Intergénération : au home La Lorraine à Bevaix
Je m’appelle Georgette.
Je m’appelle Marianne.
Frédy
Je m’appelle Huguette
Je m’appelle Atiji Kajan
Je m’appelle Jean-Pierre Boullier
Je m’appelle Josiane
Je m’appelle Cyril Yerli
Voilà Alice.
Bonjour, je m’appelle Nicolas Scherrer.
Bonjour, je m’appelle Amandine Hostettler.
Je m’appelle Carl.
Josiane Elzingre
Il y a environ quatre ans, j’avais très envie de travailler avec les personnes âgées et les enfants du village de Bevaix. Je m’étais approchée de La Lorraine et j’ai été accueillie par une animatrice qui s’appelait Alexia Vinzce, qui n’est plus là maintenant et qui, dans un premier temps, n’a pas ouvert grande la porte. Mais c’était aussi, d’un côté, utile, puisqu’on a pu poser des jalons et ne pas faire n’importe quoi.
Il y a environ depuis quatre ans que je viens avec un groupe d’enfants, quatre, cinq ou six, cela dépend des années ou des mois, des malades ou des autres activités des enfants, un après-midi par mois. Et les deux premières années, on a fait uniquement de la poterie, parce qu’Alexia était potière et elle anime un atelier poterie et nous faisions de la poterie avec les personnes âgées. C’était donc assez manuel et les enfants étaient très contents, parce que d’un côté, ils pouvaient prendre après les poteries qui étaient cuites à la maison. Ils étaient valorisés. Les enfants avec lesquels je viens à La Lorraine, c’est des enfants qui ne sont pas têtes de classe. Ils sont intégrés dans le système scolaire primaire, mais ils rencontrent dans l’apprentissage de grandes difficultés et c’est pour cela qu’une fois par mois, on les sort de l’école. Leurs copains sont à l’école et continuent à bosser, et pour qu’ils vivent autre chose.
Et ici, ils sont les premiers. Ils sont leaders, ils sont toujours accueillis. Ils sont les petits rois ou les petits princes.
La grande idée, c’était aussi « l’intergénération ». C’est vrai que ce sont des enfants qui ne sont pas gênés quand on leur pose tout le temps la même question, parce qu’eux ils posent aussi souvent la même question.
Alors, à l’école, souvent leurs copains se moquent un peu d’eux parce qu’ils leur disent : « Tu me l’as déjà demandé, mais je te l’ai déjà dit… » Ici, ils sont assez à l’aise. C’est vrai qu’avant de venir ici, on a passé un moment, un temps d’échange et de discussions. Qu’est-ce que c’est une personne âgée, qu’est-ce que c’est un home ? Pourquoi ils sont là ? Qu’est-ce que la maladie d’Alzheimer, etc. ? On en a quand même un petit peu discuté. Mais, ils se sont sentis très vite à l’aise.
Donc au début, c’était essentiellement la poterie, puis se sont greffés quelques ateliers cuisine avec ici la chef de cuisine, Evelyne Seweer. Ils aiment beaucoup cette dame, Madame Seweer, qui n’est pas du tout sévère, qui était vraiment très chaleureuse avec eux et qui est très proche d’eux. On a fait pas mal de canapés, de cakes, de biscuits, de biscômes, de truffes. Chaque fois qu’ils rentrent à la maison, ils ont quelque chose à reprendre avec eux pour apporter dans leur famille. S’il y a trois ou quatre enfants, il y a un paquet un peu plus grand. Et avant de partir, on prend les quatre heures et il y a toujours en suffisance pour qu’ils aillent dans les chambres apporter un petit peu de notre surplus ou ce que l’on a confectionné en trop, dans les chambres des personnes qui ne peuvent pas se déplacer.
En général, dans ces ateliers, on rencontrait toujours les mêmes personnes, les mêmes résidents de La Lorraine. Donc, des liens se sont créés entre les enfants et les personnes et c’est par exemple : « Les demoiselles Procureur n’ont pas d’autre famille et elles aiment beaucoup les enfants ». C’est deux sœurs jumelles qui sont attachées aux enfants, puisqu’en plus ce sont les seuls enfants qu’elles voient durant leur fin de vie. Je trouve que pour eux, c’est une leçon de vie. Ils ont grandi et ils ont mûri, c’est vrai. Ce qui a changé, c’est ce qu’ils rapportent en classe, parce que c’est vrai que le lendemain, leurs copains les interrogent. Qu’est-ce que vous avez fait ? Qu’est-ce qui s’est passé ? Au début, ce qu’ils racontaient surtout, c’est : on a bricolé, on a pris les quatre heures. Ca s’arrêtait là, tandis que maintenant, ils savent parler de Mme Bakuzi, de M. Monnier qui a des problèmes de vue. Quand on est allé faire une balade sur les rives de Neuchâtel, ils étaient chacun responsable d’un fauteuil roulant. Ils ont pu dire aussi à leurs copains que ce n’était pas facile de conduire un fauteuil roulant avec les trottoirs, etc.
C’est plutôt la relation à l’adulte ou à l’autre qui a mûri, qui a grandi. Eux, ils ont aussi grandi par rapport à ailleurs. Ils sont à l’aise ici. C’est vrai qu’une ou deux fois, il y a eu de petits accrochages. Ils ont été très interpellés. Un jour, deux résidents se sont pris de bec, même pris de bras. Il y a un coup de poing qui est parti et on a pas mal pu en discuter avec les enfants qui, des fois, se contrariaient et en venaient aux mains, que cela arrivait aussi à quatre-vingts ans et qu’il fallait aussi gérer cela. Je trouve que c’est une belle leçon de vie. Ce qu’ils ont aussi beaucoup questionné, c’était sur l’école des personnes âgées. Comment se vivait l’école, est-ce qu’il y avait des changements, est-ce que c’était la même école ? Cela les a interpellés quand ils entendaient qu’ils étaient quarante par classe, qu’ils devaient faire une ou deux heures à pieds pour arriver à l’école, alors qu’ici toutes les mamans les conduisent en voiture jusque devant l’école. Il y a eu quand même pas mal de petites choses.
Marianne von Allmen
Alors, cela fait quatre ans que ces ateliers existent avec des enfants de Bevaix et des résidents. On se voit une fois par mois. C’est chaque fois avec une autre animatrice, comme cela l’activité proposée est chaque fois différente. Il y a eu des ateliers pâtisseries, il y a eu des ateliers bricolages, la mémoire. Enfin, des choses toujours différentes. L’un des derniers projets, c’était la création d’épouvantails. Ils ont fait cela. Ils ont fait des dessins à l’école d’épouvantails, car cela sera le thème de notre fête des familles.
Au mois de mai, on a accueilli toute la classe de Bevaix qui est venue avec ses dessins et on a fait un vernissage. C’est vrai que les résidents apprécient beaucoup les enfants. Cela amène beaucoup de joie, de gaieté. C’est aussi un lien, c’est aussi des personnes qui viennent de l’extérieur. Donc, cela fait vraiment beaucoup de bien. Les enfants sont naturels, attentionnés. Ils ont été discuter aux tables avec les résidents. Ils ont servi les boissons, ils se sont beaucoup exprimés. Ces enfants sont très à l’aise. Ils vont facilement aussi se promener dans les couloirs. Cela fait un grand bien. Il existe une belle complicité entre les résidents et les enfants, tout en simplicité. Ils s’entendent tout de suite très bien. Lors des ateliers, il y a aussi une belle entraide car les résidents ont des fois de la peine à faire des opérations. Donc, il y a une belle entraide avec les résidents. Les enfants ne sont pas du tout irrespectueux. Ils n’ont pas forcément le même rythme. Par contre, au bout d’une demi-heure d’atelier, ils ont besoin d’aller se dégourdir dehors mais ils reviennent ou ils s’asseyent. Ils aident vraiment les résidents. Une belle complicité !
Nicolas : Tu aimes bien venir ici pour faire quoi, pour faire des bricolages, pour parler avec les personnes âgées ?
Un petit peu les deux. J’aime bien faire des choses avec les personnes âgées. On les aide et il nous aide quand on a un petit peu de la peine et j’aime bien La Lorraine.
Atiche : Pour toi, c’est quoi de venir à La Lorraine ? C’est de venir s’amuser ou que cela nous aide mieux pour l’école ?
Cela nous aide mieux pour l’école.
Cyril : Est-ce que tu aimerais mieux rester en classe ou plutôt venir à La Lorraine ou tu préférerais rester avec les autres en classe pendant qu’ils vont à La Lorraine, les autres ?
Ca dépend, parce qu’avec Maxime on s’amuse bien et à La Lorraine, des fois aussi, on s’amuse bien.
Atiche : Tu trouves que les personnes âgées sont vraiment accueillantes ou pas du tout ?
Elles sont très accueillantes.
Et toi Amandine ?
Ils sont très gentils avec nous et si l’on n’arrive pas à faire quelque chose, ils nous aident volontiers.
Carl : Tu aimes bien venir ici faire des bricolages ?
Ca dépend. Des fois, c’est des trucs que je n’aime pas du tout. Mais des fois, quand on fait de la pâtisserie, justement j’aimerais bien faire cela quand je serai plus grand, cela me fait plaisir d’en faire.
Et toi Cyril ?
J’aime bien faire des bricolages, des trucs bien que l’on peut ramener à la maison.
Et toi Amandine ?
J’aime bien quand on fait par exemple des canapés et après on doit les apporter dans la chambre des personnes âgées.
Et toi Atiche
J’aime bien faire la cuisine avec les personnes âgées et après on peut aussi les ramener à la maison.
Merci.
Alors, notre épouvantail, c’était une sorte de rockeur un peu mélangé avec du punk.
Oui, surtout, c’est moi qui ai tout dessiné.
C’était moi qui avait eu l’idée de le faire.
Non, c’était moi.
Non, toi c’était le skateur.
Non, c’était moi.
Non, c’était moi.
Bon d’accord, j’avoue c’était toi.
On l’a fait en papier avec des couleurs assez différentes, comme cela il ressortait bien.
Surtout du noir.
Il y avait plus de noir que d’autres couleurs.
Le noir, c’est l’une de mes couleurs préférées.
A moi aussi.
Et puis, on lui a fait les yeux rouges comme un démon.
Et aussi des pics dans les cheveux.
Moi, j’ai fait cet épouvantail avec Maruschia, mais elle n’est pas là aujourd’hui. Elle est à l’école. Et on a fait un couple. Moi, j’ai fait le monsieur, elle, elle a fait la dame. On les a à peu près habillés la même chose. On leur a fait un chapeau avec une fleur dessus. On leur a fait une ceinture avec de la paille qui tombe et cela s’appelle : « La famille Chippo », mais nous on les appelle « Les Chippolatas ».
Moi, j’ai fait avec mon camarade de classe qui s’appelle Ferat. On a fait un épouvantail métallique. On l’a fait avec des néocolors métalliques, du papier d’alu et un peu de peinture. Quand on l’a donné aux personnes âgées, elles ont dit qu’il était très joli.
Charlotte Du Pasquier
Le corbeau et le renard
Maître corbeau sur un arbre perché
Tenait en son bec un fromage
Maître renard par l’odeur alléché, lui tint à peu près ce langage
Eh bonjour, Monsieur du corbeau, que vous êtes joli, que vous me semblez beau
Sans mentir, si votre ramage se rapporte à votre plumage, vous êtes le phénix des hôtes de ces bois
A ces mots, le corbeau ne se sent plus de voix, il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie
Le renard s’en saisit et lui dit : « Apprenez que tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute ». Cette leçon vaut bien un fromage. Sans doute.
Le héron
Savez-vous qu’il y a des hérons au bord du lac de Neuchâtel et que j’en ai vus. Alors, je vous raconte une fable de La Fontaine, le héron.
Un jour, sur ses longs pieds allait je ne sais où, un héron au long bec emmanché d’un long cou. Il côtoyait une rivière
L’onde était transparente ainsi qu’aux plus beaux jours
La commère, la carpe, y faisait mille tours avec le brochet, son compère
Tous approchaient du bord
L’oiseau n’avait qu’à prendre, mais il crut mieux faire d’attendre qu’il eut un peu plus d’appétit
Or, quand l’appétit vint, il trouva du goujon
Du goujon, c’est bien là le dîner d’un héron
J’ouvrirais pour si peu le bec
Oh Dieu ne plaise
Il l’ouvrit pour bien moins car tout alla de façon qu’il ne vit plus aucun poisson et fut tout heureux et tout aise de rencontrer un limaçon
Moralité : Ne soyons pas si difficiles, les plus accommodants, ce sont les plus habiles au hasard de perdre en voulant trop gagner.
Gardez-vous de ne rien dédaigner.
La cigale et la fourmi
La fourmi ayant chanté tout l’été se trouva fort dépourvue.
Ce n’est pas la fourmi qui a chanté
La cigale ayant chanté tout l’été se trouva fort dépourvue quand la bise fut venue
Elle alla crier famine chez la fourmi sa voisine, priant de lui prêter quelques grains pour subsister jusqu’à la saison nouvelle
Je vous rendrai, foi d’animal, intérêts et principal
Mais la fourmi n’est pas prêteuse et c’est ça son moindre défaut
Que faisiez-vous au temps chaud dit-elle à son emprunteuse
Je chantais, lui dit-elle
Vous chantiez, je suis fort aise
Chantez maintenant
Dansez maintenant
Texte retranscrit par Françoise Berthod