« Quoi de 9 ? » 332 : du 3 au 9 août 2009

 

 

Les frères Totor

 

Salut à tous et bienvenue sur TOR, avec aujourd’hui François Gombàs, Christoph Yavkin et Jean-Pierre Lambert.

 

 

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, chers amis, bonjour et bienvenue sur TOR, votre télévision sociale et culturelle neuchâteloise. On se trouve cette semaine à Savagnier où s’est déroulé, il y a quelques temps, le Giron des Chanteurs du Val-de-Ruz. Notre télévision était évidemment présente et vous a préparé un petit reportage d’environ 25 minutes avec plusieurs entretiens. Mais avant, avant cela, nous allons parler avec Christoph Yavkin de l’histoire des chorales dans notre pays. Christoph Yavkin, bonjour.

Bonjour Jean-Pierre.

 

Alors, comme promis, on va parler du folklore suisse, des chorales, des chorales en Suisse romande en particulier, un monde que vous avez un petit peu étudié pour nous et qui est assez intéressant, je crois ?

Oui, c’est un domaine qui est très vaste pour un petit pays comme le nôtre. Si on prend la Suisse Romande, on dénombre une centaine de chorales répertoriées, sans pouvoir être vraiment certain du chiffre parce qu’il y en a qui sont peut-être dissoutes aujourd’hui, il y en a qui sont peut-être rajoutées, il y en a qui ne sont peut-être pas inscrites. Je me suis personnellement basé sur un document qui les répertorie et qui n’est pas forcément, absolument exact.

 

Si on remonte un peu dans l’histoire des chorales, que peut-on dire ?

Alors ce qu’on peut dire, c’est que… on peut déjà dire que Bossuet avait dit que «l’origine du chant remonte à l’enfance du monde », ce qui est une première constatation tout à fait intéressante. On peut dire que dès la préhistoire, l’homme a chanté. Comme il avait le privilège, il était le seul en fait à avoir le privilège de la voix articulée, ça paraît assez logique… Puis, durant l’Antiquité, que ce soit chez les Perses, les Hindous ou les Grecs, les enfants apprenaient, par le chant, quantité de choses et puis toute la musique, même celle que nous appelons, nous, profane, était inspirée par un souci religieux, essentiellement, et moral.

 

Où trouve-t-on le plus de chorales en Suisse Romande ? Fribourg ?

Alors bon, je voulais juste citer, situer encore, pour l’histoire, que la première chorale officiellement répertoriée en Suisse, historiquement, qu’on ait pu appeler « Chorale » était un ensemble de chanteurs créé par « Sängervater » Nägeli, ce qui signifie un peu le « Père des Chanteurs » Nägeli à Zurich en 1810 et ça va déboucher sur le Männerchor de Zurich, qui est le plus vieil ensemble choral suisse et qui date de 1826.

 

D’accord.

En Suisse romande, puisque vous me posez la question, on dénombre à peu près, comme je le disais, une centaine de chorales et là où on en trouve le plus, si on prend les choses proportionnellement, ce sera dans le canton de Fribourg où il y en a une pour à peu près 11 000 habitants puis le Valais, une pour 14 000 habitants et en nombre réel alors de chorales, ce serait le canton de Vaud avec 32 chorales mais pour 650 000 habitants, ce qui veut dire une pour 20 000.

 

Y en a-t-il des très, très connues, qui sortent un peu du lot ?

Si on parle de chorale vraiment, alors là, je peux citer, en termes de qualité, le Chœur Laudate de Lausanne, qui est fort d’une trentaine de chanteurs et dont la qualité est remarquable. Si on veut s’éviter les foudres des auditeurs de notre sujet, il faut inévitablement citer la fameuse…

 

La Chorale du Brassus ?

La Chorale du Brassus, bien entendu, d’André Charlet, fondée en 1849 et qui est bien entendu la plus connue, la plus réputée très loin à la ronde. De plus elle déploie une activité assez énorme. Actuellement, on peut ajouter à la qualité de ces chorales, la chorale qui s’appelle « Lundi 7 heures », qui est dirigée par un autre spécialiste de la Radio Romande de la musique folklorique, Pierre Hüwiller, de Vuadens, ce sera une « fribourgeoise », il y a aussi « La Chanson du Lac », de Courtepin, qui a une très bonne réputation et puis moi, je citerais volontiers, pour ne pas les oublier un peu, « Le Chœur des Marmoutzets », de Fribourg, qui est fort d’une cinquantaine d’enfants.

 

Et du côté neuchâtelois ?

Dans ce qui est répertorié, justement, il n’y a pas grand-chose, on ne peut pas parler de beaucoup de chorales, il y a bien une Société chorale traditionnelle mais alors Neuchâtel a le mérite de l’organisation du Festival Choral International, manifestation d’envergure, très prisée, qui est devenue une biennale, donc tous les deux ans, la prochaine étant prévue en juillet 2010.

 

Est-ce que l’art vocal a un Patron, comme c’est un peu le cas dans la musique ?

Oui, bien entendu, alors c’est incontestablement le même, c’est la raison pour laquelle tant de chorales de gauche et de droite s’appellent « Sainte-Cécile », c’est donc Sainte Cécile qui est la Patronne de la musique.

 

D’accord. Et si on aimerait avoir plus d’informations sur le monde des chorales en Suisse Romande et en Suisse, où peut-on s’adresser ?

Évidemment, il n’y pas énormément de lieux, d’autant que ça a tendance à disparaître, où on peut parler de musique aujourd’hui puisque Internet envahit tout mais pour les gens qui voudraient avoir accès à un maximum d’information et de matériel sonore sur ce sujet, alors ces gens peuvent fréquenter un lieu qui s’appelle Sympaphonie, à retenir pour ces gens-là, qui se trouve à Payerne et qui est le grand centre rassembleur de ces musiques en Suisse Romande.

 

Et pour terminer peut-être une dernière question. Y a-t-il un organe faîtier qui supervise ou qui dirige un peu toutes ces chorales suisses ?

Bien entendu, alors, il y a, il se situe à Aarau, c’est le Secrétariat général de l’Union Suisse des Chorales, dont il existe aussi un site Internet, qui est ouvert du lundi au jeudi et qui dispose, comme beaucoup de tous ses membres, de sa propre page Internet. On peut donc s’y informer sur les manifestations, sur les formations même et sur les postes à pourvoir.

 

On va rester dans le canton de Neuchâtel pour aller assister donc au Giron des Chanteurs du Val-de-Ruz.

 

 

Nos amis, le duo du bas, du théâtre Matchbox vont également nous parler Chorales. Alors attachez vos ceintures, attention les oreilles !

 

 

Mous sommes toujours dams le Val-de-Ruz mais pour vous parler d’un festival celtique qui a eu lieu sur le Mont-Vully. Vous avez été très nombreux à nous demander de rediffuser cette émission. Mais avant ça, je vais aller retrouver François Gombàs, qui va nous parler de cette fabuleuse époque des Celtes.

 

 

Comme promis, je me trouve avec François Gombàs. Bonjour.

Bonjour Jean-Pierre.

 

Alors on va parler des Celtes, de la civilisation Celte, hein, je crois qu’on peut dire ça comme ça. À quand ça remonte ?

Alors les premiers celtes, qui ont envahi l’Europe, ça date déjà du VIIIème siècle avant J.C. Ils ont dominé l’Europe pendant plus de 500 ans. On sait très peu de choses d’eux parce qu’on n’a pas beaucoup de récits écrits, mais on dit que c’est des mystérieux guerriers qui sont arrivés de l’Est, Indo-européens peut-être. Ils ont colonisés les européens, pendant plus de deux siècles, en se fondant à la population. Donc ils se sont intégrés aux populations locales et pendant cette période-là, les recherches archéologiques ont montré qu’il y avait beaucoup de camps fortifiés détruits, donc il y a eu des populations entières qui ont… qui se sont enfuies devant ces envahisseurs, donc beaucoup de changements, il y avait beaucoup plus de sacrifices humains aussi, etc.

 

Est-ce qu’on sait comment ils étaient structurés ?  

Alors, paradoxalement, on dit que c’étaient des sauvages, mais on dit que c’étaient aussi des visionnaires. Ils vivaient une sorte de démocratie. Ils étaient basés autour de la famille. Le chef, c’était le père. Après, toutes ces familles se regroupaient selon leur culture et là, ils créaient des tribus qu’on appelait « Teuta » et le chef de ces tribus était appelé un « Rix » et puis c’est là que la démocratie intervenait, ils prenaient des décisions entre eux et puis, tant que les décisions de ce chef étaient admises plus ou moins à l’unanimité, eh bien on le gardait comme chef. Mais il y avait aussi les druides à cette époque-là. Eux, c’étaient des personnages un peu religieux qui étudiaient pendant plus de 25 ans la philosophie, la médecine qu’on connaissait avec les herbes, etc. Et ils avaient une grande, grande importance dans leur société aussi.

 

Les Celtes étaient aussi présents en Suisse, un certain moment…

Oui, alors, d’ailleurs une très grande présence. On a retrouvé à la Tène, donc sur les rives du lac de Neuchâtel, des vestiges au XIXème siècle et, depuis qu’on a trouvé ces vestiges, on a d’ailleurs dit qu’il y avait une nouvelle ère de l’âge de fer, qu’on appelle aussi l’Âge de la Tène ou le IIème âge du fer et, grâce à ces vestiges, on a pu se rendre compte que ces gens étaient vraiment des artistes. On peut dire que c’est l’apogée de la culture, de la civilisation celte, c’était à peu près le IIème siècle avant J.C. et ils ont continué à se développer jusqu’à la destruction de leur civilisation par les Romains.

 

Les Hélvètes étaient aussi des Celtes ?

Oui, exactement. Alors on a des vestiges qui datent du IIème siècle aussi, donc approximativement au même âge que la Tène, d’ailleurs ils ont donné leur nom latin, Helvetia, à la Suisse grâce à ce peuple-là et on peut aussi mentionner comme autre peuple celte à la même époque en Suisse, les Rhétiques. D’ailleurs la quatrième langue nationale en Suisse, le romanche, on l’appelle aussi des fois le rhéto-romanche, justement à cause de ce peuple.

 

Vous disiez tout à l’heure qu’il fonctionnait un petit peu sous la forme d’une démocratie mais il y avait aussi pas mal de sauvagerie chez eux….

Oui, d’ailleurs les récits des autres civilisations plus classiques les décrivent comme les conquérants de l’Europe, les barbares de l’Europe. Mais c’est quand même la première grande civilisation d’Europe du Nord qui s’est vraiment installée et puis qui a pu dominer l’Europe pendant des centaines d’années.

 

On sait comment ils ont disparu ?

Alors, paradoxalement, c’est justement cet aspect guerrier, hein, c’était une aristocratie guerrière, ils étaient fiers de se battre, ils étaient tempétueux, ils aimaient vraiment se battre et puis c’est ce qui les a un peu tués et en 50 avant J.C., Jules César a conquis toute la Gaule et a dominé tous les Celtes. En dix ans, il a réussi à écraser cette civilisation. Il les a pris à son propre jeu, c’est-à-dire qu’il faisait en sorte qu’eux s’énervent assez vite comme des fois on entraîne quelqu’un dans une bagarre et c’est ce qu’il a fait, il leur a tendu des pièges de cette manière-là et il a joué sur cet esprit guerrier des celtes pour les anéantir. Et après, on les a poursuivi, donc les générations romaines, plus tard, les ont poursuivi jusqu’au Vème siècle, ils se sont retranchés sur la côte atlantique vers les îles britanniques. Le dernier bastion, c’était en Irlande parce que les romains n’ont pas franchi la mer qui sépare l’Angleterre de l’Irlande et vers le Xème siècle, on peut dire que les Celtes étaient vaincus, il n’y avait plus que quelques tribus ici et là et après, avec le christianisme qui est apparu, les derniers celtes en Irlande ont été évangélisés et cette civilisation a quasi disparu.

 

Vous dites donc qu’ils ont bien sûr disparu mais ils nous ont laissé quand même de nombreux vestiges.

Oui, ils nous ont laissé beaucoup, beaucoup d’artefacts très, très beaux et des objets divers qui démontrent que c’étaient vraiment des artistes hors pair. On a découvert ça surtout au XIXème, XXème siècle parce que, comme je l’avais dit avant, il n’y a pas de récit écrit, donc on n’a pu vraiment redécouvrir cette civilisation seulement il y a 100 ou 200 ans en arrière et alors, il y a surtout des entrelacs qu’ils ont laissé. C’est des objets en fer, entrelacés, qui s’entremêlent l’un dans l’autre et, en retrouvant ça, maintenant il y a plein d’expositions partout et on peut découvrir ça dans plusieurs musées d’Europe.

 

Très bien, merci en tous cas François de nous avoir fait découvrir ce monde un peu mystèrieux. À bientôt.

À bientôt.

 

Et pour illustrer vos propos, on va se rendre donc sur le Mont-Vully, où a eu lieu un grand rassemblement en l’honneur des Celtes.

 

U

n poème d’Éric Broye, mis en images par Oscar Garcia, c’est maintenant, tout de suite, sur TOR et depuis Fenin, s’il vous plaît !

 

 

Notre émission touche gentiment à sa fin, c’est donc depuis le Val-de-Ruz que je me permets de vous souhaiter une très, très bonne fin de journée, une bonne soirée, prenez bien soin de vous et des autres aussi.

 

 

Émission présentée par Jean-Pierre Lambert

Texte retranscrit par Christoph Yavkin