Gudrun et Jacques Magnenat : Artistes peintres
Gudrun et Jacques, bonjour.
Bonjour.
Vous voilà réunis sur ce sofa, comme vous l’êtes dans la vie, serrés l’un contre l’autre. Dites-nous, est-ce qu’il y a longtemps que vous vous connaissez ?
Il y a six mois.
Six mois. Et vous vous êtes découverts comment ? Par quel biais, vous vous êtes découverts l’un et l’autre ?
En discothèque.
En discothèque. Un lieu que vous fréquentez d’habitude souvent ?
Non. Je ne peux pas dire souvent, mais ce soir-là, j’ai justement passé par là. Je pensais, je dois y aller.
Le hasard, le destin ?
Oui, je ne sais pas pourquoi, mais je devais y aller.
Et vous avez tout de suite trouvé Jacques ? Vous vous êtes mutuellement découverts, mutuellement trouvés ?
J’étais avec du monde qui ne voulait pas rester, mais moi, je pensais, je veux rester ce soir. Je ne sais pas pourquoi, mais je pensais : « Je reste ici ». Et après une heure, j’ai rencontré Jacques.
À votre accent, on devine que vous n’êtes pas d’origine francophone. Vous êtes de quelle origine ?
Suédoise.
Il y a longtemps que vous êtes en Suisse ?
Il y a deux ans.
Deux ans que vous êtes ici à Neuchâtel. Et vous n’étiez jamais venue en Suisse avant ?
Oui,
comme jeune fille. J’étais à Fribourg. Je travaillais comme jeune fille au pair
en 1972. Je suis rentrée en Suède et j’y ai passé ma vie.
« Tu
es venue en Suisse au décès de ton mari ».
Oui.
Après
le décès de votre mari, vous avez décidé de quitter
Oui. Je n’étais pas décidée, mais je sentais…
Qu’il fallait mettre de la distance…
Oui. Je ne peux pas dire que j’étais décidée à venir, mais c’était une route que j’ai suivie
Et vous avez abouti ici, à Neuchâtel, par hasard ou vous connaissiez un peu la ville ?
Non, j’ai trouvé un travail.
C’est l’emploi qui a décidé de votre lieu de domicile.
Oui.
Avec
Jacques, est-ce que vous avez des affinités communes, à part la peinture, parce
que je sais qu’ensemble, vous peignez ? Tous deux, vous faites des aquarelles.
D’ailleurs, vous exposez actuellement, ici à
Je
travaille comme hygiéniste dentaire.
« Tu ne comprends pas le mot affinités ? »
Est-ce que vous avez des hobbies, quelque chose que vous avez en commun, à part la peinture ?
« On peut dire - si je peux me permettre de répondre à ta place… »
Oui,
on fait comme cela Jacques.
« …que tout nous réunis, toutes nos affinités nous correspondent et c’est ce qui est surprenant après 50 ans de vie totalement séparée, même de pays. On se trouve et sans plus attendre, on a tout mis en commun et nos hobbies, nos affinités correspondent l’un à l’autre. Ce qui fait que l’on peut dire que notre rencontre n’est pas un hasard, mais un destin qui nous unit et qui est merveilleux pour nous. »
Donc, selon vous, est-ce que l’on pourrait dire que vos deux vies, avant que vous ne vous connaissiez l’un et l’autre, étaient déjà quelque part écrites pour que vous vous rencontriez ?
« J’en suis persuadé. »
C’est pour cela que vous dites que c’est plus le destin, une destinée que le hasard.
« Oui, bien sûr. »
Et maintenant, au niveau de vos toiles, de vos œuvres. Tous deux travaillez l’aquarelle, mais avec des styles totalement différents. Gudrun a un style très fin, très subtil, des touches très légères, très éthérées. Vous, Jacques, les couleurs sont plus vives, les sujets aussi que vous traitez sont pour ainsi dire - je ne dirais pas quasiment - mais presque animaliers. Est-ce que l’on peut vous attribuer le nom de peintre animalier ? Vous y tenez ou c’est quelque chose qui vous correspond ou vous vous dites que c’est un peu…
« C’est vrai. Depuis là où je suis assis, je vois plus d’animaux qu’autre chose. Mais je ne désire pas peindre que des animaux. J’essaie de refléter la vie, le quotidien. Tout ce qui fait plaisir aux yeux. La nature qui est autour de nous, qui nous réjouit ! C’est ce que j’essaie de reproduire dans les tableaux. Que ces tableaux puissent refléter une certaine paix. Une paix intérieure qui embellit notre vie tous les jours. Pour ma part, c’est cela. Pour Gudrun, je ne sais pas. »
Je pense que l’on trouve des sujets romantiques, nous deux.
« On les interprète différemment. »
Oui.
« Tu as plus de douceur dans tes couleurs. »
Mais je pense que ce que tu fais, c’est romantique.
Mais vous avez des styles totalement différents. On vous sent - si l’on ne vous connaissait pas ou peu - on vous imaginerait comme quelqu’un de très sensible, de très fragile. Est-ce que cela correspond à la réalité ou vous êtes une femme dite forte, une femme de caractère ?
Oui, je crois comme vous dites. Je suis forte d’une façon mais je suis très sensible, c’est cela. Forte dans le courage d’affronter la vie, mais très très sensible dans les relations et dans le caractère.
Et vous, Jacques. Est-ce que vous correspondez à ce que vous peignez, est-ce que vous êtes aussi vif, aussi agressif ?
« Je crois que les couleurs me collent à la peau et c’est vrai que j’aime bien mettre des couleurs. Cela sort comme cela de moi-même. Si ça sort de moi-même, cela correspond à moi-même probablement. L’art, c’est cela. C’est quelque chose de visuel qui sort de l’être intérieur. »
Et tous deux, il y a longtemps que vous peignez ? Depuis combien de temps peignez-vous ?
« Cela fait une année. Avant je n’ai jamais touché un pinceau. »
Et ici à YD, c’est votre première exposition ?
« Oui »
Et Gudrun ?
Moi, j’ai fait de la peinture toute ma vie. Par période. Il y a des périodes où je n’ai rien fait.
Depuis que vous êtes avec Jacques, vous vous y êtes remise ?
Oui. J’ai recommencé avec lui.
Vous avez repris avec lui ?
Oui.
Est-ce que vous confrontez vos œuvres, est-ce que vous les critiquez l’un à l’autre, est-ce que vous vous apportez quelque chose ?
« Parfois, quand elle dessine une vache, je mets une petite touche de ce que je fais moi dans son dessin. Mais je ne me permettrais pas de corriger une œuvre qu’elle est en train de faire. Seulement dans les exercices. On discute, on ne se critique pas trop, mais gentiment. »
Quand je parle de critique, je pense à quelque chose de positif
« Oui, c’est positif. On fait cela. Il faut toujours être positif dans la vie. »
Justement à propos de la vie, comment vous vous projetez dans le futur ?
Ce matin, je me disais : « je me vois déjà les deux quand on aura huitante ans, les cheveux blancs. On a vu un couple une fois en ville. L’homme est tombé dans la rue et sa femme est tombée avec lui. » C’est une belle image de l’avenir. C’est toi et moi. Si, il tombe, moi je tombe avec lui.
Interview réalisée par Michel Coquoz
Texte retranscrit par Françoise Berthod