Monsieur Marco Feruglio : Les Lotos du Coeur

 

Marco Feruglio (Lotowin)

Sur la région neuchâteloise, jusqu’à cette année, on n’avait pratiquement pas ou peu de lotos l’été. Nous, on organise des lotos en saison. On a l’habitude de le faire, c’est notre job. On a un savoir-faire et ce qui se passe, c’est que nos Neuchâtelois vont jouer à l’extérieur pendant l’été. Alors, on s’est dit qu’on allait faire quelque chose et aussi leur mettre en place des lotos, puisqu’il y a une certaine demande.

 

Alors, on s’est approché du patron du restaurant La Croisée, parce qu’il fallait une salle et il a mis à disposition ses locaux et l’idée me trottait dans la tête, déjà depuis un certain temps, de mettre en place des lotos avec une vocation davantage caritative. Habituellement, on organise des lotos pour les associations, sports, culture, etc. ce qui est fort bien. Et l’idée, on vit dans un monde de plus en plus… les pauvres sont pauvres et par rapport à cela, on a eu envie de faire quelque chose pour les plus démunis et ce qu’on va appeler dorénavant une solidarité de proximité. À partir de là, on a mis en place ces Lotos du Cœur. Sur un premier jet, on va en faire cinq cet été depuis le 25 juin. C’est celui que nous faisons aujourd’hui. Ils seront suivis plus tard… je ne sais plus les dates.

Ensuite de cela, l’idée était de mettre en place ces lotos en faveur d’institutions caritatives. Dans un premier temps, on a décidé de choisir nous-mêmes des institutions, des associations. La première fois, ce sera pour les Cartons du Cœur, c’est aujourd’hui. Ensuite, c’est Objectif Réussir, le journal de rue qui sera bénéficiaire des bénéfices du loto, puis plus tard, on va jouer aussi pour la Fondation Théodora, pour la Fondation qui élève les chiens pour personnes aveugles, pour une association qui s’appelle Association directe qui fait aussi de la solidarité de proximité. Voilà.

Dans un deuxième temps, notre idée c’est de demander aux joueurs, finalement ceux qui vont venir alimenter ces fonds qu’on va remettre à ces associations, de leur demander en faveur de qui ils ont envie que ces bénéfices soient donnés, toujours dans cet esprit d’une solidarité de proximité. Donc, l’idée c’est de vraiment s’intéresser à des associations qui sont proches de chez nous, qui sont de la région, du canton, voire de la Suisse romande pour certaines, en ce sens que c’est, cette solidarité de proximité qui nous intéresse à travers cette démarche.

Techniquement, Lotowin organise des lotos depuis maintenant deux années. On est encore jeune sur ce marché, mais on a eu un excellent essor cette dernière saison par rapport aussi à un savoir-faire, à un marketing qu’on a mis en place où on est très proche des joueurs. On cherche à travers un club de joueurs qu’on a mis en place, à travers des actions, des promotions. On a un marketing qui est assez pointu pour que les gens nous restent fidèles parce qu’il faut dire qu’en matière de loto en saison, on a quand même une concurrence vive et aujourd’hui, si l’on veut se démarquer un peu, il faut mettre en place des solutions originales. Or, cela a été notre objectif. On l’a fait, aujourd’hui on a ce succès et c’est ce qui nous permet justement de proposer maintenant des lotos dans des contextes un petit peu différents et ces lotos du cœur sont l’un de ces contextes un peu différents qu’on va initier maintenant. On ne sait pas quels seront les résultats. Il va falloir peut-être en faire quelques-uns pour habituer le public à les fréquenter. Mais, on est sûr qu’à terme… on a remarqué que les joueurs sont assez solidaires et répondent favorablement lorsqu’il s’agit de lotos qui sont destinés justement à des actions de solidarité. Alors, on s’est approché des associations bénéficiaires effectivement en leur proposant, de manière non contraignante, puisqu’ils avaient le choix de mettre à disposition un certain staff, un certain nombre de bénévoles pour donner un coup de main. Ce qui veut dire qu’aujourd’hui, les contrôleurs du loto, les caissiers du loto seront des gens qui appartiennent à la société de l’association des Cartons du Cœur et c’est aussi pour eux et pour les autres associations que jouent les futurs bénéficiaires de ces lotos, c’est aussi pour eux d’être en contact avec un certain public, de se faire connaître davantage et de pouvoir aussi parler d’eux et de leur action. Bien sûr, à ce niveau-là, une tribune leur est offerte pour parler de leur propre réalité.

En matière de loto, ce que l’on pourra dire, c’est que l’on profite du lancement de ces lotos du cœur pour lancer un nouveau produit, on pourrait dire, c’est-à-dire qu’à partir de ce loto, on met en place une carte de fidélité. On est les premiers à la faire dans le canton sous cette forme-là. Cela veut dire que, dorénavant, les gens qui nous suivent régulièrement auront un seizième loto gratuit lorsqu’ils auront acquis quinze tampons, le seizième sera gratuit. Là encore, c’est une manière de remercier nos joueurs fidèles et de les fidéliser encore davantage.

 

 

Tony Gigandet (Les Cartons du Cœur)

Les Cartons du Cœur découlent de Laurent Borel, actuellement journaliste à la Vie protestante. Ce Monsieur entraînait des joueurs de football et après les matches, ils se rencontraient pour faire une petite pause, pour aller boire un verre ou quelque chose comme cela. Il s’est aperçu que dans son équipe, il y avait toujours deux ou trois garçons qui ne suivaient pas et il s’est renseigné pourquoi et c’est des enfants où les parents n’avaient peut-être pas les moyens de les aider comme il faut pour leur permettre de participer avec les autres. Laurent Borel a demandé aux autres : « Si vous êtes d’accord, on veut les aider » et c’est là qu’est partie l’idée des Cartons du Cœur. Et autrement dit, après il s’est dit puisqu’on peut le faire pour des enfants, on pourrait peut-être le faire pour des adultes. Les Cartons du Cœur, il ne faut pas l’oublier, ce n’est pas une canne, c’est un coup de pouce. C’est une intervention entre la fin, peut-être d’un salaire, la fin d’un licenciement, plutôt le début d’un licenciement et jusqu’au moment où les personnes ont l’aide des services sociaux.

 

Alors, la marchandise, nous on les aide sous forme de nourriture, et je pense, on part du principe qu’entre la demande aux services sociaux qu’ils ont faite et jusqu’à quand ceux-ci peuvent les aider, il se passe environ une quinzaine de jours. D’où notre idée de donner de la nourriture, de donner la possibilité d’avoir à manger pendant ces quinze jours. Nous préparons des lots d’avance. Ces lots sont préparés grâce à notre récolte annuelle de fin octobre que l’on fait devant les grandes surfaces du canton. Là, nous récoltons ce que l’on appelle les produits non périssables. Autrement dit, le riz, l’huile, la farine et surtout des produits d’hygiène. Les livraisons ont lieu deux fois par semaine, le mardi et le jeudi. Chaque fois dans nos cartons, dans nos livraisons, on met des produits frais. Autrement dit, du beurre, des fromages, des légumes, des fruits. C’est pour cela que l’on a besoin de sous pour acheter ces produits-là. Bien sûr, vous allez me dire que les produits frais ne peuvent pas durer pendant quinze jours de temps. C’est juste. Alors on additionne, on met des bons de grandes surfaces, je ne veux pas faire de réclame, où il n’y a ni alcool, ni cigarette. Ces bons leur permettent de renouveler les produits frais jusqu’à la fin, jusqu’à ce que les services sociaux rentrent en considération. Actuellement, on a beaucoup de jeunes. Des jeunes qui ont fini leur apprentissage, qui ont fini leurs études et qui ne trouvent pas de travail. Et des jeunes, on en a de plus en plus.

Tout le monde peut faire appel aux Cartons du Cœur, parce que les Cartons du Cœur on est totalement anonyme. On respecte l’anonymat cent pour cent. D’ailleurs, le problème actuellement, c’est que les cartons de bananes vont tomber, cela n’existera plus. Alors, on est parti sur l’idée est-ce que l’on va récupérer les cartons ou pas ? Si l’on récupérait les cartons, c’est dire qu’il fallait rentrer chez les gens, qu’il fallait voir comment les gens vivaient. Ceaa, on ne le veut pas.

Parce que si vous voulez, quand on arrive, on sonne, on pose devant la porte et on s’en va. Bien sûr si c’est une personne handicapée qui a des problèmes, on se permet, sur demande, de rentrer pour les mettre à l’abri dans l’appartement ou dans la maison. C’est pour cela qu’on a dit que l’on ne pouvait pas… si l’on veut respecter l’anonymat des Cartons du Cœur, il fallait que l’on trouve une autre solution. Et la solution, on l’a trouvée. On va, grâce à une maison de Couvet qui va nous faire des cartons à un prix très abordable pour nous. C’est pour cela que l’on respecte l’anonymat des gens. Les personnes qui nous téléphonent, elles trouvent notre numéro dans le bottin. Il y a un numéro sous La Chaux-de-Fonds, il y a un numéro sous Neuchâtel. Il y a une personne qui reçoit les téléphones, qui pose certaines questions quand même d’ordre général depuis où elles ont notre adresse, qui c’est qui leur a dit de s’adresser à nous, parce que quand même malheureusement des fois, on peut se faire avoir. C’est le risque que l’on prend et je pense… Je dis que sur cent livraisons, si l’on s’est fait avoir dix fois, il y en a qui en avait la nécessité. C’est pour cela que l’on ne peut pas commencer de faire des enquêtes et ce n’est pas notre but de faire des enquêtes. Les personnes qui nous téléphonent, on leur fait confiance et prêt terminé.

 

Alors l’initiative, je la trouve formidable. Monsieur Feruglio a trouvé là l’idée vraiment pour aider toutes ces œuvres caritatives et je pense que son idée est bonne et j’aimerais le remercier vraiment sincèrement au nom des Cartons du Cœur pour ce qu’il fait pour nous.

 

 

Anne-Marie Klinger (joueuse)

Cela fait onze ans que je joue les 48 heures, plus tous les lotos partout, partout à Fribourg, à Neuchâtel. Cela fait plaisir d’aider les gens qui en ont besoin. On voit tellement de ces gens qui sont malheureux.

 

 

Interview réalisée par Jean-Pierre Lambert

Texte retranscrit par Françoise Berthod