M. Philippe Zumbrunn : Projets
M. Philippe Zumbrunn, l’ancien directeur de Radio Framboise n’est pas prêt à aspirer à une paisible retraite. Cet homme qui passe sa vie à développer ses nombreuses passions est rempli de projets. Il nous en parle avec enthousiasme.
M. Zumbrunn, vous qui êtes un homme passionné et passionnant, vous avez plutôt tendance à regarder vers l’avenir ! Quels sont vos projets maintenant ?
Il y en a beaucoup, c’est cela qui est malheureux. Il faut savoir les gérer maintenant.
Par lequel allez-vous commencer ?
Je crois que le premier projet, le plus important qui est en sommeil depuis de nombreuses années, c’est de faire naître finalement la version définitive de Radio Jazz International, qui attend depuis 1998 déjà. Qui fonctionne sur Internet, mais qui est en version provisoire, en musique non-stop, ce qui fait que c’est une radio automatisée, alors que je veux en faire une radio quand même beaucoup plus interactive, avec quand même un peu plus que de la musique automatique. Avec des rubriques, avec des animations, avec des concerts, etc.
Partant de là, je me suis dit que pour pouvoir aller vers cette étape là, il faut trouver à l’installer quelque part, puisque j’ai coupé ma carrière avec Radio Framboise en trouvant un successeur. Il faut que je trouve des nouveaux locaux, puisque toutes les installations sont encore à Crissier Lausanne. Et pour trouver de nouveaux locaux, je n’ai plus envie de faire des centaines de kilomètres par jour pour aller rejoindre Lausanne aller-retour.
Je me suis dit : « Trouvons quelque chose sur Neuchâtel » et j’ai eu l’opportunité de trouver un local intéressant, ce qui n’est pas évident dans la région de Neuchâtel, parce que, malheureusement, les prix de l’immobilier sont ce qu’ils sont et ne sont pas à la portée des petites bourses. Par chance, en cherchant un peu plus à l’extérieur, aux Geneveys-sur-Coffrane, j’ai trouvé un local qui est fermé depuis cinq ans, je crois. C’est un ancien restaurant dancing.
Là, comme par hasard et d’un seul coup, arrive vraiment le hasard qui fait que ce n’est pas seulement l’emplacement de la radio qui m’est offert, puisque c’est un ancien dancing qui a une salle avec une scène existante. Malheureusement, les éclairages, la sonorisation n’existent plus et il faut reconstruire.
D’un seul coup, je me suis dit : « Il y aura la place pour faire un club de jazz ! » Cette idée, je n’y pensais pas du tout, c’est l’opportunité qui a fait que… Ce local était prévu pour Radio Jazz, c’est vrai, mais aussi pour accueillir toutes mes collections qui sont assez importantes et pour lesquelles je veux créer une fondation pour sauvegarder un peu cette caverne d’Ali-Baba et ces trésors que j’ai accumulés. Je vous ai dit précédemment que je ne jetais rien et que toutes ces collections sont assez représentatives, à partir des disques, des bandes magnétiques, des concerts, des gramophones, des juke-boxes, des chaînes Hi-Fi, etc. et j’en passe et des meilleures. Et des appareils photos et des collections de magazines, tous les témoignages, en fait, sur le son, la musique. Pourquoi ne pas faire un musée sous forme de fondation pour sauvegarder ces trésors ?
L’opportunité m’est offerte maintenant de pouvoir assembler plus que ce que je voulais faire au départ. Je voulais d’abord faire une fondation avec le musée, sauvegarder mes collections et Radio Jazz. D’un seul coup, le plus arrive, avec la possibilité de créer un club de jazz. Ce club de jazz sera quand même un peu différent dans le sens que ce ne sera pas forcément un club de jazz avec un concert tous les soirs. Cela n’est pas possible de vivre de cette manière car, malheureusement, il n’y a pas un public suffisant. On n’est pas à Paris. Ici, on est quand même une zone géographique avec moins d’habitants potentiellement intéressés au jazz. Mais mon objectif, c’est de faire au minimum un concert par mois, voire deux. Et puis après, c’est selon le succès et l’auditoire, l’intérêt des visiteurs, de créer un club vraiment de passionnés de jazz. Partant de là, je me suis rendu compte que relier les différents clubs de jazz qui existent en Suisse romande et puis voir la Suisse allemande après, pourquoi pas ? Plutôt que de faire venir un artiste, un de mes amis par exemple, pourquoi ne le conserver que pour moi, égoïstement. Autant aussi profiter qu’il est ici pour, le lendemain, donner un concert à Bienne, le surlendemain à Lausanne et encore à Genève ou dans le Valais, pourquoi pas ?
Je suis en train de créer un noyau de relations au niveau des clubs de jazz qui ne s’était jamais fait. Je ne sais pas pourquoi, ces relations ne s’étaient jamais faites entre les clubs de jazz. Ponctuellement, il y a une semaine, quinze jours entre les différents clubs de jazz de toute la Suisse, mais pas à longueur d’année. Voilà, je vais encore une fois innover.
Pour en revenir plus précisément à la radio, vous aurez quelle diffusion maintenant ?
Alors, la radio, c’est assez important puisque j’ai commencé sur Internet, expérimentalement parlant, pour voir s’il y avait un intérêt. Internet, c’est magnifique ! Cela ouvre sur le monde entier. L’avantage est que c’est non-stop. Il n’y a pas de paroles. Les anglophones écoutent sans problème, ce qui fait que je me suis rendu compte que j’avais des mails qui venaient du monde entier, y compris du Japon, de Chine, d’Afrique centrale, du Brésil, de partout. D’Amérique, de France, de Belgique, de tous les pays du monde. Les gens me félicitent sur l’éclectisme de la programmation, c’est ce qui fait qu’il y a des centaines de radios jazz sur Internet. Mais, elles sont toutes ciblées sur un style musical, soit la Nouvelle-Orléans, soit sur la musique classique, le jazz, etc. Alors que moi, j’ai des tranches horaires diversifiées et c’est ce qui fait que j’ai l’originalité que d’autres n’ont pas. Cela m’a permis déjà de me rendre compte quel style aura cette radio jazz quand elle sera professionnalisée. J’ai demandé une concession pour pouvoir couvrir les téléréseaux, parce qu’il faut malheureusement, en Suisse, avoir une concession pour être introduit dans tous les réseaux câblés, ce qui donne déjà une chance d’être diffusé sur les réseaux câblés, étant donné que ce n’est pas une radio locale, mais une radio thématique. Je n’ai pas l’obligation de n’être que régional, j’ai le droit d’être national. C’est-à-dire que je commencerai modestement sur la Suisse romande. Après, j’irai sur la Suisse allemande et le Tessin. Puis la deuxième étape, dans six mois environ, vers le printemps 2006, c’est de demander une concession en même temps pour le satellite. Qui dit satellite dit « ouverture » sur toute l’Europe.
Là, j’ai aussi une bonne expérience au travers de ce que j’ai fait en radio précédemment. J’ai la chance d’avoir eu des bonnes relations pour pouvoir me réserver un canal pour couvrir toute l’Europe depuis la Russie jusqu’à l’Angleterre et depuis le pôle nord jusqu’à l’Afrique du nord, ce qui fait une surface énorme. J’ai fait une étude statistique du potentiel d’habitants, ça frôle le milliard d’habitants. Tous ces pays d’Europe, c’est 995 millions. J’ai été très prudent en pondérant ce chiffre par moins de 2% d’auditeurs potentiels qui s’intéressent au jazz, et rien que là, cela donne 16,5 millions d’auditeurs potentiels. On est loin des radios locales.
C’est cela qui fait que je me suis dit : « Là, j’aurai au moins les moyens », puisque une radio privée - on le sait tous - doit vivre de sponsoring, de publicité. Lorsque j’annonce à un annonceur potentiel pour faire un spot publicitaire avec un auditoire de 16,5 millions d’auditeurs potentiels, ce qui est très modeste en tant que statistique, cela change le créneau et l’esprit d’ouverture des publicitaires. Ce qui fait que là, je ne me fais pas peur, surtout que je suis toujours prudent. Je démarre avec le minimum de frais généraux de base, le minimum de personnel. L’avantage de cette radio, comme elle n’est pas très souvent en direct (90% préenregistrées, 10% certainement de concerts en direct et des animations), ce qui fait qu’avec la technique moderne de l’ordinateur, on peut programmer à l’avance et faire des programmes ciblés pour chaque pays d’Europe. On peut aussi penser qu’il pourrait y avoir des fenêtres possibles pour les pays de l’Est, la Russie, les Balkans et aussi les pays asiatiques, pourquoi pas ? Il y a aussi des portes qui s’ouvrent du côté des pays asiatiques. C’est assez fou, à partir du moment où j’ai eu cette idée, ben les portes s’ouvrent encore, ce qui fait que je reste enthousiaste sur ce nouveau projet qui est assez fou.
À part la radio, je crois que vous allez aussi essayer de transmettre votre savoir, votre connaissance du son, de la technique, en organisant des séminaires ou des cours à l’intérieur de ce bâtiment.
C’est vrai. C’est vrai que ce bâtiment, comme je l’ai dit, il y a une salle non pas de spectacles, mais une salle qui permet d’avoir une scène et de pouvoir faire des séminaires. Là, je me suis dit : « Il est un peu idiot de ne pas consacrer le temps qu’il me reste à vivre à transmettre ce que j’ai appris, mes expériences, surtout avec le son. Je m’aperçois depuis longtemps que les gens ne se rendent pas compte que la qualité du son est un élément important pour profiter de la bonne musique. Si l’on veut écouter et s’intéresser à de la bonne musique, si les conditions d’écoute sont bonnes, on pénètre mieux dans la musique, on s’en approche plus facilement et cela permet d’ouvrir l’esprit et pourquoi pas transmettre ces compétences et ce savoir à des gens qui le veulent bien.
Comme une fondation, par principe, doit apporter quelque chose de culturel au public et à ceux qui s’intéressent, je veux faire des séminaires, des cours d’initiation. C’est prévu dans le programme de cette fondation. C’est un projet supplémentaire, qui vient en parallèle de la radio. La radio étant la mère nourricière, puisque la radio doit permettre de s’ouvrir sur toute l’Europe, en tout cas. Rapporter de l’argent frais qui vient des sponsorings, des agents. J’espère faire des bénéfices et les transmettre à la fondation pour pouvoir créer ces séminaires à prix très intéressants pour que tout le monde puisse y accéder. Je ne veux pas l’élite, je veux ouvrir cette possibilité à tout un chacun et je ne veux pas réserver cet apprentissage de connaissances à l’élite. Je suis contre ! Je veux que ça soit pour tout le monde !
Je crois que c’est une bonne conclusion. Merci beaucoup.
Merci aussi.
Interview réalisée par Daniel Zumbrunn
Texte retranscrit par Françoise Berthod