Les vitraux de la chapelle de l’Ermitage

 

 

Bernard Ruedi

Cette chapelle a été construite à l’initiative de Rose Isabelle Latrobe en 1878. Elle a été l’épouse de Charles-Joseph Latrobe, elle était originaire… elle était une de Montmollin de Neuchâtel, qui a épousé Charles-Joseph Latrobe, qui fut le premier gouverneur de l’État du Victoria en Australie. Et c’est à la suite du décès de son mari et de sa fille - ils sont morts les deux pratiquement la même année - que Mme Latrobe a fait construire cette chapelle dans leur souvenir.

 

Au centième anniversaire de la construction de la chapelle, l’État du Victoria a pris contact avec la paroisse de l’Ermitage, en laissant entendre qu’il souhaitait faire un cadeau pour cet anniversaire et ils ont proposé un vitrail et, c’est ce vitrail que l’on trouve au fond de la nef qui retrace la vie de Charles-Joseph Latrobe durant son séjour en Australie. Si l’on regarde ce vitrail de bas en haut, on voit l’arrivée de Latrobe en Australie, puis Latrobe explorateur, Latrobe écrivain, Latrobe gouverneur. Ce vitrail était central et il était bordé de chaque côté par une fenêtre blanche qui pénalisait en quelque sorte le regard de ce vitrail qui était étouffé par la lumière blanche qu’il y avait des deux côtés et les paroissiens de l’Ermitage ont souhaité la création, la réalisation de vitraux de chaque côté et c’est grâce à Daniel Götsch, le peintre verrier, que cette première réalisation a pu être faite. Il a conçu les vitraux et ensuite il a accompagné les paroissiens dans leur réalisation de bout en bout.

 

Au 125ème anniversaire de la chapelle, on a donc conçu, aménagé, réalisé, ces deux vitraux complémentaires et ce fut une expérience tellement enrichissante que par la suite, on a envisagé de réaliser les autres vitraux de la chapelle et cette réalisation a été rendue possible grâce à un legs généreux d’une paroissienne, Mme Delacrétaz, et aux legs aussi, aux dons généreux de nombreux paroissiens.

 

Alors, il y avait de la part de plusieurs paroissiens le désir de voir cette chapelle plus colorée dirais-je, avec une atmosphère un peu plus chaleureuse, la lumière relativement blanche des fenêtres extérieures l’a rendant un peu froide. Bien entendu, le désir a été aussi de faire participer les paroissiens à la réalisation de cet objectif. Mais, on ne s’improvise pas fabricant de vitrail. Il y a d’abord toute la conception qui nécessite une connaissance professionnelle et ensuite toute la réalisation qui est extrêmement délicate.

 

Là, justement, on a eu la chance d’avoir quelqu’un qui a accepté de piloter un groupe d’une dizaine de paroissiens. Ils se sont attaqués à toutes les étapes depuis le début jusqu’au montage final de tous les vitraux.

Bien entendu, lorsque les pièces étaient un petit peu délicates à couper, on ne risquait pas que les paroissiens fassent trop de dégâts. Mais dans l’ensemble, je crois, Daniel Götsch pourra le dire, cela ne s’est pas trop mal passé. Il n’y a pas eu trop de casse et cela a pu être une entreprise collective qui a créé un sentiment très très fort dans la paroisse.

 

 

Daniel Götsch

C’est vrai que Bernard, j’ai toujours le souvenir du premier rendez-vous qu’on avait ici à la chapelle même, Bernard m’a dit : « Écoutez, la paroisse aimerait mettre des vitraux, venez une fois voir comment cela se présente » et il y avait déjà, dans cette première rencontre, l’expression de sa volonté.  La volonté de la paroisse de s’impliquer d’une façon ou d’une autre et non simplement de commander un ensemble de vitraux à un artiste et de payer et de régler cette affaire comme cela. C’était tout de suite perceptible que la paroisse était derrière avec un intérêt et qu’il y avait vraiment un groupe de gens qui étaient bien mobilisés dans cette entreprise, dans cette idée.

Qui est l’artiste ? Moi, je suis à l’origine de la création de l’œuvre, c’est-à-dire toute la conception. J’ai pensé par moi-même l’ensemble des vitraux. Maintenant, je savais dès le départ que si on travaille en groupe, cela va être, primo un cheminement plus long très probablement. Donc, je m’attendais à un certain nombre de rencontres dans lesquelles il va falloir trouver un consensus. Mon idée de base, en termes d’iconographies, en terme de la conception, je l’ai toujours défendue sur son essence même. Après, on avait, sur un certain nombre de questions d’exécution, on avait toujours une discussion qui était très intéressante. Aussi les couleurs, on dit : « Les goûts et les couleurs », c’est chaque fois différent et on ne va jamais arriver à bout de cela. Des fois, j’ai dit ce que je pense qui était important pour cet ensemble qu’il ne faut pas dénaturer et cela a été très bien compris par les paroissiens. Donc, c’était une très bonne chose. Et d’autre part, j’étais tout à fait ouvert à recevoir des impulsions pour un peu revoir certains éléments. Mais, je pense que, dans l’ensemble, ils m’ont fait confiance aussi sur le concept et sur toute la partie iconographie que cela devait être comme je disais. Et avec le vitrail, il faut quand même dire que c’est particulièrement difficile de faire, de présenter à une communauté qui ne connaît par l’art du vitrail, un croquis fait à l’aquarelle et leur dire : « Cela sera vos futurs vitraux », parce que la transformation est capitale. Un profane ne peut pas faire le pont entre le croquis et le vitrail.

 

C’est pour cela que j’ai fait passablement de démarches pour découvrir l’art du vitrail. On est allé au Musée de Romont. Je leur ai montré le vitrail de Montmirail, où d’abord ici, je leur ai montré le carton et après on est parti à Montmirail pour leur dire : « Voilà ce que cela donne » et comme cela, on a pu, à partir de ce risque que vous mentionnez, construire au fur et à mesure une confiance et un enthousiasme finalement et une foi aussi pour le projet qui était en cours.

 

 

Bernard Ruedi

On est allé visiter plusieurs chapelles, églises pour voir les différents styles de vitraux. Petit à petit, on se fait une idée de ce qu’il pourrait devenir, lorsqu’il est transformé en vitrail. Mais ce n’est jamais qu’au moment où on dresse le vitrail qu’on a une émotion intense en voyant la lumière qu’il donne, qu’il traverse.

Il y a eu un petit groupe de travail, comme je vous dis, huit à dix personnes, qui ont travaillé du début jusqu’à la fin pendant… cela a pris deux ans pour les vitraux latéraux et à peu près une année pour le premier vitrail et les paroissiens ont participé aussi de leurs poches en participant au financement. On a eu la chance d’avoir ce legs si important d’une paroissienne qui souhaitait quelque chose pour la chapelle.

 

Depuis de nombreuses années, il y avait l’idée que cette chapelle bénéficierait de la présence de fonds baptismaux et lorsqu’on a pu disposer de ce legs généreux, on a pu engager la réalisation de fonds baptismaux et cette réalisation, elle est due à une personne. Elle est due à Maurice Lack qui a pensé toute la conception de cette œuvre, toute sa symbolique qui mérite une explication tout à fait détaillée et séparée.

Maurice Lack a travaillé à cette œuvre pendant lui aussi deux années et il était entendu qu’elle devait s’intégrer au travail de vitrail de la chapelle. Ce fut pour lui un cheminement très important. Ce fut pour lui un cheminement spirituel et le Noël qui a suivi l’inauguration des vitraux, il nous a dit que cela avait été pour lui un grand cadeau et qu’il était heureux de faire ce cadeau à la chapelle et qu’il ne ferait certainement jamais plus de choses comme cela. Il est décédé subitement quelques semaines plus tard.

 

 

Interview réalisée par Jean-Pierre Lambert

Texte retranscrit par Françoise Berthod