue. Certains avaient l’impression de mendier, de quémander. Il m’a fallu leur expliquer que ce n’était pas du tout le cas, que le journal était aimé, apprécié, reconnu comme étant de grande qualité et c’est grâce aux vendeurs, c’est grâce aux rédacteurs. C’est ça un peu la magie de ce journal Objectif Réussir et c’est pour ça qu’il existe encore aujourd’hui.
Vous allez recevoir dans quelques minutes Joël. C’est l’un des plus anciens vendeurs et aussi rédacteur du journal.
Tout à fait. J’avais vraiment envie de lui rendre hommage, parce que Joël est vraiment un exemple. L’exemple d’un succès, l’exemple d’une réussite. Joël allait très, très mal il y a une quinzaine d’années. Lui-même ne croyait plus en rien, ne croyait plus en un avenir possible et c’est vrai, je suis certain qu’il va le dire tout à l’heure dans notre entretien, ce journal a changé sa vie. Ce journal lui a redonné envie de vivre, de se battre, parce qu’il y a eu de gros problèmes de santé. On le verra aussi. Il est aussi rédacteur, il est aussi photographe et je pense que tout le monde le connaît à Neuchâtel. C’est pour ça d’ailleurs que, maintenant qu’on est reparti dans une crise économique probablement plus grave que celle des années 90, on a toujours de la place pour accueillir ici des vendeuses ou des vendeurs du journal à Neuchâtel, à La Chaux-de-Fonds ou ailleurs en Suisse romande et ces gens n’ont qu’à venir vers nous, ils seront les bienvenus. On peut leur garantir, Joël va nous le prouver tout à l’heure, que ce journal peut changer leur vie…
Mais le journal est aussi vendu en Suisse alémanique ?
Bien sûr. Nous avons quelques vendeurs à Zürich, à Berne et là aussi, ils sont les bienvenus. Ils n’ont qu’à nous téléphoner ou nous écrire.
Merci Jean-Pierre pour ces explications et je vais vous laisser rencontrer Joël.
C’est moi qui vous remercie Linda, à bientôt. C’est avec plaisir que je m’en vais aller rencontrer Joël.
On avait rendez-vous avec nos amis le Duo du Bas, vous savez du théâtre Matchbox. On devait les retrouver ici sur le quai de la gare. Je vois qu’ils ne sont toujours pas là, alors soit ils ont raté leur train, soit ils sont dans une autre gare. Quoiqu’il en soit, on va aller les retrouver maintenant et on en saura plus.
Nous sommes toujours au sein de notre rédaction, à la gare de Bevaix, mais cette fois, en compagnie de François Gombàs, bonjour François.
Bonjour Jean-Pierre.
Dans quelques minutes, nous allons présenter à nos téléspectateurs, un humoriste français, mais de couleur comme on dit, qui a passé il n’y a pas longtemps à la Passade, au Centre culturel de Boudry. Un garçon un peu engagé. J’ai presque envie de dire politiquement, même s’il n’aime pas trop qu’on lui dise ça. Finalement, je sais que vous avez étudié un petit peu ça, y a-t-il encore de nos jours, des humoristes vraiment engagés comme on le dit ?
Aujourd’hui, c’est une époque révolue. Il existait dans les années 70, le Petit Rapporteur, tout le monde connaît Jacques Martin, Pierre Desproges, Daniel Prévost. C’était des humoristes dit engagés. Ils se moquaient de tout. Ils n’avaient aucun tabou. Ils ont quand même été boycottés. Ils sont passés aux deux chaînes françaises d’abord sur TF1 et ensuite sur Antenne 2, mais on les a vite censurés, parce qu’ils se moquaient trop des politiciens. Pour cette raison, on a liquidé l’émission.
Ils ont quand même eu quelques descendants, si j’ose dire.
Bien sûr. On peut citer Coluche qui est le représentant idéal de l’humour engagé. C’était un représentant du peuple. C’est pour ça qu’il avait un succès énorme. Mais lui n’avait aucun tabou. Il se moquait de tout le monde, des politiciens de toutes les associations et on peut aussi citer son grand cœur à travers les restaurants du cœur, etc. Vu qu’il se moquait de tout le monde, il était craint. Lui ne craignait personne, il n’avait peur de personne. Par contre, les politiciens en avaient peur. Il s’était même présenté aux élections présidentielles pour tourner cette élection en dérision, d’où le mystère qui plane encore aujourd’hui sur sa mort. Les vraies circonstances, il a eu un accident de moto, mais encore aujourd’hui, on ne connaît pas les détails qui ont fait qu’il disparaisse dans cet accident…
Vous êtes en train de nous dire qu’il y a eu des sous-entendus qu’il aurait été éliminé finalement.
Oui exactement.
Pour quelles raisons aujourd’hui, on n’ose plus vraiment se moquer de tout ?
Aujourd’hui, les rapports qui existent entre les êtres humains, les relations font qu’on doit faire très attention à ce qu’on dit. Il y a peu de gens aujourd’hui qui le font encore. On peut citer Dieudonné. Mais lui, en se moquant des autres, il est décrit comme étant antisémite, pro extrême droite. Même ses amis les plus proches, s’éloignent de lui. Il faut absolument éviter de se moquer des autres. C’est une façon de rire qui n’est plus permise. Elle est peut acceptée, de part les circonstances qui existent dans notre société.
Il y a certaines religions dont on n’ose pas se moquer finalement ?
Tout à fait. Aujourd’hui par rapport à la religion juive et surtout musulmane, il faut faire attention à nos paroles, ne pas se moquer de ces minorités pour ne pas soulever des tensions.
On a vu ce qui s’est passé avec certaines caricatures il y a quelques mois… Mais il est vrai que la frontière entre la politique et l’humour notamment concernant Dieudonné, elle est très étroite. C’est ça le problème ?
Oui. Lui, il a un peu mêlé sa vie privée, ses convictions privées avec son humour. Il reste quand même engagé, il s’est mis en avant pour parler de ses idées et c’est ce qui en fait aujourd’hui l’a contraint à un boycott médiatique. Il est censuré un peu partout.
En tout cas, c’est un problème intéressant. On aura sûrement l’occasion de revenir là-dessus. Il y a manipulation des médias. Il y a manipulation du rire, de l’humour. La belle époque avec le fou du roi est presque révolue ?
Tout à fait. Aujourd’hui, tous les humoristes font très attention à ce qu’ils disent. En fait, s’ils appartiennent à une minorité, que ce soit noire, juive, etc. Ils vont profiter pour rire de cette minorité, mais ils ne vont plus se moquer des autres différences. Ils doivent faire très attention. Même aujourd’hui, une personne qui n’est pas humoriste doit faire attention à ce qu’elle dit. Elle ne peut pas aller dans la rue critiquer toutes les autres personnes sans qu’il y ait un risque de se faire attaquer, critiquer voire vandaliser.
Intéressant si je puis dire l’évolution de notre société. On aura sûrement l’occasion d’en reparler. En tout cas, merci François pour vos recherches et à bientôt.
Merci Jean-Pierre.
Voilà Mesdames et Messieurs. On s’en va à la Passade à Boudry pour rencontrer un humoriste qui vous le verrez a sûrement un bel avenir devant lui.
Voilà. Nous sommes de retour à Bevaix. Juste le temps pour moi de vous remercier de votre fidélité, de vous souhaiter une bonne fin de journée, une bonne soirée. Prenez bien soin de vous et des autres aussi.
Émission présentée par Linda Fischer et Jean-Pierre Lambert
Texte retranscrit par Françoise Berthod