M. Stephan Leuba : Peintre

 

Bonjour à toutes et à tous.

 

Tout d’abord, veuillez pardonner le néophyte que je suis s’il y a quelques imperfections. J’ai le plaisir de vous présenter aujourd’hui Stephan Leuba, quadragénaire alerte et habitant Môtiers dans le célèbre Vallon. Des talents précoces et une volonté, un besoin de créer l’on conduit à s’exprimer au travers de l’art, qu’il soit musical ou pictural.

 

Stephan, la première question que je te poserai - vu que l’on se connaît, je vais me permettre de te tutoyer - comment es-tu entré en peinture ?

Je suis entré en peinture comme on entre en religion, à la suite d’une exposition collective à Moutier. Je travaillais comme animateur au centre de jeunesse et je m’occupais d’un atelier de peinture. Lors du vernissage de cette exposition, j’ai été invité à exposer avec ces jeunes et j’ai surtout été encouragé par les artistes jurassiens bernois qui m’ont dit que mon travail valait la peine d’être prolongé.

 

Par la suite, tu as fait pas mal d’expositions, si je ne fais erreur.

La première exposition personnelle a eu lieu à Couvet, en 1995, où tous mes amis attendaient de découvrir mes tableaux. Cela s’est très bien passé puisque j’ai vendu 20 tableaux sur 25 exposés. L’envie de continuer, c’est ce que j’ai fait en 1996 sauf erreur.

 

De toute façon, ce qui est important, c’est que tu aies persévéré dans le fait de peindre. Tu as aussi fait de la photo, si je ne me trompe pas.

J’ai toujours fait de la photo depuis les ACO (activités complémentaires à option) à l’école secondaire.

 

Survient un événement dans ta vie qui va peut-être marquer un tournant. Tu dois te rendre à Pontareuse parce que tu ne vas pas très bien.

Oui, pendant trois ou quatre ans, j’ai galéré de petits boulots en pas de boulot du tout. Et puis, problèmes d’alcool, de drogue, de solitude et j’ai fait une cure à Pontareuse pendant neuf mois.

 

Cette cure, elle te donne quoi comme nouvelles perspectives après ?

Après ?

 

Tu as l’impression d’avoir vu un changement profond dans la manière d’aborder l’art ou non ? Peut-être un message à faire passer ?

Une ouverture d’esprit, une redécouverte de la vie en général, des gens, de la nature. Tout ce qui existe dans la vie et d’avoir les yeux ouverts.

 

D’accord. Est-ce que par rapport à ta production picturale, tu as le sentiment que des choses ont évolué, qui ont changé ne serait-ce que par rapport au sujet traité ou alors à la technique utilisée ? Tes sujets d’inspiration par exemple…

La nature dans son sens le plus large. Les techniques dépendent de mes moyens financiers. Je découvre ce que j’ai sous la main. Si j’ai plus de moyens, j’achète du matériel. L’évolution picturale, c’est les années et pas seulement les années, les découvertes (expositions), car cela fait seulement trois ans que je vais dans les galeries, dans les musées découvrir d’autres artistes.

 

Tu parles de musique, tu t’appuies sur la musique, sur la peinture, la photo. Actuellement, il y a un terme qui est très en vogue c’est l’art-thérapie. Alors qu’est-ce que tu penses de l’art- thérapie ?

Qu’est-ce que je pense de l’art-thérapie ?

 

D’abord, est-ce que cela correspond à une réalité ?

Oui, car c’est là que je l’ai découverte, en atelier à Pontareuse. Donc, la première chose que j’ai faite dans cet atelier, ce n’est pas de la poterie, de la sculpture ou du bricolage, cuir ou reliure, mais du dessin, de la peinture. Qu’est-ce que je pense de l’art-thérapie, de la musique ?

 

Je l’ai citée…

Qui est mon médium de travail quoique je puisse aussi travailler dans le silence. C’est possible. L’art-thérapie est utilisé pour créer. La création au sens large.

 

Justement, tu parles de ton travail dans le silence. J’aimerais que tu me racontes l’élaboration d’un tableau. Est-ce que cela te prend - d’abord il y a l’idée, ensuite le choix des matériaux - est-ce que tu pourrais me raconter la création d’un tableau du début à la fin ?

D’abord, il y a une toile blanche, une page blanche, un bois couleur naturelle et de la musique.

 

Donc, tu crées des conditions ?

Je crée un climat d’inspiration et ça vient comme ça vient. Du cœur, du rythme musical ou d’une image extérieure à l’atelier, Ca dure ce que ça dure, une heure, deux heures, trois heures puis mis de côté. Si je travaille une couleur, qu’elle s’arrête là, je vais chercher une autre toile, un autre support. Si je change de matière ou de technique, j’enchaîne sur d’autres toiles, un autre sujet, une autre musique.

 

Je suppose que tu n’es pas chaque jour dans un état de grâce pour peindre.

Non, non. Il n’y a pas de miracles de ce côté-là et je n’ai pas encore la discipline de travailler ne serait-ce qu’une heure par jour pour faire des gammes. Cela dépend vraiment de l’humeur du jour et du besoin de créer. C’est vraiment au jour le jour.

 

Pour avoir vu tes œuvres à l’« Espace des Solidarités » à Neuchâtel, où tu exposes actuellement, jusqu’au 21 décembre, ce qui m’a frappé, c’est deux choses. Premièrement, il n’y a pas de portrait ou d’autoportrait et la deuxième chose, c’est la chaleur de tes coloris. Tu as un message à passer, je pense, je suppose.

Pourquoi, je ne fais pas du noir blanc ! Non, il n’y a pas de message à faire passer, c’est le reflet intérieur ou extérieur de ces couleurs.

 

Donc, c’est aux gens, finalement, qui viennent regarder de s’identifier ou non à ce que tu fais. Et alors l’autoportrait ?

Non. Je n’ai pas encore le miroir devant moi. Je me connais intérieurement. L’extérieur, je ne l’ai pas encore reconnu.

 

Tu parles beaucoup de cosmogonie qui est la théorie de la formation de l’univers, mais tu parles aussi de cosmogonie intérieure. Qu’est-ce que tu fais comme lien entre l’intérieur et l’extérieur ? Tu penses qu’on est dans un tout, c’est cela l’idée ?

Oui, je fais partie du tout.

 

À l’heure où finalement le clivage entre riches et pauvres est de plus en plus large et de plus en plus grand, toi, en tant qu’artiste, qu’est-ce que tu portes comme regard - parce qu’on sait pertinemment que faire de la peinture aujourd’hui, de l’art - devient difficile à moins d’être reconnu ? Est-ce que tu sens des différences ? Socialement, qu’est-ce que tu en penses ?

Vaste question que ce sujet. Je crois que le clivage entre riches et pauvres a toujours existé. Maintenant, il faut voir quelles richesses, si c’est le cœur ou financières. C’est sûr que je ne vais pas vivre de mon art comme cela. Si je n’avais pas de rente, je ne pourrais pas vivre de mon art comme cela. Je ne crois pas que cela soit possible aujourd’hui. Du fait qu’il y a toujours plus de supports, d’images démultipliées, de moins en moins de gens qui s’intéressent, qui vont s’arrêter sur une peinture plutôt que sur la télévision ou Internet.

 

Donc une concurrence énorme.

Je ne sais pas si c’est une concurrence parce qu’en fin de compte, il y a aussi l’inspiration. Si je vais voir dix expositions de peinture, cela sera dix fois cinquante toiles qui vont m’inspirer. Je viens d’arrêter la télévision, donc je n’ai plus d’images de télévision. Les journaux, les magazines, les livres, si j’ai vraiment un sujet en tête, je vais aller à la bibliothèque.

 

Tu vas aller te documenter.

Oui.

 

Ma dernière question va te paraître bidon parce qu’elle est courante. Comment tu entrevois ton avenir proche ?

Alors, continuer de peindre, de faire des expositions, de faire un press-book sur support CD et j’espère que cette art-thérapie me maintienne en bonne santé physique et mentale.

 

C’est tout le mal que je te souhaite. Merci et bonne fin de journée.

Merci.

 

 

Interview réalisée par Alain Sunier

Texte retranscrit par Françoise Berthod