«QUOI DE 9 ? » 344 : du 26 octobre au 1er novembre 2009

 

 

Les frères Totor

 

Salut à tous et bienvenue sur TOR avec aujourd’hui François Gombàs, Christoph Yavkin et Jean-Pierre Lambert.

 

 

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, chers amis bonjour et bienvenue sur TOR, votre télévision sociale et culturelle neuchâteloise. On se trouve cette semaine à l’endroit même où s’est déroulé l’Auvernier Jazz Festival. Un moment absolument magique qui nous a été offert par Jean Martin Peer et son équipe.

 

 

Bonjour Christoph.

Bonjour Jean-Pierre.

 

Après le festival qu’on vient de voir, quand a-t-on commencé de parler de jazz ?

Finalement la notion de jazz n’est pas si ancienne que ça. Il y a des gens qui la situent beaucoup plus en arrière. C’est au tout début du XXème siècle que le terme plus ou moins contesté est apparu. Il faut dire pour bien comprendre que le jazz est une émergence du blues. Le blues existait depuis au moins cent ans. C’est la première forme d’instrumentation, de musique « instrumentisée » existante et qui venait d’Afrique, qui était l’expression des gospels dans le sud des Etats-Unis. Le terme de jazz intervient à partir du début du XXème siècle uniquement. C’est à ce moment-là, un mélange entre le blues qui est vraiment l’origine et les racines, le ragtime qui était très célèbre aux Etats-Unis dans les années 1800 à 1880. Le ragtime, pour situer le mélange, est cette forme de musique jouée au piano, que beaucoup de gens retrouvent. C’est l’arrière-fond des musiques, des Charlots, nos fameux Charlots, des Laurel et Hardy, etc.

 

Mais cela s’appelait jazz déjà ou ça s’appelait blues encore ?

Cela n’avait pas de nom. On cherchait plus ou moins à mettre une étiquette à cette musique. D’ailleurs jazz n’existait pas en tant que tel, mais certaines personnes l’utilisaient. Duke Ellington par exemple préférait parler de « Negro music » carrément, ce qui aujourd’hui paraîtrait péjoratif.

 

On sait qui a inventé ce mot ? Je crois qu’il y a pas mal de divergences sur ce sujet.

Sur la question, pour moi la piste la plus sérieuse est sans doute celle du fait que le mot jazz viendrait de quelque chose comme « jaja » qui était un terme bantou donc afro d’origine et qui signifiait « faire de la musique, jouer de la musique ». Il y a eu énormément de choses farfelues, autres que celles-là, notamment, par exemple, il y a même des gens qui ont laissé entendre que le terme serait venu du mot jasmin, plus précisément du parfum du jasmin que les Français exportaient et débarquaient à la Nouvelle-Orléans.

 

Un peu comme toutes les musiques, le jazz n’est pas quelque chose de statique. Il évolue en permanence.

Oui. Il s’est passé énormément de choses entre le début du siècle, à la fin du ragtime et le développement lui-même. Les connotations concernant le développement sont assez scabreuses, c’est là d’ailleurs qu’on rejoint le fait qu’Ellington préférait qu’on appelle cette musique « Negro music ». Le passage, c’est fait plus ou moins en douceur. Jelly Roll Morton est considéré par exemple comme le passeur de la musique ragtime uniquement au jazz et le terme n’est plus discuté à partir de ce moment-là. On est à peu près dans les époques du Dixieland et des Bechet, Louis Armstrong. Vraiment depuis ce moment-là, le terme de jazz est adopté universellement.

 

Et ensuite si je puis dire…

Ensuite on stabilisera la naissance du jazz à la Nouvelle-Orléans. C’est l’époque des big band qui commencent, les tous grands big band, Count Basie, Duke Ellington. Petit à petit, le jazz prend des proportions plus importantes. Vers les années 1940 apparaît le bop, le hard bop. Il commence à y avoir dans les mélodies de plus en plus d’harmonie, de changements. Les rythmes deviennent avec le bop plutôt syncopés, ultra-rapides.

 

On arrive gentiment dans les années 50.

On y est et tout à l’heure, je parlais des big band. On devient des petites formations. Naissent alors toutes sortes de courants à la vitesse grand V, arrivent le hard bop, le West Coast, le latin jazz. On a derrière nous un arbre généalogique qui détermine très, très bien l’évolution des choses. Mais ça va à une vitesse vraiment folle et ça touche un petit peu toutes sortes de domaines jusqu’à la musique moderne et ensuite beaucoup plus loin d’autres formes de jazz naîtront. Cela devient difficile de donner comme l’arbre l’indique d’ailleurs, une ligne, une définition assez précise à toutes ces formes de jazz qui naissent dans tous les domaines dans tous les sens.

 

Quand on parle de jazz, vous avez cité avant les grands noms du jazz, Armstrong, Bechet, mais il y a aussi des lieux qui ont marqué l’histoire du jazz où c’est le jazz qui les a marqués plutôt ?

Oui, il y a les endroits de la planète où on a enregistré aussi souvent, où se sont déroulées les plus grandes choses et les lieux absolument mythiques à ne pas manquer dans le domaine sont pour ce qui est de la Nouvelle-Orléans, c’est la rue. Pour ce qui est de New-York, le Village Vanguard qui est une petite salle de jazz très intimiste dans laquelle se sont probablement déroulés les plus beaux concerts au monde. C’est d’ailleurs celle qui s’y prête le mieux. Inévitablement, le Blue Note qui donne tout de suite son nom au label du même nom. Ensuite, on peut parler en France du Caveau de la Huchette à Paris qui avait sa petite réputation, grande à la longue. À Londres, le Ronnie Scott’s où se produisait grosso modo toutes les pointures mondiales sans oublier la Suisse, mais peut-être un peu plus sur le tard où les festivals les plus importants sont ceux de Lugano en principe en plein air et de Berne sans oublier celui qui vient d’avoir lieu maintenant, mais qui est spécifique parce qu’il est lié au free jazz essentiellement et qui est celui de Willisau commune du canton de Lucerne.

 

Et puis vous n’avez pas cité le Montreux Jazz Festival ?

Oui peut-être à dessein, parce que pour moi, c’est un festival qui a petit à petit perdu de son essence jazz à proprement parler. Mais bien sûr que c’est un événement très important. Il représente quand même encore pour plus de sa moitié le jazz, mais il y a vraiment une très, très grande partie du festival qui est devenu un petit peu – pas n’importe quoi, mais qui est devenu un peu la kermesse, je dirais, commerciale.

 

Pour tous les passionnés, pour tous les amoureux de jazz, il y a ce poster qui est derrière vous et qui dit vraiment tout sur le jazz. Je crois qu’il est possible de l’obtenir ?

Ce poster, si on arrive à l’apercevoir depuis le bas, est un poster qui est un arbre généalogique, qui est fait de toutes les branches possibles et imaginables de l’histoire du jazz en partant du blues, du New Orleans, du be-bop, du cool, du hard bop et ensuite de tous les autres courants possibles et imaginables. C’est un objet absolument splendide.

 

Comment peut-on l’obtenir ?

Il suffit de téléphoner à la télévision et pour un prix de 45 francs tout compris avec les frais de port dans un rouleau bien emballé, vous faites un cadeau merveilleux à un amateur.

 

Tout à fait. Comme on s’approche de Noël, ça tombe bien. Merci Christoph pour toutes ces explications sur l’histoire du jazz et à bientôt.

Merci Jean-Pierre, à bientôt.

 

 

Quand le jazz est là, la java s’en va… ça c’est Claude Nougaro qui le dit, ce n’est pas le cas chez nos amis, le Duo du Bas, qui sont en train justement de faire la java dans un bistrot pas très loin d’ici.

 

 

« Tu pointes ou tu tires’ », vous connaissez l’expression. On va en effet parler pétanque avec François Gombàs. Bonjour François.

Bonjour Jean-Pierre.

 

Qui dit pétanque, dit Provence. On dit aussi pastis, mais est-ce que cela vient vraiment de cette région-là, la pétanque ?

Oui, ça vient vraiment de la Provence. C’est vrai que quand on parle pétanque, on a ces stéréotypes dans la tête : le chant des criquets, les pins, la chaleur, la Méditerranée et aussi le pastis bien sûr. Mais on se rappelle aussi de Raimu, le célèbre acteur des années 30 qui disait : « Tu tires ou tu pointes ? ». Mais les jeux de boules existent depuis longtemps, ça existait déjà chez les Égyptiens, chez les Grecs et ensuite les Gaulois, ils l’ont reçu de la part des Romains. C’est eux qui ont amené les boules. Au départ, les boules étaient en argile. Ensuite, elles ont évolué, elles ont passé en bois et pour finir en acier. Les jeux de boules ont toujours existé dès le Moyen-Âge, même le peuple aimait ça. La Renaissance, c’est plutôt les nobles qui se sont approprié le jeu de boules. Ils se sont approprié le bilboquet, le jeu de paume qui est devenu le tennis, aussi le billard. D’ailleurs, ils ont interdit au peuple de jouer aux jeux de boules depuis 1628 jusqu’à la Révolution.

 

Et pour quelles raisons ?

On ne le sait pas.

 

Les snobs voulaient se réserver ça pour eux ?

Ils s’étaient approprié ce jeu et ils voulaient se différencier, je pense de la population. Au XIXème siècle après la Révolution, tout le monde s’est de nouveau passionné pour les jeux de boules. Chaque région de France avait un jeu de boules à eux. Les Méridionaux eux, s’étaient passionnés pour le jeu provençal ou la longue. Ils jouaient avec des boules en bois et l’on prenait trois pas d’élan, un peu comme la pétanque aujourd’hui et c’est comme ça que les Provençaux se sont passionnés pour ce jeu.

 

C’est de ce jeu provençal que vient la pétanque ?

C’est un dérivé de ce jeu. C’est grâce à un champion du jeu provençal, il s’appelait Jules Hugues, on l’appelait « Lenoir ». Il a commencé à avoir des rhumatismes et un jour en 1907, c’était à La Ciotat en Provence, il a commencé à jouer avec ses boules et vu qu’il ne pouvait plus bouger, il a dessiné un cercle par terre et il s’est mis à pieds joints et il a lancé le cochonnet et après il a lancé ses boules. Tout le monde l’a regardé et il a dit, il a joué les « pieds tanqués ». C’est deux mots qui viennent de l’occitan «  » veut dire pied et « tanca », pieu. Cela veut dire qu’on jouait avec les pieds joints et c’est comme ça que la pétanque est née. En 1910, on a officialisé le mot pétanque. C’était grâce aux frères Pitiot qui avaient un café et c’est là qu’on avait joué la première partie de pétanque. Eux, ils ont tout de suite compris l’intérêt de ce jeu et ils se le sont approprié, ils ont fait des règles et en 1910, officiellement, la pétanque était née…

 

Et avec quel genre de boules, est-ce que l’on jouait à cette époque ?

C’était des boules en bois, on les appelait, des boules cloutées. C’était l’invention d’un Alsacien, Félix Rofritsch qui en 1904 a inventé ces boules. On prenait des boules en bois et l’on plantait des clous tout autour, on les métallisait comme ça et on a utilisé ces boules jusqu’en 1927. C’est les boules officielles de la pétanque. Il a fallu attendre jusqu’en 1927, jusqu’à ce qu’on invente la boule en acier et depuis 1930, ce sont les boules qu’on utilise officiellement pour jouer à la pétanque. C’était à Saint-Bonnet-le-Château et c’est là qu’il y a aussi le Musée de pétanque et jeux de boules en France.

 

C’est un sport qui est très vite devenu populaire, mais aussi international ?

Oui, d’abord c’étaient les Français. D’ailleurs en France, aujourd’hui, c’est le 8ème sport avec le nombre de licenciés. Il y en a plus de 350 000. Dans le monde, on dénombre 600 000 licenciés dans plus de 80 pays de l’Algérie jusqu’au Vietnam. Si on compte les joueurs amateurs du dimanche ou pendant les vacances, il y a plusieurs millions de personnes qui sont passionnés de la pétanque. On peut aussi dire que c’est un sport qui a été créé par une personne qui était légèrement handicapée. Il a aussi pensé aux gens qui avaient une mobilité réduite, qui étaient en chaise roulante, qui ne pouvaient pas se déplacer. C’était aussi un sport humanitaire, un peu généreux. Pour conclure, on peut dire que vraiment aujourd’hui la pétanque, c’est quand même le symbole, l’ambassadeur de la Provence pour le monde entier.

 

Extra. Ça sent bon les vacances. A bientôt François.

À bientôt Jean-Pierre.

 

Voilà Mesdames et Messieurs pour illustrer tout ça, nous allons nous rendre à Neuchâtel sur les Jeunes-Rives, où se sont déroulés il n’y a pas tellement longtemps, les championnats suisses de pétanque.

 

 

On va terminer cette émission par un feu d’artifice. C’était à la Fête des Vendanges dans la baie de l’Evole, pas très loin d’ici.

 

 

Merci aux frères Guinand et au comité de la Fête des Vendanges pour ce fabuleux feu d’artifice. Notre émission touche à sa fin et il est temps pour moi de vous souhaiter une très, très belle journée, une bonne soirée et une bonne nuit. Prenez bien soin de vous et des autres aussi !

 

 

Émission présentée par Jean-Pierre Lambert

Texte retranscrit par Françoise Berthod