M. Philippe Zumbrunn : Radios
M. Philippe Zumbrunn, l’ancien directeur de Radio Framboise et actuel instigateur de Radio Jazz International a plus de trente ans d’expérience radiophonique. Retour sur son parcours au sein de ce média bien spécifique.
M. Zumbrunn, vous êtes connu avant tout du grand public comme étant le fondateur de Radio Framboise. Comment avez-vous débuté avec ce média, la radio ?
Cela date de longtemps, bien avant les radios privées. Dès mon arrivée en Suisse en 1972-73, j’ai été invité par Jean-Claude Gigon que l’on connaît de la Radio Suisse romande pour avoir fait M. Jardinier, mais il a aussi fait une rubrique le samedi matin qui était la rubrique « audio-video » pendant une heure, de huit à neuf heures, pour expliquer aux auditeurs toutes les techniques sonores. Là, j’ai travaillé quasiment dix ans avec lui. Pas tous les samedis, mais quasiment les ¾ du temps de ces dix ans, j’ai mené une rubrique sur « les nouveautés sonores ». Cela m’a mis le pied à l’étrier pour ainsi dire et, quand les radios locales ont été mises en route en 1983 par le Conseil fédéral, j’ai été impliqué dans le projet de Radio Neuchâtel, au travers de Gilles Baillod de l’Impartial, avec qui j’avais déjà des relations, qui m’a demandé de l’aider à monter ce projet.
Mais juste avant, il y avait eu Thollon en 1982 qui est née et là, un des animateurs de Radio Thollon, était l’un de mes clients qui avait une boutique de matériel Hi-Fi à Montreux, et lui m’a invité à venir, justement à faire un peu ce qu’on fait là, parler un peu de ce métier et cela m’a mis, encore une fois, le pied à l’étrier du côté des radios privées. Là, j’ai commencé à créer cette émission de jazz que j’ai faite sur toutes les radios. J’ai commencé à Thollon, après j’ai commencé à Radio Neuchâtel de monter cette émission, plus la co-direction. Je n’étais pas directeur, j’étais co-directeur et presque en même temps, puisque l’octroi des concessions s’est fait en 1983-84, j’étais aussi co-candidat avec Valdo Sartori, qui a été le compagnon de Jean-Claude Gigon à la Radio Romande, je l’ai connu là, et lui avait déposé un projet pour la région d’Échallens, c’est-à-dire le plateau vaudois. Il m’a nommé président de sa radio, puisque lui étant à la Radio Romande, il n’avait pas le droit de s’occuper d’une radio locale, ce qui fait qu’avec ces projets, j’étais impliqué dans deux radios en même temps. Aussi bien celle de Radio Échallens qui s’appelait Radio Région Plus, car elle mélangeait Échallens, le plateau vaudois et Yverdon et puis Radio Neuchâtel.
Radio Neuchâtel m’a permis aussi de m’investir à fond puisque j’étais le moteur de l’innovation de pas mal d’animations où on sortait des studios. Généralement, les radios privées n’ont pas tellement les moyens de sortir de leurs studios, et moi, j’avais quand même amené certains moyens techniques, grâce à la chance que j’avais d’être un technicien de base, de pouvoir faire des émissions en direct à l’extérieur. Aussi bien au port d’Auvernier, aussi bien chez un paysan, aussi bien qu’aller à la rencontre de différentes organisations, salles de spectacle, etc. Ce qui a fait un peu le moteur des radios locales, ce qui a fait que le départ de RTN est parti sur des bons rails. Par rapport à cette idée, j’ai même monté un festival qui faisait le tour du lac, où une fois par semaine, on montait un chapiteau. Je faisais venir des vedettes. Il y a eu Catherine Lara, il y a eu pas mal d’artistes. Maintenant, je ne m’en souviens plus, cela fait tout de même 17 ans de cela. Cela m’a permis d’exploser un petit peu les activités d’une radio privée pour aller de l’avant.
Après, lorsque j’ai eu la chance de pouvoir reprendre la direction générale de Radio Échallens pour en faire Radio Framboise - c’est arrivé en 1987-88 - j’ai monté ce projet. Au début 1989, Radio Framboise est née sur les cendres de Radio Échallens qui n’émettait que le soir, car Radio Échallens était une radio bénévole et ne pouvait pas émettre la journée. Les studios n’étaient pas libres puisque c’était les studios de Sartori, qui enregistraient aussi des disques là.
Et les gens n’étaient pas là, vu que c’était des bénévoles.
Ils n’étaient pas là, c’était des bénévoles. On faisait cela après le travail, le soir. C’était une petite radio. Avec, à l’époque, des sondages, on recueillait 2% d’auditoire et après j’en ai fait une radio professionnelle installée à Yverdon. C’était la naissance de Radio Framboise. J’ai changé le nom, j’ai changé le concept et j’ai fait une radio vraiment professionnelle avec beaucoup plus de monde, avec des charges salariales, bien évidemment. La première année, on a explosé le taux d’écoute, on a passé de 2% à 11%, ce qui a amené un peu la « guéguerre » des radios locales. C’est là que cela a commencé. À l’époque, il y avait Radio L qui était montée par le groupe Edipress à Lausanne et deux ans après, ils ont dû baisser pavillon et me laisser la place libre, car il plafonnait à 10% de taux d’écoute, alors que moi, j’ai commencé à 11% et suis monté à 18, 20, 22%, etc. C’était le départ de Radio Framboise en 1989.
Vous avez repris Radio L, vous l’avez englobée ?
Non, pas du tout. Le groupe Edipress était dans le sous-sol de la grande tour près de la gare. La tour Edipress 24 Heures, Le Matin, cela a été bradé, démoli, enfin démonté.
Maintenant, vous avez décidé d’arrêter Radio Framboise. Pourquoi ?
Pour moi, vous l’avez compris au long de nos discussions, je suis un passionné et un créateur. Une fois qu’une opération a été créée et qu’elle marche bien, je suis beaucoup moins passionné, car le train-train quotidien ne me passionne pas du tout. J’avais quand même mûri depuis 1998 le projet de faire une deuxième radio ciblée sur le jazz et je ne pouvais décemment pas mener deux radios en même temps. Une radio commerciale importante avec quand même 45 personnes employées, c’est quand même une gigantesque entreprise et puis faire une radio de passionnés aussi, mais du côté jazz. Cela faisait automatiquement que je ne pouvais pas mener deux affaires en même temps, presque concurrentes plus ou moins. Il me fallait toutes mes énergies pour créer la deuxième et cela m’aurait fait couper les énergies pour Radio Framboise. Je me suis dit : « Voilà, je vais prendre ma retraite de Radio Framboise, je vais essayer de la céder à un repreneur. » Il a fallu presque quatre ans pour trouver ce repreneur, cela s’est fait au début de cette année 2005.
Maintenant, je peux enfin essayer de faire mûrir ce projet de radio jazz. Maintenant, c’est parti ! Le projet est en route.
Vous êtes un passionné de musique, de son, de radio. Vous êtes un passionné de photos. Il y a le son, il y a l’image. Vous n’avez jamais été tenté par la TV ?
Justement, c’est une question qu’on me pose et que je me suis posé moi-même. Cette question, étant donné que je suis perfectionniste, c’est très ennuyeux d’arriver du côté de la vidéo et de l’image filmée, en fait, puisque cela demande quand même pas mal d’investissements en matériel que je n’ai jamais touché. J’ai toujours fait de la photo, c’est du statique. Alors que l’image, c’est une autre école. Filmer, c’est une autre manière de faire de l’image en mouvements. Moi, je fais de l’image fixée, figée. Jusqu’à présent, je n’ai jamais eu une seule caméra en main. Je n’ai jamais filmé. J’en ai acheté une il y a quelques mois, et encore, je ne l’ai pas encore ouverte, je ne l’ai pas encore testée, je n’ai pas eu le temps.
Ce qui veut dire que je ne peux pas mélanger quand même. J’ai assez de passions comme cela. Rajouter une passion supplémentaire nécessite des moyens financiers et techniques supplémentaires et je me dis que ce serait vraiment aller trop loin dans la dispersion. Laissons cela à faire à d’autres. Vous le faites très bien. Vous démarrez aussi, continuez comme cela et cela sera très bien.
Je ne veux pas mélanger les choses.
Interview réalisée par Daniel Zumbrunn
Texte retranscrit par Françoise Berthod