« Quoi de 9 ? » 350 : du 7 au 13 décembre 2009

 

 

Les frères Totor

 

Salut à tous et bienvenue sur TOR, avec aujourd’hui François Gombàs et Jean-Pierre Lambert.

 

 

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, chers amis, bonjour et bienvenue sur TOR, votre télévision sociale et culturelle neuchâteloise. On se trouve cette semaine au Musée d’Ethnographie de Neuchâtel, devant la magnifique fresque qu’a réalisée Hans Erni. Hans Erni qui est un des plus grands peintres suisses qui a fêté cette année son centième anniversaire. On se trouve devant cette magnifique peinture pour parler avec François Gombàs… bonjour François…

Bonjour Jean-Pierre.

 

de la problématique des non voyants et des malvoyants, des personnes qui, finalement, ont-elles de la peine de s’intégrer dans notre société ? Ont-elles de la peine à faire les mêmes métiers que nous, voire de devenir des artistes ?

Non, pas vraiment, ils ont quand même plus de peine, mais ils arrivent aussi à exercer des métiers et à être des artistes complets. C’est vrai qu’ils développent une autre sensibilité parce qu’ils doivent développer leurs autres sens mais surtout, pour les malvoyants et les aveugles, c’est l’ouïe. Donc beaucoup se lancent dans la musique, deviennent auteurs-compositeurs ou jouent d’un instrument, comme Stevie Wonder, Ray Charles et aussi Gilbert Montagné, plus près de chez nous. Mais ils exercent aussi d’autres métiers, comme psychologues, comédiens, humoristes, avocats et aussi des sportifs dans le ski, l’escalade, le tir à l’arc, la natation, le vélo, ils arrivent tout aussi bien. Peut-être ce qui est le plus surprenant, pour nous voyants, c’est que des malvoyants réussissent aussi dans d’autres arts où il faut vraiment, normalement, voir les choses comme les sculpteurs mais surtout la peinture, à l’instar de Ezref Armagan, qui est un peintre connu mondialement. Il a défié ce que tous les scientifiques pensaient par rapport aux aveugles, de leurs aptitudes perceptrices, donc il peint des paysages, des personnages, des portraits et, notamment, il a peint le portrait de Bill Clinton, l’ancien Président des États-Unis. Les malvoyants, ils doivent beaucoup à un personnage célèbre, Louis Braille, qui leur a ouvert les portes de la connaissance parce qu’il a inventé un système d’écriture qui leur permet de créer aussi… Bon, aujourd’hui, on a aussi les ordinateurs, avec les enregistrements, les gens ont accès aux connaissances.

 

Mais quelques mots peut-être encore justement sur Louis Braille, parce qu’il a joué un rôle vraiment important…

C’est vrai ! C’est lui qui a vraiment donné accès aux connaissances, que ce soient mathématiques ou littéraires ou musicales aux aveugles et aux malvoyants. Alors tout a commencé avec un tragique accident : c’était le fils d’un bourrelier, un bourrelier, c’est une personne qui fait des selles et des objets en cuir, et il avait un atelier. Tout petit, quand il avait trois ans, il aimait jouer dans l’atelier de son père, il a pris une alène, c’est un poinçon pour percer le cuir, et il s’est percé l’œil, il s’est crevé un œil. Alors ses parents, avec les moyens de l’époque, la médecine, ils n’ont fait que bander son œil et malheureusement l’oeil s’est infecté et cela s’est propagé à l’autre œil, il est devenu aveugle au bout de quelques années, il a perdu toute sa vue. Mais il était très intelligent, il a décroché une bourse pour aller à l’Institut Royal des Jeunes aveugles à Paris où, tout de suite, on l’a reconnu pour son génie. Et puis un jour, lors de ses treize ans, un personnage, un ancien capitaine à la retraite de l’armée, Monsieur de la Serre est venu montrer son système de lecture pour les non-voyants. Il comprenait douze points. Le petit Louis a été impressionné et il a été inspiré par cette idée et il a développé son propre système à lui qui n’était basé que sur six points.

 

Concernant justement le système de Louis Braille, qu’est-ce qu’il a de particulier ? Qu’est-ce qu’il fait qu’il est meilleur que ce qui existait déjà ?

Bon, comme je l’ai dit avant, il n’est basé que sur six points. L’autre l’était sur douze, donc les lettres sont plus petites et puis il est beaucoup plus facile à écrire, on ne doit pas déplacer le doigt comme on devait le faire avec l’autre, et il est accessible à tous les malvoyants. D’ailleurs il a permis à beaucoup d’avoir accès à toutes les connaissances, c’est ça qui est bien. Bon, cette année, on fête le bicentenaire de Louis Braille, il était né en 1809 et, à travers le monde, on fait des fêtes, des événements en sa mémoire, pour l’honorer de ce qu’il a apporté aux malvoyants et aux aveugles.

 

On a parlé de l’écriture mais il y a encore d’autres moyens qui sont mis en œuvre pour aider les malvoyants ou les non voyants…

Oui, déjà pour se mouvoir on bien se promener dans la rue, ce n’est pas évident. Donc aujourd’hui, on a des écoles de chiens guides d’aveugle pour aider ces personnes. Bon, il faut que la personne qui a un chien, déjà aime les chiens ; ce n’est pas pour tout le monde ! Il faut qu’elle soit capable de le sortir, donc ce n’est peut-être pas pour toutes les personnes mais ça leur permet de se repérer, de se mouvoir. D’abord, ils sont formés dans une école spécialisée pendant quelques années ; ensuite il y a un stage qui se fait avec la personne qui recevra le chien pour qu’il puisse s’habituer au domicile du maître, et pour que le maître puisse aussi s’habituer. Et après, on leur remet le chien. Pour les chiens guides d’aveugle, la première école date en fait de 1915 seulement, malgré qu’on utilisait les chiens depuis toujours, depuis 10 000 ans, ce sont les premiers animaux qu’on a domestiqués, mais ça ne fait que depuis 1915, pendant la première guerre mondiale, en Allemagne, qu’on a créé la première école de chiens pour aveugles parce qu’il y avait beaucoup d’invalides qui revenaient de la guerre puis qui étaient aveugles et on a découvert ce moyen-là pour les aider. Il y a aussi un autre moyen, c’est la canne, la canne blanche. Malgré qu’on utilise la canne depuis des siècles pour les aveugles, la canne blanche n’est apparue qu’en 1921. C’est un britannique, photographe, qui a eu le malheur d’avoir un accident, il est devenu aveugle et il a eu l’idée de repeindre sa canne tout en blanc pour se mouvoir dans le trafic routier qui était en pleine croissance à l’époque et c’est un peu grâce à lui que cette canne est aujourd’hui universellement blanche. Bon, il y a aussi des lois qui protègent, en Suisse, les aveugles, ceux qui ont la canne blanche : quand ils sont au bord de la route, si vous voyez une personne avec une canne blanche qui la lève, l’automobiliste doit s’arrêter immédiatement, comme si c’était un passage piéton. Et la deuxième règle, c’est qu’il n’y a que les personnes aveugles ou malvoyantes qui ont le droit d’utiliser cette canne blanche.

 

Merci François pour toutes ces informations, à bientôt.

À bientôt, il n’y a pas de quoi.

 

On va maintenant voir en images ce que vient de nous raconter François en allant retrouver Jean Devost, on peut déjà le dire, ce célèbre peintre québécois mais qui habite depuis bien des années à Neuchâtel et qui organise justement dans son atelier des cours de peinture pour les malvoyants et les non-voyants.

 

 

Il est temps de retrouver nos amis, le Duo du Bas, vous savez, qui sont en train d’organiser pour notre télévision, un immense jeu télévisé, qui s’appellera TOR BOYARD et c’est ici, au Musée d’Ethnographie, qu’ils devraient arriver pour créer un immense camping, ici, dans le jardin, pour recevoir les candidats. Mais je crois qu’ils arrivent, on va leur laisser la parole. 

 

 

Et maintenant, en exclusivité sur TOR, pour ceux qui n’ont pas vu ou qui aimeraient revoir le Corso fleuri de la Fête des Vendanges.

 

 

TOR ne serait pas une télévision culturelle si elle n’ouvrait pas de temps en temps une page littéraire ou poétique et c’est ce qu’on va faire avec François Gombàs puisque tout à l’heure, on va écouter un poème de Victor Hugo. Alors, Victor Hugo, je suis certain que tout le monde ne sait pas beaucoup, beaucoup de choses sur lui.

En effet, pourtant c’est le plus grand écrivain romantique de la littérature française. C’est non seulement un poète, c’est aussi un romancier, dramaturge, dessinateur, philosophe, même politicien. Il est né pas très loin de chez nous, à Besançon, en 1802 et son père était général dans l’armée de Napoléon. Dans les premières années, il a suivi son père dans les campagnes militaires, en Italie, en Espagne puis, vers l’âge de 11 ans, ses parents étant séparés, il est revenu avec sa mère à Paris. Elle était assez indulgente et elle se souciait peu de son éducation. Alors, il s’est un peu éduqué tout seul, comme un autodidacte et il a beaucoup lu. Il aimait les mathématiques et la littérature. Il voulait d’abord aller à l’École Polytechnique, mais il s’est finalement tourné vers la littérature.

 

Victor Hugo a également été académicien, je crois.

Oui, il a été élu à l’Académie Française en 1841, après un premier échec d’ailleurs, mais il n’a pas toujours siégé de son vivant parce que c’était, comme je l’ai dit avant, un homme politique engagé. En 1848, c’était un homme politique plutôt de droite et il a été élu député de Paris. Et puis après, il a voulu entrer en concurrence avec d’autres pour la Présidence Française et ça n’a pas marché, il n’a pas été soutenu Alors, il a été un peu dégoûté et il s’est tourné plutôt vers la gauche. Il a fait partie du coup d’état contre Napoléon III, le 2 décembre 1851 et ça lui a valu l’exil. Il a donc dû s’exiler 20 ans. D’abord, il est parti en Belgique puis à Jersey, Guernesey et cette période correspond peut-être à sa période littéraire la plus faste et la plus puissante. Il a beaucoup écrit pendant cette période-là et il a refusé l’amnistie qu’on lui offrait, plusieurs amnisties qu’on lui a offertes et il n’est rentré que quand Napoléon a été déchu de son pouvoir, au début des années 1870. Et puis après ça, il a continué à écrire et il est mort en 1885, à l’âge de 83 ans, pendant la saison des roses, ce qu’il avait prédit quinze années auparavant. Ses obsèques, elles ont été suivies par quasi toute la France ; il y avait plus de trois millions de personnes qui ont suivi ses obsèques car c’était vraiment un grand homme et on a même publié ses ouvrages, il a fait une œuvre monumentale, après sa mort, mais on peut retenir surtout peut-être la plus grande, c’est « Les Misérables » qu’il a écrit en 1862, pendant son exil et que lui-même considère comme son œuvre la plus accomplie. Il a dit : « On va se souvenir de moi grâce à cette œuvre, sûrement ! »

 

Très bien, merci François et puis à bientôt.

À bientôt.

 

On va rester donc avec Victor Hugo et un poème qu’il a écrit et qui a été mis en images par Oscar Garcia.

 

 

C’est sur ces images que se termine notre émission, merci, Mesdames et Messieurs, d’être resté avec nous, passez une bonne fin de journée, une bonne soirée, prenez bien soin de vous et des autres aussi !

 

 

Émission présentée par Jean-Pierre Lambert

Texte retranscrit par Christoph Yavkin